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IIIIIIH
$B 302 b3D
^
THE LIBRARY
OF
THE UNIVERSITY
OF CALIFORNIA
PRESENTED BY
PRORCHARLES A. KOFOID AND
MRS. PRUDENCE W, KOFOID
^
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BIBUOTHÈQUE SCIENTIFIQUE CONTEMPORAINE
/,.
L'Egypte
AU TEMPS DES PHARAONS
t
— LA VIE, LA SCIENCE ET L'ART —
Victor LORET
ANCIEN MEMBRE DE l' ECO LE FR AN Ç A ISE DU CAIRb'
MAITRE DE CONFÉRENCES A LA FACULTÉ DBS LETTRES DE LYON
AVEC iS PHOTOGRAVURE S
Dont douze d'après des dessins à la plume et à la sépi
DE Charles LORET
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TARIS
LIBRAIRIE J.-B.. BAILLIÈRE et FILS
RUE HAUTEFEUILLE, I9, PRES DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN
1889
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A MA CHÈRE MÈRE
Hommage d'affection et de reconnaissance
Lvowj i*' Mai [38S-
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Ut5
AVERTISSEMENT
Les six études réunies dans ce volume sont la
pubîicatmi in extenso de six conférenees publiques
faites à la Faculté des lettres de Lyon pendant les
hivers 1887-1888,
fai hésité quelque temps, avant de Uvrer mon
manuscrit à Vimpression^ sur la question de savoir
si je devais ou non raccompagner de notes. Indi-
quer les sources^ citer les textes, donner d£s ren-
vois aux auteurs eût, certes, été fort utile, fai
pensé pourtant qu'il était plus logique de pré-
senter ces pages aux lecteurs exactement de la
MoXUXrO Digitized by Googlc
Ê AVERTISSEMENT
même manière qu'elles avaient été présentées aux
auditeurs^ e' est-à-dire dépourvues de toute espèee
d'annotation.
Accompagner de tous les éclaircissements exi-
giblesdes travaux qui sont le résumé de notes nom-
breuses et le résultat de longues recherches aurait
presque doublé les dimensions de ce livre. D'ail-
leurs^ il ffi' est permis de suppléer ici, en partie, au
manque de notes, et d-e renseigner sommairement
le lecteur sur les documents que f ai utilisés.
Dans la première étude, fai eu roccasion de
traduire quelques parties d'un pafy^rus du Britisb
Muséum renfermant un recueil de lettres de scribes
delà X!X' dynastie. Les fait s historiques auxquels
fai fait allusion sont suffisamment connus pwr
les différentes Histoires d'Egypte publiées jusqu'à
ce jour. Cependant, pour le règne d'Aménophis III,
je me suis servi surtout des matériaux que fai
réunis en Egypte, au cours d'une mission scienti-
fique dont fai été chargé de 1881 à i88j, ainsi
que dans les différents musées égyptiens d'Eu-
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AVERTISSEMENT 9
rope, en vue d'un mémoire détaillé sur les annales
de ce pharaon.
Dans V étude suivante, relative à la faune et à
la flore de V Egypte, ce sont principalement les au-
teurs grecs et latins qui me sont venus en aide,
ainsi que les bas-reliefs monumentaux repro-
duits dans les vastes recueils de F. Cbampollion,
de H. Rosellini et de R, Lepsius, Pour la flore,
j-e n'ai guère eu qu'à condenser en partie ou à déve-
lopper par endroits un travail de moi, récemment
édité, la Flore pharaonique ,
Il en est de même pour l'étude sur la musique et
la danse. Depuis plusieurs années je m'occupe de
la Musique che:( les anciens Égyptiens, livre qui
. doit paraître sous peu dans la Bibliothèque de la
Faculté des lettres de Lyon. C'est là que devront se
reporter ceux qui s'intéressent particulièrement à
cette question et qui désirent connaître tout ce que
Végyptologie permet d'ajouter aujourd'hui aux
renseignements fournis jusqu'ici par les seuls
musicologues.
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iO AVERTÎSSEMEÏJT
Dans. V étude sur la toilette et la parfumerie,
j'ai mis amplement à profit une Histoire de îapar-
fmnerie publiée par M. E. Rimmel quelque temps
avant sa mort. Les tableaux peints dans les
tombes de Mempbis^ de Béni-Hassan et de Tbèbes
m'ont permis de reconstituter l'histoire du cos-
tume. Enfin ^ les recettes dont je donne la traduc-
tion proviennent des temples d- Edfou et de Pbilœ
qui m' ont déjà fourni, dans le Journal asiatique^
Voecasion d'un article sur le Kvpbi.
Pour la médecine et la sorcellerie, j'ai eu
recours à trois papyrus médicaux conservés à
Berlin, à Leipsig et à Londres, ainsi quà une stèle
de la Bibliothèque nationale, f étudie d'ailleurs
depuis longtemps la médecine égyptienne et fai
eu maintes fois, depuis dix ans y Voecasion de tra-
duire et de citer des fragments de ces traités
hiératiques.
Dans la dernière étude, ce sont toutes mss lec-
tures, peut-être aussi mes stations prolongées
devant ks douze panneaux du Musée Guimet, qui
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AVERTISSEMENT 11
m'ont dicté mon sujet, La tombe égyptienne a du
reste été V objet de la curiosité de bien des égypîo-
logues et M. G. Maspero l'a décrite magistrale-
ment dans son Archéologie égyptienne, publiée il
y a quelques mois.
Telles sont, d'une manière générale, les sources
oùfaipuisé. Je ne puis, nécessairement, parler ici
des documents d'ordre secondaire dont le souvenir
m'est revenu presque au moment de rédiger mes
conférences. Une phrase d'écrivain grec, un pas-
sage d'inscription hiéroglyphique, un détail de
scène peinte dans une tombe se présentent parfois à
V esprit, juste au moment voulu et avec une extrême
netteté, sans qu'il soit toujours possible de dire de
suite où l'on a lu cette assertion y dans quel texte
on a déchiffré cette légende, sur quelle muraille
d'hypogée on a remarqué cette figure. On peut, à
force de recherches, longues parfois^ retrouver ses.
autorités. Mais des notes nombreuses s' accumule ul
alors au bas des pages,
f espère que le lecteur voudra bien m' accorder
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12 AVERTISSEMENT
sa confiance et consentira y comme les auditeurs, à
se passer de numéros de pages ou de planch es.
Quant aux illustrations qui ornent ce volume,
j'en ai indiqué soigneusement la provenance dans
une table spéciale. Je pense en effet qu'une gra-
vure sans indication de source n'a aucune valeur
en archéologie. Il est d'ailleurs si facile de faire
imprimer les indications que Von a dû nécessai-
rement fournir au dessinateur !
Je dois, avant de signer cette préface, adresser
mes remercîments à plusieurs personnes dont
l'obligeance a beaucoup contribué à l'excellente
composition matérielle de ce livre.
D'abord à M, D. Héron, qui a mis gracieu-
sement à ma disposition, il y a plusieurs années,
la riche et artistique collection de photographies
qu'il a prises lui-même pendant ses voyages en
Egypte.
Ensuite à mon frère qui., habitué à des œuvres
plus personnelles, a bien voulu pour tant se faire
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AVERTISSEMENT I3
illustrateur pour moi et a su réunir, dans ses
dessins, la précision de la copie à V originalité de
l'exécution, '
Enfin à mes éditeurs, qui ont consenti, à cause
du caractère littéraire de mon travail, à oublier
aimablement en ma faveur les règles sévères sui-
vies d'ordinaire dans l'impression de leur Biblio-
thèque scientifique,
V. L.
Lyoïty to avril i88ç.
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PHARAON
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PHARAON
I
Cest en passant par le texte hébreu des livres
mosaïques qu'est venu jusqu'à nous le mot Pharaon,
nom que donnaient à leurs rois les Égyptiens des
brillantes et belliqueuses dynasties thébaines. Le mot
Pharaon n'est pas un nom propre, comme on l'a pu
croire, et ne s'applique pas à un personnage déter-
miné. Ce n'est pas non plus un terme égyptien de la
V. LoRST, L'Egypte. , 2
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i8 l'Egypte au temps des pharaons
langue courante, signifiant Roi ou Souverain. C'est
une épithète honorifique, un titre royal composé des
deux mots hiéroglyphiques Phar-âa, ' '«||, les-
quels signifient la Grande Demeure et nous rappellent
d'une manière frappante l'expresjsion de Sublime
Porte, par laquelle les Orientaux d'aujourd'hui dési-
gnent l'administration supérieure du monde musul-
man.
Les Égyptiens, cependant, n'ont pas toujours donné
à leurs princes le titre de Phar-âa. Ce fut surtout au
temps des Ramsès, quand le peuple d'israél était
prisonnier en Egypte, que ces mots servirent à
dénommer le roi du Delta et de la Thébaïde. Après
eur liberté reconquise, les Israélites se rappelèrent
comment on nommait, sur la terre de servitude, leurs
durs et impitoyables maîtres. Le mot qu'on se plaisait
à graver mille fois sur les palais de granit des rives du
Nil prit en hébreu la forme Pharâoh et arriva jusqu'à
nous avec les traductions bibliques. De sorte que,
lorsque nous donnons aujourd'hui à Ramsès le nom
de Pharaon, nous employons l'expression même dont
se servaient ses contemporains pour le désigner, et il
nous comprendrait si sa momie, maintenant étendue
sous verre au Musée de Boulaq, pouvait voir se lever
le jour de la résurrection, promis depuis si longtemps
par les hiérogrammates de Thèbes.
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PHARAON 19
Pharaon ! On ne saurait jamais imaginer quelle idée
de puissance illimitée, de grandeur incommensurable
éveillait ce seul nom chez tout Égyptien d'il y a trois
mille ans. Pharaon! Cest à peine si un personnage
du commun osait se le représenter vivant de la
même vie que lui, et formé de chair et d'os comme un
simple mortel. Dans son esprit, le pharaon était un
être d'essence supérieure, le fils d'un dieu. C'était
pour lui celui que Ton ne voyait pas et à qui il suffi-
sait pourtant d'un seul signe pour le faire empri-
sonner, pour lui enlever ses champs et ses bestiaux,
pour l'envoyer en guerre dans de lointaines régions
d'où Ton ne revenait plus, soit vers les froids som-
mets du Liban, couverts de cyprès, soit au milieu
des sables arides et brûlants qu'habitent les noirs
Éthiopiens et où le Nil roule des eaux tièdes.
L'humble sujet ne connaissait pas le pharaon, ne
pouvait le concevoir qu'en un vague idéal, et cepen-
dant le sentait partout. L'autorité était dure pour le
pauvre. Celui-ci appartenait à la dernière, classe de la
société et au-dessus de lui s'étageaient, dans une im-
mense hiérarchie dont les hautes cimes échappaient à
sa vue, une infinité de scribes, de patrons, de pro-
priétaires ruraux, de percepteurs, d'agents de police,
de toparques, de nomarques, de prêtres, de pro-
phètes, tous des maîtres inexorables dont le maître
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20 L EGYPTE AU TEMPS DESPHARAONS
souverain et incontesté était le pharaon. La prison, la
bastonnade, la corvée, la dîme, telles étaient ordinar-
rement les formes sous lesquelles se manifestait à lui
le pouvoir pharaonique. Implorer ardemment Osiris
ou Anubîs afin d'obtenir plus tard, dans Tautre monde,
une vie heureuse, avait presque moins d'importance
à ses yeux que prévenir les réprimandes du supérieur
et éviter ainsi le regard courroucé de Phar-âa.
D ailleurs, TEgyptien était résigné et Test resté
jusqu'à nos jours. C'était là un des traits de son
caractère. Les philosophes ne lui disaient-ils pas que
^ sorti du sein de sa mère, Thomme trouve un supé-
rieur devant qui se courber. Enfant, il obéit à son
patron. Jeune homme, un officier le commande.
Vieillard devenu faible, il est à la merci de ses
subordonnés. L^homme est fait pour se plier.»
Un scribe de Tépoque des Ramsès s'est plu à nous
retracer le triste tableau de Fexistence que menaient
les prolétaires de son temps. A travers les recherches
de son style, et malgré un parti pris apparent de
peindre en couleurs un peu sombres la condition des
gens de métier, on sent que ce scribe n*a pas trop
exagéré les détails et que les misérables travailleurs
d alors devaient ressembler sensiblement à ceux qu'il
nous représente.
« Le boulanger, après avoir pétri la pâte, il met ses
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PHARAON 21
pains au feu. Tandis qu'il a la tête dans le four, un
ejifant le tient par les jambes, et il suffit que sa main
vienne à manquer pour que le pétrisseur tombe au
milieu des flammes.
« Le forgeron, il vit, respirant à peine, à la gueule
d'une fournaise. Ses mains sont comme en peau de
crocodile, et il exhale de partout une odeur affreuse
d'œufs de poissons.
« Le tailleur de pierre, il cherche de tout côté du
travail en toutes sortes de minéraux incassables.
Quand il a bien travaillé et que ses bras sont rompus,
il tombe accablé jusqu'au lever du soleil, les genoux
et réchine brisés.
« Le barbier, il rase jusqu'à la nuit. C'est seulement
quand il mange qu'il peut s'appuyer un moment sur
les coudes. 11 va de rue en rue et de maison en mai-
son, cherchant la pratique, et se lasse les bras pour
emplir son ventre, telle une abeille qui n'a d'autre
nourriture que celle qu'elle produit.
« Le batelier, il descend jusqu'à la mer pour gagner
son pain. Quand ses bras n'en peuvent plus à force
d'avoir ramé, qu'il a été dévoré par des moucherons
et par des moustiques, et qu'il a peiné sa peine du
matin au soir, il revoit pour un seul instant sa maison
et son jardinet. A peine est-il arrivé qu'il lui faut s'en
retourner en hâte.
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m
Û% l'Egypte au tbmps des pharaons
<i L agriculteur, il passe sa vie iiu milieu des bes-
tiaux, il s épuise pour ses légumes et ses pourceaux,
cuisinant en pleins champs et couvert de grossiers et
lourds vêtements. A Tair il souffre, chez lui il étouffe.
]| est retenu au sol comme par une entrave, et s'il
«ssaie de s'en dégager et de se reposer un peu à la
maison, on le bat et son maître le chasse,
<( Le tisserand, il va travailler en journée et sa
condition est des plus tristes. Ses genoux sont éter-
nellement repliés jusqu*à sa poitrine. Il ne goûte pas
Tair extérieur. Si un seul jour il lui arrive de fournir
' une quantité trop faible de tissus, il est lié comme on
lie en bottes, au bord des marais, les tiges des papyrus.
Ce n'est qu'en donnant des pains au portier qu'il peut
voir la lumière du jour.
« Le blanchisseur, il reste accroupi sur la berge du
quai, dans le voisinage constant des crocodiles. Sa
main n'arrête pas de se plonger dans les eaux sales
et grasses,
<i Le courrier, il lègue ses biens à ses enfants, cha-
que fois qu'il se met en route pour l'étranger , tant le
poursuivent la crainte des bêtes sauvages et la terreur
des Asiatiques. Rentré en Egypte, il va chez lui ; mais
à peine arrivé, il doit songera repartir. Son intérieur
pauvre le chagrine, il est presque heureux de s'en
4il!çr encore.
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».-'^"» .^'♦^ - •
PHARAON 23
« Le maçon, il est sujet à toute espèce de maladie.
11 est exposé aux vents brûlants, attaché aux encor-
bellements des maisons où il badigeonne, en guise
d'ornements, des fleurs de nénuphar. Sesbras s'usent
au travail, ses vêtements sont en loques. Il vit dans la
boue et se lave à peine une fois par jour. Il est comme
une pièce d'échiquier que le hasard promène de
quartier en quartier, toujours suspendu à des poutres,
aux terrasses élevées des constructions où il accomplit
son pénible travail. Quand il a gagné son pain, il
rentre à la maison et bat ses enfants. »
Et le scribe ? Car, il faut bien le dire, si l'auteur des
lignes précédentes ne nous a montré que le côté
attristé de l'existence de ses personnages, c'est que
son ouvrage s'adresse à son fils, qu'il veut dégoûter
de tout métier manuel afin d'en faire un scribe comme
lui-même. Aussi, à l'entendre, la fonction de scribe
est-elle la plus belle d'ici-bas.
« Celui qui s'occupe d'écriture et qui s'est exercé à
cet art est au-dessus de tous les puissants de la ville et
de tous les courtisans du palais. Il est délivré de toute
tâche servile, débarrassé de tous travaux manuels, et
peut mépriser houe et charrue. Il porte la palette et
peut regarder de haut qui manie la rame. Il ne con-
naît pas la misère, n'a pas de maître violent et ignore
les supérieurs nombreux. L'artisan, celui qui fait des
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24 l'Egypte au temps des pharaotjs
besognes journalières, il ne domine pas, il n'inspire
point le respect. Simple ouvrier^ il est le serviteur de
ceux qui sont placés plus haut que lui. Il n'a devant
lui que des occupations désagréables ^ sans esclave
qui lui apporte son eau» sans femme qui lui prépare
son pain* Le scribe, lui, iî prime tout. La déesse de
TAbondance est sa compagne inséparable, dés le jour
de sa naissance,»
Tout cela est jeu de style et recherche d'opposi-
tions. En réalité, le scribe égyptien était un fort mince
personniige. A l'école, on lui enseignait péniblement
les lettres k grand renfort de coups de bâton. L'art
d*écrire les hiéroglyphes était long à apprendre, et
Tapprenti écrivain devait user de nombreux calâmes
et couvrir de signes hiératiques mal contournés bien
des tessons de vases et bien des éclats de calcaire avant
de pouvoir écrire sur papyrus et d'acquérir ainsi le
droit de porter le titre de Scribe royal.
Et ce titre, souvent, ne menait pas loin. Il y avait
tant de scribes! Parmi les millions de personnages que
nous trouvons mentionnés dans les inscriptions
égyptiennes, il en est peu qui ne portent pas ce titre.
Le scribe, au sortir de Técole, devenait ce qu'il
pouvait, et, la plupart du temps, son existence était
dure.
Accroupi au coin d'un carrefour, il attendait, lui
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PHARAON 25
aussi, la pratique et, pour s'emplir le ventre, devait
écrire par centaines de fastidieuses lettres d'affaires,
mettre sur pied les comptés de commerçants peu
mathématiciens, ou parfois, occupation plus piquante,
rédiger en beau style des billets doux dictés par
d'illettrées fillettes de Thèbes ou de Memphis qui s'en
venaient, les soirs, cachées sous un voile et le cœur
battant, trouver le scribe voisin afin d'obtenir de lui,
moyennant un pain ou quelques dattes, une pré-
cieuse feuille de papyrus couverte de déclarations
grammaticalement amoureuses, *
D'autres aidaient les maçons, suspendus fraternel-
lement avec eux aux échafaudages des constructions,
et transcrivaient avec de la couleur noire, en hiérogly-
phes décoratifs que des sculpteurs devaient graver
ensuite, les phrases louangeuses que leur remettaient
de gras propriétaires infatués.
Heureux celui qui pouvait s'attacher à quelque
haut personnage et lui servir de domestique bon à
tout faire, même à écrire, à l'occasion.
En fait, celui qui primait tout en Egypte, celui qui
ne connaissait point la misère et n'avait nul supérieur,
celui qui pouvait mépriser franchement houe, rame
ou charrue, c'était le seul pharaon. Le scribe, qui
se prisait tant, était pour lui comme un grain de sable
au milieu de l'immense multitude de ses sujets.
V. LotiT, L'Egypte. 3
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20 l'bgypte au temps des pharaons
Et non seulement le scribe, mais encore toute la
foule des fonctionnaires plus haut placés n était entre
les mains de Pharaon qu'une immense machine soH-
dement agencée et manœuvrant puissamment au
moindre geste» Armée, clergé, administration, tout
relevait directement du Maître, qui était à la fois
général en chef, pontife suprême, et ordonnateur du
pouvoir civiL
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II
A la tête de leurs armées, les Pharaons d'Egypte
eurent maintes fois roccasion de faire trembler le
monde par leurs exploits victorieux.
A l'origine de l'histoire égyptienne, nous nous
trouvons en présence de bons rois calmes, pacifiques,
rêvant science et non conquêtes, étudiant la médecine
et point la stratégie, n'envisageant que le bien-êtr«
intime de leur pays. Pas de guerres, ou très peu. Juste
ce qu'il en fallait pour repousser de temps en temps les
attaques de quelques hordes nomades, libyennes ou
arabes, sur les deux frontières delà Basse-Egypte. En
peu de jours tout était terminé et les craintes un
moment éprouvées s'oubliaient rapidement. L'Egypte
n'avait pas encore d'armée régulière, et les combat-
tants de bonne volonté suffisaient pour la défendre.
Le peuple s'occupait tranquillement d agriculture,
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28 l'Egypte au temps des pharaons
de chasse, de pêche, s'amusant aux luttes, aux
joutes sur les canaux, accueillant avec une joie naïve
les bateleurs, venus des régions étrangères, qui leur
apprenaient des tours d'adresse, des danses nouvelles,
et leur amenaient, emprisonnées dans des cages
solides, des bêtes féroces inconnues aux rives du Nil.
Aussi, les peintures décoratives de ces époques recu-
lées ne respirent-elles que fraîcheur et gaîté. Pas de
chars de guerre roulant leurs roues sanglantes à
travers des traînées de cadavres, pas de forteresses
escaladées d'où Ton précipite les ennemis aux croco-
diles des fossés. On n'y voit que des scènes cham-
pêtres, des pasteurs conduisant leurs troupeaux, des
intérieurs de fermes aux mares couvertes de canards
multicolores, des bazars où, au milieu des mar-
chandages et des échanges, s'entrecroisent, rédigés en
hiéroglyphes, les lazzis spirituels et moqueurs de
jeunes gamins memphites, circulant tout nus dans la
foule des acheteurs.
Mais, tout change au bout de quelques siècles. Les
nations éthiopiennes, races timides et peu belli-
queuses, avaient d'abord, été considérées comme des
alliés tout désignés, comme des voisins inoflfensifs chez
qui Ton allait de temp^ en temps, sans crainte d'être
mal reçu, faire de simples voyages de curiosité. Ils
n'attaquaient pas l'Egypte, dont les séparait une
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PHARAON 29
infranchissable cataracte, écumant ses cascades sur
les rocs au sud de la pittoresque et rêveuse île de
Philae \ On alla les attaquer.
Les premières conquêtes égyptiennes, sous la
XIP dynastie, eurent lieu sur le Haut-Nil. Les Nègres
furent traqués par de$ générations successives, pour-
suivis sans trêve de village en village. Leurs champs
de dour^h furent détruits, leurs huttes incendiées,
leurs femmes emmenées en esclavage, leurs "pauvres
richesses emportées par un vainqueur sans pitié. On
s'était aperçu que leur pays recelait des mines d'or,
qu'on y trouvait deTébène etde Tivoire, et le luxe avait
progressé en Egypte. A la fin de la XIP dynastie,
deux massives fortifications situées au cœur de
l'Ethiopie, vers la seconde cataracte, rharquaient
orgueilleusement la frontière de l'empire égyptien.
Mais vint le temps des revers. Une terrible inva-
sion d'Asiatiques s'abattit comme une huée de sau-
terelles sur les plaines du Delta. Aucune force ne put
arrêter cette formidable poussée. Les Egyptiens surent
à peine résister. En peu de temps toute la Basse-
Egypte fut occupée par des milliers d'étrangers,
sinistres, aux yeux bridés, aux pommettes saillantes,
aux plates et larges lèvres, connus sous le nom
1 V. pp. 32-33.
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1
30 L EGYPTE AU TBMPS DES PHARAONS
d'Hyqsos. Les vieilles cités pharaoniques furent
dévastées, les temples furent rasés, et de nouveaux
sanctuaires, d'architecture étrange^ logèrent des divi-
nités ennemies symbolisant les fureurs de la guerre.
La domination dura plus de cinq siècles. La partie
septentrionale du pays avait fini par se plier à son sort.
Les Hyqsos se montraient plus doux, daignaient
même s'habituer aux coutumes égyptiennes, unissant
leurs dieux aux divinités nilîaques en d'hétérogènes
trinités. Mais le reste du pays était resté dans l'indé-
pendance, les envahisseurs n'ayant jamais dépassé de
beaucoup, au sud, la ville de Memphis. Des pharaons
dont l'histoire sait à peine les noms régnaient vague-
ment à Thèbes et vivaient en assez bonne intelligence
avec leurs voisins du nord.
Un libérateur se leva enfin. Déjà le roi Raskenen,
à la tête de troupes assemblées et instruites peu à peu,
avait fait quelques victorieuses incursions dans le
Delta. Sa momie, retrouvée récemment avec le crâne
percé de trois coups de poignard, nous prouve qu'il
succomba dans sa lutte pour la délivrance. Le roi
Ahmès^ son successeur, réunit une puissante armée de
terre, ainsi qu'une flotte importante destinée à
manœuvrer sur le Nil et sur les canaux. Un Ahmès
commandait l'armée, un autre Ahmès dirigeait la
flotte. Avec toutes les forces égyptiennes, les trois
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PHARAON 35
Ahmès se précipitèrent vaillammentcontreles Hyqsos.
Ceux-ci en étaient arrivés à ce moment où le vain-
queur, sûr désormais de son invincibilité, se relâche
de sa rigoureuse surveillance et s'oublie à jouir en paix
des fruits de sa conquête. En quelques semaines le
Delta fut repris. Les Hyqsosse replièrent dans la ville
d'Avaris, qu'ils avaient fondée sur les ruines d'une
cité égyptienne, vers la frontière asiatique, et où ils
avaient établi un vaste camp retranché pouvant con-
tenir trois cent mille hommes. On les y poursuivit.
Le siège d'Avaris dura assez longtemps, puis les
Égyptiens entrèrent en vainqueurs dans la ville,
l'armée de terre franchissant les murailles, la flotte
suivant les canaux qui amenaient Teau douce aux
habitants. Les Hyqsos s'enfuirent pêle-mêle en Asie,
et toute rÉgypte, redevenue pharaonique, glorifia
pendant des siècles le nom d' Ahmès.
Le désir d'une vengeance plus grande s'empara
bientôt des pharaons d'Egypte. Quand le pays fut
réorganisé et que l'armée fut prête à de nouveaux
combats, les Égyptiens pénétrèrent en Asie. Ils
allaient toujours devant eux, tuant, dévastant sans
s'arrêter, traversant en vainqueurs la Syrie, la
Mésopotamie, parvenant jusqu'aux rives de l'Euphrate
et du Tigre. Touthmès 111 conduisit ainsi plusieurs
fois les troupes égyptiennes à travers le continent
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ji l'Egypte av temps des phakaoss
asiatique et Ton vit enfin resplendir, sous son règne
et sous celui de son fils, tout rédat de la puissance
pharaonique.
Aménophis II parvint jusqu'à Niniv-e où les habi-
lants, montés en foule sur les remparts, saluèrent, en
agitant des palmes et des écharpes, les vainqueurs
étrangers défilant à leurs pieds et sengouffrant sous
les portes voûtées de la vflle.
Le retour en Egypte surtout fut pompeux. Toute
une flotte attendait l'armée aux bouches du Nil. Le
pharaon protégé des dieux monta un vaisseau colossal,
3UX flancs dorés, aux mâtures de cèdre, aux larges
voiles quadrillées de couleurs éclatantes. Assis sous
un dais élevé au plus haut du pont, au milieu des
chants d'allégresse et des fumées d'encens, Aménophis
jspirait les adorations des deux rives tandis que
devant lui se balançaient, étranges trophées pendus à
fa poupe du navire, sept noires momies grimaçantes
de princes asiatiques tués à Takhis.
L'immense cortège triomphal remonta toute
l'Egypte; traversa fièrement Thèbes où six des momies
furent suspendues à une porte de la ville, continua
sa route, franchit les cataractes, et, après une course
de plus de cinq cents lieues, atteignit, au fond de
l'Kthiopie, à Napata, l'extrémité méridionale des
frontières égyptiennes. Là, comme exemple du châ-
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PHARAON 37
timent réservé aux révoltés, le pharaon fit attacher la
septième momie de Takhis aux créneaux des murailles
d'enceinte.
Cette marche grandiose du cœur de l'Asie au centre
de l'Afrique est le plus glorieux souvenir qu'aient
laissé les pharaons et nous arrêterons là, pour ne pas
l'amoindrir, l'histoire des conquêtes égyptiennes.
On comprend combien ces victoires coup sur coup
répétées contribuaient à environner de prestige le
trône pharaonique. Mais un prestige bien plus grand
encore pour les pharaons, et plus durable, leur venait
de leur essence même, ou plutôt de l'origine qOe leur
attril^uaient, aux yeux des Egyptiens, de longues
traditions soigneusement perpétuées.
D'après les annales historiques égyptiennes, le pays
avait d'abord été gouverné par les dieux pendant une
tongue suite de siècles. Le plus célèbre, ou le dernier
d'entre eux peut-être, avait été Horus et pour cette
raison, lorsqu'ils voulaient désigner une période très
lointaine de leur, histoire — si lointaine qu'elle
n'était pas encore contemporaine de leur premier
roi — les Egyptiens se servaient de cette expres-
sion : « du temps des Sujets d'Horus», Les Sujets
d'Horus étaient les jancêtrç^ préhistoriques, ceux qui
avaient encore connu le dernier rôi-dieu.
Lassés du séjour de la terre, les dieux abandon-
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38 l'Egypte au temps des pharaons
nèrent enfin la royauté aux mains d'un homme et cet
homme, le premier pharaon dont l'histoire fasse men-
tion, se nommait Mena. Les pharaons régnaient donc,
non en vertu d'un droit divin, mais en vertu d'un
droit encore plus puissant, l'hérédité divine. Tout
roi d'Egypte était le successeur plus ou moins éloigné
d'un dieu qui avait occupé le trône. Les dynasties se
suivaient, s'enchaînant et se reliant Dieu sait comme;
n'importe, tout roi était pour ses sujets le descendant
direct des dieux et le maître incontesté du Trône
d'Horus.
De là des rapports très intimes entre les pharaons
et les divinités. Qu'il soit figuré en peinture sur les
parois des temples ou sculpté dans le granit des
statues colossales, le roi est partout représenté à
l'image des dieux. Mêmes couronnes symboliques,
même barbe tressée à la pointe recourbée, mêmes
sceptres et mêmes insignes, à tel point que, si des
noms n'étaient écrits auprès des personnages et si
leurs attitudes n'étaient différentes, on pourrait sou-
vent être embarrassé, devant up bas-relief rappelant
une offrande d'un roi à une divinité, pour dire quel
est le dieu et quel est le pharaon.
Enfin, cette consanguinité admise dès l'origine
entre les rois et les dieux, cette descendance reconnue
de tous, qui en faisait les membres d'une même
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PHARAON »39
famille, amena nécessairement les pharaons à se
considérer comme les seuls dignes de converser
directement avec les dieux et d'accomplir les parties
les plus délicates des cérémonies du culte. Le roi
était en fait Je prêtre au-dessus des prêtres. Lui seul
consultait les oracles ; lui seul, de tous les Égyptiens,
avait le droit d'entrer au plus profond du sanctuaire
et de briser le sceau toujours timbré des armoiries
pharaoniques, qui tenait fermée la porte du taber-
nacle; lui seul en somme pouvait contempler la
divinité face à face. Un prêtre, fût-il le plus important
du royaume, avait conscience, lorsqu'il parlait à un
dieu, de s'adresser à un maître. Le roi traitait ce dieu
familièrement, comme l'un des siens, et l'appelait
«mon père».
Les diverses occupations du gouvernement né
laissaient pas aux rois les loisirs de se consacrer
exclusivement au sacerdoce. Ils n'apparaissaient
qu'aux grands jours, lors des fêtes les plus considé-
rables. Mais il était d'usage que les membres de la
famille royale occupassent une fonction sacerdotale.
Le second fils du roi possédait de droit le titre de
grand-prêtre de Ptah à Memphis et, voué complète-
ment au culte du dieu, ne pouvait régner que par
exception, par exemple à défaut absolu d'autre héri-
tier au trône. Les reines et les princesses faisaient
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40* l'égypte au temps des pharaons
partie des maîtrises sacrées. Dans Torchestre, elles
battaient du tamlx>urin, agitaient des sistres ou des
crotales, jouaient de la harpe. Dans les chœurs, elles
chantaient les soïi des hyfnnes saints, tandis que
d'iiutres prêtresses, filles des grands du royaurhe,
exécutaient les ensembles.
Le roi, on le voit, de même qu'il était à la guerre
le commandant suprême de ses troupes, était, dans
ïes temples t le chef souverain de ses prêtres et se
réservait jalousement, dans le sacerdoce, les attribu-
tions qui étaient de nature à le mettre le plus en
contact immédiat avec la divinité.
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III
Mais c'est surtout dans ses rapports avec le peuple
égyptien qu'il faut se représenter le pharaon si l'on
veut se faire une idée de la terreur religieuse qu'il
devait inspirer à ses sujets. C'est dans les cérémonies
publiques et dans les fêtes triomphales qu'il faut se le
figurer, assis au-dessus de millions de fronts courbés,
sur un trône élevé que supportent de leurs épaules
les principaux du royaume, tandis que d'autres
réventent de longs flabellum et qu'un lion favori,
accroupi a ses pieds, darde sur la foule prosternée ses
prunelles inquiètes.
Les voyageurs qui visitent aujourd'hui les ruines
de Thèbes et qui parcourent, sur la rive droite du
fleuve, la plaine où s'étendaient autrefois les quartiers
de la ville habités par les vivants — on sait que la
rive gauche était réservée aux cimetières — ne peu-
3.
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42 l'Egypte au temps des pharaons
vent manquer de remarquer, émergeant çà et là hors
du sable, un nombre considérable de sphinx colossaux,
à tête de bélier, qui se suivent presque en ligne
droite sur un vaste parcours. 11 est possible, à qui
connaît l'antique Egypte, de se retracer par Timagi-
nation ce que devait être cette vaste voie et ce que les
animaux symboliques qui la bordaient durent voir
défiler de cortèges pompeux.
Longue de près de trois kilomètres, large de plus
de trente mètres, la route commençait au temple de
Louqsor, en avant des deux hauts obélisques de
granit rose qui en décoraient la façade, et se terminait
au temple de Karnak, en face de la grandiose porte
triomphale percée dans le talus d'enceinte. De chaque
côté de l'avenue, rapprochés presque au point de se
toucher les flancs, étaient étendus, sur des piédestaux
en forme de pyramide tronquée surmontée d'un
léger encorbellement, des sphinx de grès, à tête
d'homme ou de bélier, tenant entre leurs pattes, ap-
puyée contre leur poitrail, une image d'Aménophis III,
le pharaon qui les avait fait sculpter. La chaussée
était recouverte de dalles aux angles irréguliers,
fragments démesurés d'une sorte de gigantesque
mosaïque dont un polissage soigné avait fait dispa-
raître les jointures et les interstices. Des tamaris et des
sycomores cachaient le ciel de leurs feuillages et
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P H A tt Â Û K 43
tamisaient sur le sol îes rayons ardents du soleil. A
droite et à gauche s élevaient les riches hôtels de
raristocratie égyptienne, bâtiments de deux ou trois
étages, entourés de jardins aux murs crénelés que
dépas5;tientdes palmierSj et percés de fenêtres assez
étroites pour laisser fiïtrer un peu de clarté dans les
chambres intérieures sans y donner en même temps
accès à trop de chaleur, Et^ plus loin, la ville de Thèbes,
s'étendant jusqu'aux lointaines collines bleuâtres de
rhorîzon, avec ses milliers de maisons basses serrées
les unes contre les autres, s*entassant jusqu'au pied
des temples dont les dominaient les tours immenses
aux parois un peu inclinées*
Cest sur cette route royale qu'aux jours de grandes
fêtes se réunissait toute la population thébaine. C'est
là qu'on allait attendre le passage du souverain
escorté de ses prêtres, de ses soldats, de ses hauts
fonctionnaires. C est là que de nombreux ngents de
police, choisis de préférence parmi les habitants de la
Libye, avaient peine à refouler l'innombrable multi-
tude de curieux accourus de tous côtés.
Tantôt c'était la fête d'Amon, le grand dieu de
Thèbes. La statue divine, sortie de son temple, était
pompeusement promenée par toute la ville. En tête,
vingt prêtres à la tête rasée supportaient sur leurs
épaules un immense pavois recouvert d une étoffe
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"^ >"B^ '
44 L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
richement brodée dont le tissu, retombant presque
jusqu'au sol, les cachait aux yeux des spectateurs. Sur
ce pavois, qui semblait ainsi s'avancer de lui-même,
comme par une force surnaturelle, se dressait l'image
dorée d'Amon, à la tête surmontée de deux longues
plumes rigides. Autour du dieu, les desservants du
temple tendaient vers lui des flabellum, grands
éventails semi-circulaires surmontant une longue
hampe, ou de lourds bouquets artistement édifiés,
dans lesquels les nénuphars du Nil, roses, bleus et
blancs, se mêlaient à des feuillages de myrte et de
tamaris.
D'autres prêtres, derrière, portaient, au moyen de
longs bâtons passés sur leurs épaules, des crédences
chargées des emblèmes mystiques de la divinité :
cyprès en bois peint, fléaux d'ébène et d'or. Puis,
dans une chapelle en bois recouvert d'or et de
légendes hiéroglyphiques émaillées en toute couleur,
on revoyait le dieu Amon debout au milieu d'un
amoncellement de fleurs et d'offrandes.
Des soldats marchaient ensuite, annonçant le pha-
raon. Des musiciens les précédaient, rythmant leurs
pas de leurs instruments bruyants. Les uns jouaient
d'une trompette très courte et très aigué de son, ter-
minée par un pavillon conique ; les autres frappaient
de leurs poings de longs tambours en forme de ton-
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PHARAON 45
nelets étroits, attachés horizontalement devant eux
au moyen d'une courroie passant derrière leur cou.
Les soldats étaient coiffés d'une perruque à fines
tresses serrées, entourée au sommet de la tête d'une
étroite bandelette à laquelle étaient fixées, au-dessus
des oreilles, deux plumes d'autruche divergeant obli-
quement. Leur costume consistait en une ample jupe
blanche sur laquelle se drapait étroitement un long
manteau à petits plis gaufrés. Leurs pieds étaient
chaussés de sandales à l'extrémité antérieure longue-
ment recourbée en pointe, et leurs mains portaient,
Tune une petite hache d'arme, l'autre différents
attributs belliqueux.
Enfin,desprêtres, marchant à reculons, encensaient
Tair au devant du souverain, lequel était porté, sur
un palanquin élevé, par douze des principaux chefs
de son armée.
Là surtout était, pour le peuple, tout Tattrait delà
fête. Sur la route bleuie par les fumées d'encens
s'avançait la lourde litière dans laquelle était assis le
pharaon, sur un trône d'or dont le dossier était
formé des statues d'Isis et de Nephthys, les deux
déesses sœurs, qui, de leurs bras ailés abaissés de
chaque côté du siège, soutenaient les coudes du roi.
Sur sa tête étincelait un casque d'or enveloppé des
replis d'une vipère à la gorge gonflée et dans ses
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46 l'Egypte au temps des pharaons
mains se dressaient un fléau et un bâton au bout
arrondi en crochet, symboles de la domination et du
pouvoir invincible.
Puis des troupes encore, et des prêtres et, en der-
nier lieu, pour clore le cortège, des serviteurs chargés
d'escabeaux et d'escaliers portatifs devant permettre
au pharaon de descendre de son trône sur le sol, à
rentrée du temple.
D'autres fois c'était, aux approches de la moisson,
la fête du taureau sacré de Thèbes. L'animal mar-
chait tout seul en tête. D'une blancheur immaculée,
le cou orné d'une écharpe, il portait, supendu entre
ses cornes, un disque solaire d'or surmonté de deux
plumes. Puis le foi, à pied, tenait d'une main une
faucille et de Tautre une gerbe qu'il venait de mois-
sonner dans les champs sacrés d'Amon. Derrière, des
prêtres donnaient la volée à quatre oiseaux, chargés
d'aller annoncer au nord, au midi, à l'est et à
l'ouest, la bonne réussite des récoltes. Enfin, d'autres
prêtres suivaient, en nombre indéfini, portant des
statuettes royales ou divines, des étendards, des
symboles de toute sorte, quelques-uns ayant même
sur leur face un masque de carton figurant une
tête de bœuf, de vautour ou de cynocéphale, ani-
maux symboliques des principales divinités égyp-
tiennes.
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^HARAON
D'autres fois, c'était un cortège funèbre qui longeait
la grande voie de Thèbes; on conduisait un pharaon
à sa dernière demeure. Des vaches au corps peint de
dessins mystiques tiraient un traîneau sur lequel
reposait la momie royale, étendue entre les statues
protectrices d'Isis et de Nephthys. La famille suivait,
les femmes s'arrachant les cheveux, souillant leur
visage delà poussière de la route qu'elles ramassaient
à pleines mains et mêlaient en boue à leurs larmes.
Puis le cercueil, placé sur une grande barque mor-
tuaire à la voile lugubrement étalée, franchissait le
Nil et bientôt disparaissait au loin pour toujours, sur
l'autre rive, dans l'entassement des nécropoles éter-
nellement voilées, comme d'un brouillard, par la
fumée de l'asphalte en fusion dans lequel on plon-
geait les momies...
Le pharaon n'apparaissait d'ailleurs que bien rare-
ment aux yeux de ses sujets, et toujours dans des
occasions telles que l'on voyait seulement en lui un
triomphateur traînant à sa suite mille princes captifs,
ou un dieu dirigeant la fête d'un autre dieu de sa
famille.
Les Égyptiens connaissaient le plus souvent leur
roi par son effigie. De gigantesques colosses de grès
ou de calcaire le représentaient assis, dominant de
haut les multitudes. Sur le corps d'un lion, symbole
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4^ l'Egypte au temps des pharaons
de la force inéluctable, les hauts sphinx portaient une
tête humaine, qui était celle du pharaon. Les bas-
reliefs des temples et des palais montraient le sou-
verain en guerre, géant écrasant de sa massue des
centaines d'ennemis figurés dix fois moins grands
que lui.
Partout le pharaon vainqueur, le pharaon dieu, le
pharaon immense à côté des humains humiliés. Par-
tout l'expression symbolique de son pouvoir illimité.
Et les jours de fête où il passait au milieu de son
peuple^ les yeux, accoutumés" à le voir sphinx de
pierre aux griffes vigoureuses, continuaient presque
malgré eux à le considérer encore comme une statue
impassible et toute-puissante, dont un seul geste eût
fait trembler la terre entière, et dont le soleil n'eût
même pas fait cligner les paupières de granit.
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IV
. Lorsque, à la suite de longues recherches dans les
inscriptions, de fouilles minutieuses dans tous les
atlas de planches égyptologiques, et de visites fré-
quentes dans les musées, on est arrivé à reconstituer
l'existence d'un pharaon d'Egypte, lorsque Ton a
appris la vérité historique sur ses exploits guerriers,
que Ton connaît le nom de sa nourrice, la forme de
ses bijoux et de ses armes, que Ton a même démail-
lottésa momie, mesuré sa hauteur et regardé sa face
de près, on reste rêveur en songeant à la différence
qui devait exister entre la vie réelle de cet homme et
l'idée que devaient s'en faire les Égyptiens.
Pour nous, qui le connaissons maintenant d'après
sa momie, Ramsès II est un personnage aux traits
rudes, au front bas, aux yeux petits et rapprochés du
nez, à la bouche démesurée et aux oreilles écartées ;
tout dans sa physionomie dénote une très faible
V. LoRBT, L'Egypte. 4
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5l> L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
intelligence, voire même une certaine bestialité.
Pour les Égyptiens d'autrefois, Ramsès II, c'était ce •
sphinx campé superbement, au regard pensif et
profond, au masque d'une beauté fière et irrépro-
chable ; c'était ce colosse de granit assis devant le
temple de Louqsor, drapé magnifiquement dans
ses vêtements pharaoniques, portant haut le sceptre
et coiffé de la couronne des deux terres.
Nous connaissons par les textes les guerres asia-
tiques de Ramsès II. Nous savons combien il eut
de difficulté à traverser la Syrie, à échapper à un
traquenard tendu par ses ennemis devant Qadesch.
Nous savons qu'il ne put jamais dépasser le pays des
Khéta, au pied du Taurus, qu'il dut rebrousser che-
min après avoir signé un traité d'alliance, un peu par
contrainte, et qu'il eut grand peine à se refrayer un
chemin pour regagner les rives du Nil. Les Égyptiens,
i ux, voyaient sur tous leurs temples d'immenses
has-reliefs représentant un roi de grandeur colossale,
hroyant comme des roseaux, d'un seul coup de sa
massue, des centaines d'ennemis minuscules attachés
en bottes. Des tableaux symboliques leur montraient
vies combats sanglants, des emmêlements effroyables
vïe chars et de chevaux avec, au centre, le pharaon
c;ilme et vainqueur, protégé par le vautour sacré de
son père Amon. Mille noms de localités emportées
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PHARAON 51
d'assaut étaient gravés en colonnes mterminables sur
les soubassements des édifices. Leur roi, d'après les
rapports officiels, était allé au bout du monde, avait
parcouru tout ce qu'éclaire le soleil en sa course.
Nous, modernes, nous voyons mieux les choses,
et presque de plus près. Nous savons combien le
Taurus était relativement peu éloigné de l'Egypte.
Nous déchiffrons ces noms pompeux de nations
asservies, et nous y reconnaissons de pauvres villages
de Palestine, à peine habités. Et la légende triom-
phale de Sésostris s amoindrit pour faire place à la
simple réalité.
Rechercher ce qu'était au juste tel monarque
déterminé d'Egypte et examiner ensuite comment les
Egyptiens devaient le considérer sera la meilleure
manière de mettre en relief la toute-puissance des
pharaons, et de montrer par quels prodiges de vo-
lonté et d'habileté ils pouvaient, aidés par la religion,
en imposer à un peuple soumis et hypnotisé.
Le roi dont je veux retracer l'histoire, Aménophis 111,
vivait au xviii* siècle avant notre ère. 11 régna vers
la fin de la XVIIP dynastie et habita Thèbes. Grâce à
une erreur de touriste grec, on le confondit avec un
héros de la guerre de Troie. Une statue qu'il avait
élevée au milieu de la nécropole thibaine fut consi-
dérée comme un monument magique, qui chantait
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52 l'Egypte au temps des pharaons
tous les matins au lever du soleil : c'était Memnon
rÉthiopien saluant l'Aurore sa mère. La légende
grecque alla se développant, s'implantant sur
les légendes égyptiennes, et Aménophis III nous
est parvenu entouré d'une auréole de gloire et
d'étrangeté.
Aménophis III naquit de Touthmès IV, le septième
souverain de la XVIIP dynastie, et de la reine Maut-
em-ouaa*. Ce prince était Taîné de six frères. C'est
dans sa ville natale, à Thèbes, qu'il fut élevé et qu'il
passa sa jeunesse.
Dans les palais pharaoniques se trouvait une partie
intime, le hip, sorte de nursery anglaise, dans laquelle
se tenaient les princes jusqu'à leur puberté. Là ils
étaient soignés par tout un personnel de nourrices,
de remueuses, de nourriciers, de gouverneurs. Cer-
tains fils de grandes familles obtenaient la faveur de
pénétrer dans le kip, d'y jouer avec les jeunes princes,
d'y participer à leurs études et ne manquaient pas,
dans la suite, de rappeler toujours, en tête de leurs
titres officiels, l'honneur que leur avait fait le pharaon
de les admettre dans le kip royal.
Aménophis III y vécut avec ses frères et y reçut
la visite de bien des enfants qui devinrent plus tard
' V. p. 53.
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LA REINE MAUT-EM-OÙAA
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PHARAON 55
de hauts dignitaires du royaume. Les noms de deux
de ses nourriciers, Haq-er-heh et Haq-reshou, sont
parvenus jusqu'à nous et Ton peut encore visiter à
Thèbes la tombe du premier de ces personnages.
A la mort de son père, qui ne régna que neuf ans,
Aménophis III, encore jeune, hérita d'un immense
empire, à raffermissement duquel avaient contribué
son aïeul et son bisaïeul. Aussi pouvait-il se procla-
mer, le jour même où il monta sur le trône, « sou-
verain puissant dont les frontières s'étendent au midi
jusqu'à Karou » — le pays des Gallas — « et au
nord jusqu'à Naharina » — la Mésopotamie.
Les nations du nord ne se révoltèrent pas à son
avènement, comme elles en avaient l'habitude à
chaque nouveau règne. Les nations du midi, sans
organiser une grande révolte d'ensemble, obligèrent
pourtant le roi à aller pacifier quelques rébellions
partielles. Dans la cinquième année de son règne, il
alla châtier des tribus voisines de TEgypte, au sud
d*Éléphantine, et, après avoir mis tout à feu et à sang,
il revint, laissant près de Syène deux stèles commé-
moratives de ses victoires. Quelque temps après, il
dut s'aventurer un peu plus loin sur le Nil. Le pays
d'Abha, placé au sud de la seconde cataracte, s'était
révolté. Aidé d'un gouverneur égyptien local, Méri-
mès, auquel il conféra en récompense le titre de prince
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^6 l'Egypte au temps des pharaons
d'Ethiopie, Aménophis vint facilement à bout des
rebelles. Il rentra à Thèbes, amenant avec lui sept
cent quarante prisonniers vivants et trois cent douze
mains coupées pendant la bataille.
Telles sont les seules campagnes du roi; Améno-
phis III, comme on le voit, eut plutôt à sévir qu'à
asservir. D'ailleurs, il sut prendre du bon côté ces
voyages forcés en Ethiopie. Un scarabée de porcelaine,
tiré à un grand nombre d'exemplaires, nous apprend
en effet que, pendant les dix premières années de
son règne, Aménophis tua de sa main cent deux
lions africains. Ce roi ayant été si passionné chasseur,
on peut se demander si ce furent les révoltes des
Nègres qui lui donnèrent l'occasion de chasser le
lion, ou plutôt si ce ne furent pas ses chasses qui
devinrent le motif de simples razzias, opérées en
chemin.
Le reste du règne d'Aménophis se passa dans la
paix et dans le repos. Le roi fit édifier par tout le pays
des temples et des sanctuaires, et il n'est presque
pas de ville égyptienne qui ne renferme des souvenirs
de sa munificence. Ce fut lui qui fonda à Thèbes le
temple de Louqsor, agrandi plus tard par Ramsès II,
et qui construisit la vaste allée de béliers dont nous
avons parlé. Dans le Delta, à Eléphantine, en Ethiopie,
d'importants monuments portent ses cartouches, et la
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PHARAON 57
plus lointaine ruine égyptienne que Ton trouve en
remontant le Nil, presque au cœur de l'Afrique, date
de son règne.
Ce ne fut que dix ans après être monté sur le
trône, lorsqu'il eut terminé ses combats et satisfait
ses goûts de chasse à l'étranger, qu'Aménophis III
songea à se marier. Les pharaons d'Egypte, depuis
trois mille ans, n'avaient jamais épousé que des filles
de sang royal. Aménophis avait le choix entre une
quantité de cousines et de nièces. Des partis étran-
gers vinrent même s'offrir à lui et Kirgipa, fille de
Satarna, roi de Mésopotamie, fit à Thèbes, escortée
de trois cent dix-sept suivantes, une visite qui n'avait
évidemment d'autre but que de sonder le terrain au
sujet d'un mariage. Princesses pharaoniques, prin-
cesses asiatiques, Aménophis dédaigna tout pour
épouser la plus humble de ses sujettes.
Tii, celle qu'il choisit pour femme, était née, pro-
bablement à Abydos, de parents sans fortune. Amé-
nophis n'eut pas crainte de se mésallier ni de déroger
aux coutumes sévèrement en honneur à la cour, Il
aima Tii et fit un mariage d'amour, le seul que
Ton connaisse dans toute l'histoire d'Egypte, ou du
moins le seul dans lequel l'amour n'ait pas été mêlé
d'un certain sentiment de convenance hiérarchique-
Conscient de sa toute-puissance, Aménophis ne crai-
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58 L*ÊGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
gnit pas de braver l'opion publique. II fit frapper un
scarabée commémoratif que Ton retrouve aujourd'hui
dans toutes les villes d'Egypte, et il y fit graver une
inscription disant que lui, le roi fort, maître du monde
depuis le Tigre jusqu'au centre de l'Afrique, épou-
sait, en l'an X de son règne, Tii, fille de louaa et de
Touaa. Jamais les pharaons n'avaient donné une telle
importance ni une telle publicité à leur mariage.
Jamais surtout aucun d'eux n'eût osé accoler ses fiers
titres pharaoniques au nom vulgaire d'un simple
particulier qui ne pouvait même pas, comme le pou-
vaient neuf Égyptiens sur dix, se qualifier modeste-
ment de scribe royal. D'un côté ces noms bourgeois,
Tii, louaa, Touaa, de l'autre les cartouches du maître
du monde : les Égyptiens durent éprouver un certain
frémissement devant cette antithèse voulue, hardie
et éloquente dans sa simplicité.
Aménophis ne regretta pas son mariage, n*cut
même pas de harem comme en avaient ses prédé-
cesseurs et adora sa femme jusqu*à sa mort. Un an
après son mariage, il offrit en don à Tii, dans le Delta,
une grande ville, Djârou du Nord, dans laquelle il fit
construire un vaste bassin d'une demi-lieue de long sur
trois cents mètres de large, et il inaugura cette œuvre
en y faisant avec sa femme une longue promenade,
dans une embarcation étincelante d'or et d'émaux.
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^fmt^
PHARAON ' 59
Plus tard, il fit élever, en Ethiopie, à Sédéïnga, un
temple aujourd'hui en ruine dont la déesse était la
reine Tii. Elle y était représentée partout sous la forme
d'Hâthor, la déesse égyptienne de la beauté et du
plaisir, et Ton comprend la galanterie extrême qu'il y
avait dans cette flatteuse assimilation. Enfin, dans
tous les autres temples d'Egypte, la reine fut toujours
figurée à côté du roi et son image était accompagnée
du titre « l'épouse bien-aimée du pharaon, Tii ».
Lorsqu'Aménophis mourut, après trente-six ans
de règne, la reine, qu'il avait épousée toute enfant et
qui lui survécut de longues années, fit faire à son
iriari des funérailles splendides et fit semer le sol de
sa syringe, avant qu'on la murât, de. statuettes en
porcelaine bleue portant une dernière fois réunis les
noms de Tii et d'Aménophîs. Ces statuettes ont été
retrouvées, au commencement du siècle, par les
membres scientifiques de l'Expédition d'Egypte, et
chacun peut les voir dans les vitrines du Louvre.
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V
Telle est, sans tenir compte d'un certain nombre
de faits appartenant à la politique intérieure du pays,
l'histoire que les monuments égyptiens nous per-
mettent de retracer du règne d'Aménophis 111. Cette
histoire, en somme, est assez simple et banale, à part
la teinte poétique dont vient l'agrémenter l'existence
de la jeune et jolie Tii. Mais si nous la considérons
comme devaient la considérer ses contemporains, si
nous nous promenons à Thèbes et que nous par-
courions les bas-reliefs du temps et leurs légendes
descriptives, nous verrons combien Aménophis
nous apparaîtra tout autre.
L'histoire critique et froide nous apprend qu'Amé-
nophis naquit de Touthmès IV et de Maut-em-ouaa.
L'histoire, telle que nous la transmettent les peintures
mystiques du temple de Louqsor, nous enseigne des
choses bien plus compliquées et surnaturelles. Or,
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PHARAON 61
c'est seulement cette histoire mystique que lisaient et
en laquelle avaient foi les sujets d'Aménophis 111.
Toute une salle du temple de Louqsor est consa-
crée à la représentation de la naissance d'Anicno-
phis. Le père du roi y est non pas Touthmès IV, mais
le dieu Amon en personne. Touthmès y porte bien le
titre de mari de Maut-em-ouaa, mais c'est Amon qui
y exerce en réalité sur la reine les droits d'époux* Les
bas-reliefs qui ornent cette salle forment une sorte de
mystère religieux ou de féerie figurée, divisée en
cinq parties, et comprenant vingt tableaux suivis
d'une apothéose.
Nous voyons d'abord le dieu Khnoum, fabricatcur
des humains, modelant sur un tour à potier qu'il
fait tourner du pied, le germe du futur prince ainsi
que le germe de son ka, sorte de second corps qui lui
sera intimement uni pendant sa vie et ne se distin-
guera pas de lui, mais qui lui survivra après sa
mort. Hâthor, la Vénus égyptienne, assiste Khnoum
dans cette opération, qui est une sorte de cit ijtion
divine précédant Tacte humain de la fécondation.
Dans le tableau suivant, Khnoum vient annoncer
à Amon que les germes d'Aménophis 111 et de son ha
sont prêts. Amon reconnaît l'identité de son tlîs à
venir et lui souhaite santé, joie et prospérité.
Ensuite, Thoth, le messager et le secrétaire des
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"^T
62 l'Egypte au temps des pharaons
dieux, vient, son rouleau de papyrus à la main,
apprendre à la reine Maut-em-ouaa qu'elle a été
choisie par Amon pour être la mère de son enfant.
La scène suivante*, d'une hardiesse assez étrange,
nous fait assister à la conception d'Améno'phis. Le
dieu et la reine sont assis, étroitement serrés l'un
contre l'autre, les mains jointes et caressantes, sur un
lit que supportent les déesses Neith et Selk. Amon,
comrne nous l'apprend la légende gravée derrière lui,
se superpose en quelque sorte à la personnalité de
Touthmès IV : « 11 se transforme en la Majesté de ce
mâle, Touthmès IV. 11 trouve la reine couchée au
milieu des splendeurs de son palais. Elle s'éveille,
environnée de parfums divins; elle demeure en
extase devant la Majesté d'Amon. Il s'approche d'elle
pour la posséder; il se montre à elle dans son activité
divine. Après qu'il s'est retiré d'auprès d'elle, elle
reste en joie à la vue de ses splendeurs. L'amour
du dieu circule en tous ses membres, le palais s'em-
plit de parfums divins exhalant toutes les senteurs
de l'Arabie. » Un dialogue termine la scène. La
reine Maut-em-ouaa : « O dieu deux fois grand,
toi dont l'action est deux fois excellente, dont les
desseins sont deux fois [parfaits], tu as fait reposer
i v. p. 63.
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LA REINE MAUT-EM-OUAA ET LE DIEU AMON
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PHARAON 65
ton cœur sur ma Majesté ! Ta rosée s'est épandue en
tous mes membres, et ta Majesté a fait de moi tout
ce qu*elle a voulu. » Le dieu Amon répond : « Amé-
nophis — c'est le nom de mon tîls — est en ton
ventre. Apprends-lui, par les paroles qui sortiront de
ta bouche, qu'il est destiné à exercer la royauté sou-
veraine sur la terre en son entier, que mon âme est
avec lui et que je lui lègue ma couronne afin qu'il
gouverne TÉgypte aussi longtemps que vivra le
soleil. »
Dans le tableau suivant, Amon, sorti de chez la
reine, annonce à Thoth que la reine Maut-em-ouaa
est enceinte et lui ordonne de porter la nouvelle aux
dieux.
Amon et Touthmès IV sont ensuite en présence
Tun de l'autre. Le dieu apprend au pharaon qu'un
fils lui naîtra, lequel régnera sur toute la terre.
La reine, enceinte, et Hâthor se présentent devant
Amon. La déesse tient Maut-em-ouaa dans ses bras
et lui parle bas à l'oreille. Elle lui dit que le dieu
l'a ennoblie par son amour et qu'elle mérite la véné-
ration des humains.
Kknoum et Hâthor conduisent la reine vers la
chambre d'enfantement en lui souhaitant joie et
santé, et la glorifient d'avoir été choisie comme
épouse par le dieu.
V. LoRET, L'Egypte. 5
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66 l'Egypte au temps des pharaons
La reine, environnée d'un nombreux cortège de
divinités, parmi lesquelles les dieux du Delta et de la
Thébaïde, à tête de chacal et d'épervier, vient de
mettre au monde Aménophis et son ka. Deux accou-
cheuses lui soutiennent les bras, pendant que d'autres
emportent les nouveau-nés. Le dieu difforme Bes et
la déesse Ap, à tête d'hippopotame, divinités prési-
dant à la musique et à la toilette, adressent leurs
félicitations à Maut-em-ouaa.
Deux déesses allaitent les nouveau-nés — Amé-
nophis et son ka — qui sont représentés plus loin
tétant aux mamelles de deux vaches sacrées.
Neuf déesses, sortes de fées, présidant aux nais-
sances et chargées de fixer d'avance la destinée des
nouveau-nés, portent Aménophis et son ka sur leurs
genoux.
Hapi, le dieu du Nil, et Hekaou, le dieu de la fer-
tilité, présentent les enfants à Horus, qui les conduit
devant leur père Amon.
Hâthor, assise, tient le prince sur ses genoux.
Amon, debout devant elle, caresse le jeune enfant en
lui disant : « Viens en paix, ô Aménophis, fils de
mon ventre! »
Amon tient le prince sur ses genoux. Hâthor et
Maut, épouse ^d' Amon, debout devant le dieu, sou-
haitent à son fils santé et joie.
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IMIARAON 67
Khnoum et Anubis, le sceptre en main, s'avancent
vers les enfants et leur souhaitent de «c gouverner
tout Tespace qu'encercle la course du soleil et de
diriger les terres sous le fléau royal selon l'ordre de
Râ lui-même ».
Safekh, déesse des livres et des écrits, à qui deux
déesses présentent Aménophis et son kay trempe son
calame dans Tencre et leur écrit ses souhaits : «Je
t'accorde des millions d'années. Je t'accorde de réunir
toutes les plaines et d'assembler toutes les montagnes
sous tes ordres. »
Amon, assis sous l'ombrage de l'arbre sacré ashed,
le sébestier officinal, écrit les noms du futur roi,
sur deux fruits que lui présente Aménophis.
Thoth vient annoncer la naissance du prince à la
triple trinité de Thèbes, composée des divinités
Mentou-Toum-Shou, Tafnout-Seb-Nout, Osiris-Isis-
Horus. L'ennéade adresse au pharaon un souhait
général, puis chaque triade prend la parole pour lui
souhaiter force et puissance.
Amon présente son fils, déjà adulte, aux divinités
de la Haute, de la Basse et de la Moyenne-Egypte,
qui lui adressent leurs souhaits. Puis les deux déesses
Ouadjit et Nekhbit, symbolisant le Nord et le Sud,
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68 l'Egypte au temps des pharaons
viennent apporter au futur souverain les couronnes
de la Haute et de la Basse-Egypte, /j et V.
La dernière scène, sorte d'apothéose finale, présente
un caractère plus symbolique que les précédentes.
Sous un dais sont assis deux dieux, coiffés des cou-
ronnes précédemment citées. Deux emblèmes de sou-
veraineté, pourvus de jambes et accompagnés des
cartouches et de la bannière d'Aménophis III, viennent
prendre officiellement possession des sceptres de la
Haute et de la Basse-Egypte.
Telle est la manière dont Aménophis fit raconter
sa naissance au peuple égyptien et celui-ci — qu'on
ne s'y trompe pas — prit ces bas-reliefs non comme
des dessins symboliques, mais comme la représen-
tation de faits authentiques et avérés.
Après la description de ces scènes pompeuses
représentant Aménophis, filsd*un dieu, au milieu de
toutes les divinités égyptiennes, on a peine à revenir
à la réalité historique et à se figurer le jeune prince,
élevé dans la nursery du palais de Touthmès IV, en
compagnie de ses frères, sous la direction de Haq-er-
heh et de Haq-reshou, et accueillant les fils des hauts
fonctionnaires admis à partager les jeux et l'éducation
du futur souverain.
11 serait facile de multiplier l'énumération et la des-
cription des monuments d'Aménophis III, de le mon-
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PHARAON 69
Irer figurant comme dieu à Napata, avec ses prêtres
et ses musiciens spéciaux, de traduire la liste d'in-
nombrables nations d'Afrique et d'Asie dont les noms
sont gravés sur les soubassements du temple de
Kôm-el-Hettân que domine le massif colosse de
Memnon, de faire en un mot ressortir davantage l'or-
gueil superbe de ce souverain qui, s'il sut se montrer
original et personnel, s'il sut abandonner sans hésiter
les traditions étroites de ses pères, ne put s'empêcher
pourtantde rester pharaon dans l'âme et de chercher,
par tous les moyens que mettait en son pouvoir le
symbolisme religieux égyptien, à édifier les témoi-
gnages les plus gigantesques de son altière omni-
potence.
Mais je pense que ce que nous avons dit suffira.
Ce qui s'applique à un temple s'applique à tous les
temples; ce qui s'applique à un prince s'applique à
tous les princes.
Tout pharaon était un Aménophis et tout pharaon
a fait parler de lui en termes si hyperboliques, a laissé
des monuments si hautains et des annales si fas-
tueuses que, malgré nous, nous sommes presque
portés à juger les rois de l'antique Egypte comme les
jugeaient leurs sujets et que nous sommes vague-
ment désillusionnés, quand nous ouvrons lears
triples cercueils dorés et émaillés, de n'y trouver
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70 l'Egypte au temps des pharaons
qu'une momie anguleuse et étriquée, osant à peine
croire que cette tête simiesque engluée de poix a
porté autrefois la vipère d'or à la gorge gonflée, et
que ces yeux aux paupières recouvertes d'une pelli-
cule d'oignon ont pu faire baisser des milliers de
fronts devant un seul regard.
Voir la momie d'un roi d'Egypte, quand on vient de
lire son histoire sur les monuments, est le plus grand
contraste qu'on puisse rencontrer et la meilleure
manière de se rendre compte de tout ce qu'il dut
déployer d'adresse et de volonté pour se maintenir
aux yeux de ses sujets dans une éclatante et éter-
nelle auréole. Le prestige des pharaons, si soigneu-
sement entretenu autrefois, perd de jour en jour
son lustre devant la critique et laisse transparaître
sa trame de ruses et d'habiletés. Les recherches
scientifiques remettent chaque chose en sa place.
Les fouilles égyptologiques ramènent Ramsès-le-
Grand à la taille, déjà flatteuse, de i'",72, et la
navrante réalité nous fait assister à ce bizarre voyage
d'un puissant pharaon, constructeur d'une des plus
grandes pyramides de la nécropole memphite, lequel,
découvert en un caveau funèbre au fond de son mau-
solée, fut amené au Caire dans un vulgaire fiacre,
sous la forme d'une étroite momie enveloppée dans
un numéro du Temps, et ne put entrer en ville, malgré
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PHARAON • 71
les protestations indignées du savant qui le transpor-
tait, qu'après avoir été dûment pesé sur une bascule
de Toctroi et s'être vu appliquer par d'inflexibles
employés, en désespoir de cause et à la suite d'infruc-
tueuses recherches dans le registre des tarifs, le droit
d'entrée sur la morue salée !
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FAUNE ET FLORE
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FAUNE ET FLORE
Qyatre sources d'informations nous permettent de
reconstituer la faune et la flore de TEgypte au temps
des pharaons : les spécimens conservés dans les
nécropoles, les animaux et les plantes représentés sur
les bas-reliefs, les renseignements fournis par les
voyageurs classiques, les indications tirées des textes
égyptiens.
Comme nous le verrons plus loin, presque tous les
animaux d'Egypte étaient considérés comme sacrés,
les uns dans une ville, les autres dans une autre.
Chaque dieu égyptien avait son animal symbolique
qui était adoré avec lui dans son propre temple, fai-
sait partie des processions religieuses, et, une fois
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76 L 'EGYPTE AU TEMPS DES PHARAOHS
mort, était enseveli en grande pompe dans un cime-
tière spécial. Or, ces cimetières d'animaux sacrés ont
été retrouvés en fort grand nombre. Les animaux
étaient momifiés comme les humains, enfermés dans
des sarcophages ou dans des récipients de terre, de
sorte que nous possédons d'eux, non pas des sque-
lettes, mais des corps la plupart du temps très bien
conservés.
Ce n'est pas seulement dans les hypogées d'ani-
maux sacrés que l'on trouve ces momies, mais encore
dans certaines tombes de particuliers. En effet, bien
des personnes tenaient à faire ensevelir auprès d'elles
les animaux familiers qui les avaient distraites durant
leur vie. C'est ainsi que telle jeune princesse de la
XX' dynastie fit placer, auprès de son propre sarco-
phage, un sarcophage en forme de gazelle qui conte-
nait le corps d'un animal de cette espèce. Les chats
et les singes, plus rarement les chiens, se trouvent
également dans les caveaux funèbres des particuliers.
Mais c'est surtout dans les nécropoles sacrées
qu'on trouve des momies d'animaux. 11 y en a de
toute espèce. A Syout, l'ancienne Lycopolis, la
montagne est percée^de mille trous dans lesquels
sont enfouies des momies de loups. A Maabdeh, des
millions de crocodiles desséchés sont ensevelis dans
de vastes galeries souterraines, qu'aucun voyageur
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^^fSS5^Trar?5
FAUNE ET FLORE 77
n'a pu encore explorer dans toute leur étendue,
et qui renferment, à côté de grands crocodiles de
deux ou trois mètres, des "^animaux plus jeunes,
mesurant de vingt à trente centimètres seulement et
liés par bottes de dix ou douze. Ailleurs, ce sont des
bœufs, des moutons, des chats, des vautours, des
ibis. On rencontre même de minuscules nécropoles
consacrées à des scarabées et à des cantharides.
Pour les plantes, ce sont d'autres raisons qui les
ont fait conserver dans les tombes, car, quoi qu'en
dise Bossuet, Toignon n'a jamais été adoré par les
Égyptiens. Les défunts, qui devaient attendre durant
bien des années la résurrection promise, avaient,
pendant cette longue attente, besoin d'aliments.
Aussi les Egyptiens déposaient-ils à côté de leurs
morts des fruits, des légumes, des pains, quelquefois
même des volailles et des gigots tout prêts à être mis
en broche, mais momifiés toutefois, par précaution.
Les momies étaient, dans leur cercueil, couchées
sur des lits de fleurs fraîches, leur poitrine était ornée
de guirlandes, leurs mains tenaient des bouquets;
quelquefois, une abeille en train de butiner pendant
la cérémonie funèbre se trouvait prise quand on re-
fermait le sarcophage et Tune d'elles nous est arrivée
presque intacts, après quatre mille ans, n'ayant de
cassé que l'extrémité d'une aile.
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78 l'Egypte au temps des pharaons
On comprend combien nous possédons par ce
moyen de fruits, de fleurs et de légumes. Mais les
végétaux nous ont été également conservés d'autre
manière.
Les cercueils, les meubles funéraires sont en bois
égyptiens ; les flûtes, les flèches, les hampes de lance
sont en roseaux du Nil ; les nattes, les corbeilles sont
fabriquées en feuilles ou en tiges de graminées; les
tissus sont en lin, en coton, et l'analyse chimique de
leur teinture nous révèle la présence d'indigo, de
carthame.
Les animaux momifiés ont été peu étudiés jus-
qu'ici; ils ont, pour être admis dans les musées d'an-
tiquités, le défaut d'être trop encombrants. Tout au
plus trouve-t-on parfois, dans nos collections égyp-
tiennes, un crocodile, un chat, un ibis, animaux
décoratifs et locataires commodes à caser. Mais des
bœufs, des moutons, des chacals, point de trace.
Mariette découvrit soixante-trois momies de taureaux
Apis adorés à Memphis. On les laissa au Sérapéum
où Dieu sait ce qu'ils sont devenus, mais aucun d'eux
n'est visible au musée de Boulaq qui n'est guère
situé, pourtant, qu'à deux ou trois heures des ruines
de Memphis.
Les fleurs, les fruits et les légumes tiennent beau-
coup moins de place; aussi les voit-on en grand
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PEINTURES ÉGYPTIENNES d'animaux
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FAUNE ET FLORE 8l
nombre dans les vitrines du Louvre ou du British
Muséum. Les anciennes plantes de TÉgypte ont même
fait le sujet d'études fort intéressantes de Schwein-
furth, qui a préparé, pour le Musée de Boulaq, un
fort riche herbier pharaonique dans lequel les plantes,
après avoir été décroquevillées au moyen de l'eau
tiède, ont été étalées sur le papier et scientifiquement
étiquetées de leurs noms botaniques.
Si Ton trouve, dans nos collections, plus de végé-
taux que d'animaux, on trouve, par contre, sur les
bas-reliefs égyptiens^ bien plus d'animaux que de
plantes. La chose se conçoit aisément. Les fleurs sont
parfois figurées en bouquets; quelques arbres et
quelques plantes font partie de paysages — mais les
Égyptiens étaient peu paysagistes et préféraient repré-
senter les intérieurs; — des fruits et des légumes
sont peints parfois dans les amoncellements d'of-
frandes. Mais ces représentations ne sont pas nom-
breuses et, de plus, les caractères botaniques des
arbres ou des fleurs n'y sont la plupart du temps que
fort sommairement indiqués. Les fleurs sont bariolées
de couleurs prises au hasard de la palette ; les arbres
sont ordinairement des cônes verdâtres à tronc brun,
rappelant les arbres en sapin de nos bergeries d'en-
fants. 11 y a certes quelques exceptions, mais elles
sont relativement rares.
V. LoRBT, L'Egypte. 6
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82 l'Egypte au temps des pharaons
Au contraire, les animaux sont fréquemment repré-
sentés en compagnie de l'homme. Ce sont des scènes
de chasse, dans lesquelles nous voyons défiler tous
les animaux sauvages qui vivaient sur les bords du
Nil ou dans les déserts. Parfois, ce sont des repré-
sentations champêtres, des intérieurs de fermes, la
récolte, la rentrée du blé; là nous trouvons la
plupart des animaux domestiques connus des anciens
Egyptiens. D'autres fois, ce sont des scènes familiales,
qui nous présentent des animaux plus liés avec
Thomme, tels que le chien, le chat, le singe, que
Ton élevait dans les maisons par agrément ou par
utilité. En un mot, il est presque permis d'affirmer
que la faune de TEgypte ancienne se trouve repré-
sentée entièrement sur les monuments et que les
peintres égyptiens se sont chargés en quelque sorte
d'illustrer d'avance le livre de qui voudrait dresser
le catalogue de leurs animaux pharaoniques.
Et qu'on ne s'imagine pas que ce soient des
illustrations enfantines et maladroites. Les peintres
égyptiens excellaient dans l'art d'observer et de
rendre. Leurs animaux sont scrupuleusement dé-
taillés, l'allure et le mouvement en sont soigneu-
sement exprimés, et des colorations habilement
employées achèvent de faire de ces peintures des
planches dont beaucoup de nos atlas d'histoire natu-
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FAUNEETFLORE 83
relie auraient bon droit d'être jaloux. Je n'en veux
donner comme exemple que la figure de deux ani-
maux copiés dans une sépulture de la XII* dynastie,
dont le premier représente une espèce d'oryx (Addax
nasomaculaius), et Tautre un bubale (Alcelaphus
Bubalisy,
Examiner des squelettes d'animaux ou des plantes
desséchées, comparer ces restes avec des représenta-
tions antiques, tels sont les deux plus importants
moyens d'étude qui se présentent à qui veut recon-
stituer sûrement la faune et la flore égyptiennes d'au-
trefois. Grâce à ces deux ordres de documents, nous
pouvons dresser la liste scientifique des animaux
et des plantes que possédaient les Egyptiens. Mais
il est utile en outre de connaître les mœurs de
ces animaux, de savoir à quels usages étaient em-
ployées ces plantes, d'en pouvoir donner les noms
égyptiens.
C'est ici que les écrivains grecs et les textes égyp-
tiens viennent à notre secours. Hérodote, Diodore,
Strabon décrivent les animaux et les plantes qui
les ont frappés par leur étrangeté. Des naturalistes
comme Aristote et Elien, des botanistes comme
Théophraste ou Dioscoride ajoutent aux descriptions
1 v. p. 79.
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84 l'Egypte au temps des pharaons
pittoresques de ces voyageurs des renseignements
plus scientifiques. Enfin, les textes égyptiens nous
citent les noms locaux des représentants du règne
animal et du règne végétal et complètent pour nous
les indications fournies par les touristes grecs.
Comme on le voit par ce qui précède, ce n'est pas
d'après de vagues affirmations, mais bien d'après
des sources sûres que Ton peut étudier les animaux
et les plantes de l'antique Egypte.
Pour les animaux, ce genre de travail a jusqu'ici
peu tenté les savants, et ce n'est qu'en réunissant un
certain nombre d'études partielles que l'on peut arri-
ver à composer une liste, à coup sûr incomplète, des
animaux égyptiens d'autrefois.
Pour les plantes, au contraire, de nombreuses
recherches ont été faites par nos plus grands bota-
nistes, tels que C. Kunth, F. Unger, A. Braun,
G. Schweinfurth, ou par des égyptologues comme
F. Chabas et C. Moldenke, et j'ai pu moi-même, il
y a un an, publier sous le titre de Flore pharaonique
une étude d'ensemble sur les plantes connues des
anciens Égyptiens.
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II
Si nous voulons procéder par ordre chronologique,
les deux animaux que nous aurons à citer en premier
lieu sont certainement le crocodile et Thippopotîime.
Ce sont eux, en effet, que Ton trouve représentés
dans les scènes de chasse les plus anciennes qui or-
nent les tombes d'Ancien empire dans la nécropole
de Memphis. Ces deux animaux ont disparu aujour-
d'hui de l'Egypte et ne se retrouvent plus qu'au midi
de la première cataracte. Pourtant l'hippopotame ha-
bitait encore les marais de Damiette au xvii* siècle et
le crocodile, que Ton trouvait en abondance dans le
Delta à la même époque, a remonté le Nil peu à peu ;
mais on peut encore, par exception, le rencontrer
aujourd'hui dans les environs d'Assouan.
L'hippopotame, qui infestait les marais du Delta,
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OT,
86 l'Egypte au temps des pharaons
restait tout le jour caché dans les roseaux et gagnait,
la nuit, les champs cultivés dont il dévorait les cé-
réales, brisant et foulant aux pieds ce qu'épargnait
sa voracité. Aussi les cultivateurs de l'ancienne Egypte
lui faisaient-ils une chasse acharnée.
Montés sur de légers bateaux de papyrus, ils tra-
quaient l'animal, l'entouraient d'un infranchissable
cercle d'embarcations, et lui lançaient de loin de so-
lides harpons de fer attachés à de longues cordes en-
roulées sur des bobines. L'hippopotame, blessé de tout
côté, se dérobait, se sauvait sous Teau ; quand il avait
perdu bien du sang par ses blessures et que les cordes,
ne se dévidant plus, indiquaient sa lassitude, on le
tirait vers les barques et, aussitôt qu'il apparaissait,
on l'achevait à coups de lance.
La chair de l'hippopotame, très dure et très coriace,
n'était pas mangeable ; aussi était-ce surtout pour le
détruire qu'on le chassait. Sa peau servait cependant,
comme aujourd'hui, à faire des fouets et des jave-
lines. Le nom de l'hippopotame était khab ou dab et
cet animal n'était sacré, au dire d'Hérodote, que dans
le nome paprémite.
Le crocodile, que Ton rencontrait par toute l'Egypte,
était consacré au dieu Sébek et adoré principalement
à Thèbes et sur les bords du lac Mœris. Mais, si les
habitants de la Haute-Egypte, qui n'avaient rien à en
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FAUNEETFLORE 87
craindre, respectaient cet animal, les habitants du
Delta, qui se trouvaient constamment en contact
avec lui à cause des nombreux canaux et marais dont
est sillonnée cette partie du pays, ne se privaient pas
de lui livrer de terribles combats.
Pour le chasser, on lui tendait des hameçons dissi-
mulés sous de la viande de porc. Quelquefois en le
tuait comme Thippopotame, avec des harpons, ou bien
encore on le prenait dans de vastes et lourds filets. En
somme, le crocodile n'est pas un animal extrêmement
dangereux. Il s'eflfraie au moindre bruit et se sauve
devant ceux qui ont le courage de l'attaquer, ne se me-
surant qu'avec les faibles animaux ou avec les hommes
qui font montre de crainte à son approche. Aussi les
Égyptiens en faisaient-ils un symbole de la lâcheté et
voyaient-ils en lui une forme animale du démon Set.
C'est pourquoi, à certain jour de l'année, on lui faisait
une chasse générale par toute TEgypte, le détruisant
par milliers et mangeant sa chair, moins par goût
d'ailleurs que par vengeance et fanatisme.
Les crocodiles sacrés du lac Mœris étaient si bien
apprivoisés qu'on leur mettait des colliers au cou, des
périscélides aux pattes, et qu'on les faisait venir^ par
un simple cri, d'un bout du lac à l'autre pour leur
tendre des gâteaux ou des morceaux de viande appor-
tés par des visiteurs dévots.
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88 l'Egypte au temps des pharaons
A Tentyris, au contraire, les crocodiles étaient con-
sidérés comme des ennemis personnels d'Hâthor, la
déesse locale, et les habitants de cette ville avaient,
dans le monde entier, la réputation d'être reconnus au
flair par les crocodiles et d'être fort redoutés d'eux.
Leur habitude de chasser tous ceux de ces animaux
qui s'aventuraient dans les eaux du nome tentyrite
leur donnait, en effet, une hardiesse extraordinaire.
Ils se baignaient dans le Nil, sans crainte, auprès des
crocodiles, les évitant en nageant comme pour se
jouer, leur sautant sur le dos, leur tendant par plai-
santerie un court bâton pointu des deux bouts dont
l'animal, en voulant l'avaler avec le bras qui le tenait,
se perforait et s'enclouait naïvement les deux mâ-
choires. Lorsque, sous les empereurs, on fit trans-
porter par curiosité des crocodiles à Rome, on ne
manqua point de les faire toujours accompagner par
des habitants de Tentyris, qui seuls pouvaient les
nourrir et s'en faire obéir.
Les noms égyptiens du crocodile étaient souq et
msah, mot qui nous a été conservé dans le nom du
Lac Timsah, sur l'isthme de Suez.
Le lion, nommé ma en égyptien, — le nom de la
lionne est labou — vivait dans les déserts avoisinant
l'Egypte. Très commun dans le pays sous l'Ancien
empire, il recula peu à peu vers le sud, mais assez
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FAUNE ET FLORE 89
lentement toutefois pour que Tempereur Hadrien ait
pu encore en chasser, au dire d'Athénée, dans les
environs d'Alexandrie. On le tuait ordinairement à
coups de flèche, et les bas-reliefs représentant ce
genre de chasse sont assez nombreux. Ordinairernent,
ce sont les pharaons qui sont figurés chassant le lion ;
cet animal était leur proie favorite et nous savons que,
pendant les dix premières années de son règne, Amé-
nophis m en tua cent deux de sa main.
Le lion fut apprivoisé de bonne heure. Les bate-
leurs du temps des Pyramides en offraient, enfermés
dans des cages, à la curiosité de leurs contemporains.
On employait parfois cet animal à la chasse aux ga-
zelles. Ramsès II possédait même un lion, du nom de
Anta-m-nekht, qui l'accompagnait à la guerre et, se
précipitant dans les mêlées, goûtait aux nations étran-
gères avec entrain et conviction.
Le lion était spécialement adoré à Léontopolis, où
il symbolisait la divinité solaire. De même, à Héliopo-
lis, un lion vivait dans le temple du Soleil. 11 y était
nourri de viandes recherchées, on accompagnait ses
repas de mélodies sacrées, et souvent, pour donner
satisfaction à ses instincts de carnage, on enfermait
en sa compagnie quelque animal vivant que de nom-
breux spectateurs se plaisaient à le voir poursuivre et
dévorer.
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\''^i...i
90 l'Egypte au temps des pharaons
La panthère, en égyptien abi, et le léopard, en égyp-
tien basou, étaient fréquemment chassés, surtout dans
les pays éthiopiens. Leur peau, outre qu'elle servait à
former des tapis et à recouvrir des sièges, était très
recherchée pour le culte égyptien. En effet, la partie
•distinctive du costume de certains prêtres, entre au-
tres du grand-prêtre de Ptah à Memphis, était une
peau de panthère dont la tête s'attachait à la boucle
•de ceinture, tandis qu'une patte retombait sur la poi-
trine, par-dessus une épaule. On voit souvent, dans
les bas-reliefs, ces animaux amenés en laisse par les
Nègres prisonniers de guerre des Égyptiens.
La hyène, hati, le loup, ounsh, le chacal, sab, se
rencontraient par toute TÉgypte. Le loup était adoré
de préférence à Lycopolis. Quant au chacal, hôte or-
dinaire des nécropoles, il symbolisait Anubis, le dieu
•des morts, et était généralement respecté par tous les
Égyptiens.
L'éléphant, âb, et Tours blanc de Syrie, dabi\ sont
<juelquefois représentés au milieu des animaux ame-
nés vivants d'Asie par les soldats égyptiens. Touth-
'mès II chassa l'éléphant dans les environs de Ninive
et nous a laissé le récit de ses chasses, dans lesquelles
il tua cent vingt pièces. Mais si les Égyptiens connais-
saient l'éléphant d'Asie grâce à leurs grandes guerres
de la XVIII* et de la XIX' dynastie, ils connaissaient
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1
FAUNEETFLORE 91
depuis de longs siècles l'éléphant d'Afrique, dont ils
tiraient Tivoire, très employé en ébénisterie. Parmi
les redevances qu'envoyaient en Egypte les princes
d'Ethiopie se trouvaient surtout des défenses d'élé-
phant. 11 est même probable que cet animal vécut,
sous les premiers pharaons, dans le midi de l'Egypte,
car c'est de son nom que fut dénommée l'île d'Élé-
phantine, dont l'expression hiéroglyphique s'écrit au
moyen de la figure d'un éléphant.
Enfin, parmi les animaux que l'on rencontre dans les
scènes de chasses, il faut encore citer le sanglier, le
hérisson (Erinaceus auritus), le petit lièvre à longues
oreilles nommé oun dans les inscriptions, le renard, la
mangoustc( l^îverra Ichneumon), qui dévorait les œufs
d'oiseau et de crocodile, l'autruche, que l'on chassait
activement en Ethiopie et dont les plumes et les œufs
étaient très recherchés, les œufs soit pour Taliment:!-
tion, soit pour l'acclimatation, les plumes pour les
éventails et pour les coiffures de certains hauts digni-
taires de l'armée.
Mais ce sont surtout les animaux du genre antilope
que Ton voit représentés dans les peintures de chasse
égyptiennes. Ces animaux vivaient par troupes nom-
breuses entre les collines qui bordent l'Egypte et les
plaines cultivées qui longent le Nil. L'ibex, neraoïf,
Toryx, ma-houdj, le moufflon, abou, le bubale.
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92 l'Egypte au temps des pharaons
sbesaoUf la gazelle, gabsi, l'addax, noudou, le cerf,
banen, étaient bien plus nombreux autrefois en Egypte
qu'ils ne le sont aujourd'hui. Je ne sais même si tous
ces animaux existent de nos jours sur les bords du
Nil, mais presque tous sont encore mentionnés par
Prosper Alpin, qui visita ce pays en 1580. Le cerf,
entre autres, s'y rencontrait en abondance et sa chair
était très estimée, ainsi qu'il nous l'apprend au
livre IV, chapitre ix, de ses Rerum œgyptiarum libri
quatuor.
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^^^m^.
m
Si, des animaux sauvages, nous passons à Tétude
des animaux domestiques, nous trouvons dans les
bas-reliefs de l'Ancien empire de quoi satisfaire ample-
ment notre curiosité. Les scènes agricoles abondent
en effet dans les tombes des premières dynasties,
époque pendant laquelle les Egyptiens, qui n'avaient
pas encore à se défendre contre les invasions étran-
gères, vivaient la vie paisible des champs. Les richesses
des gens aisés de l'époque des Pyramides consistaient
surtout en troupeaux, et les propriétaires des masta-
bas de la nécropole memphite ne manquaient pus
d'énumérer longuement leurs biens sur les parois de
leur dernière demeure.
Les trois animaux que Ton trouve figurés sur les
monuments les plus anciens sont le taureau, le bélier
et le bouc.
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94 l'Egypte au temps des pharaons
Le taureau, dont le nom Egyptien est aoua, — la
vache se nomme ahit et le veau bahes — semble avoir
existé à Tétat sauvage dans la vallée du Nil, car on
voit souvent des scènes de chasse dans lesquelles il
est représenté pris au lasso. Le taureau paraît avoir
été le premier animal sacré des Égyptiens. Le bœuf
Apis était en effet adoré à Memphis et Ton trouve dans
les plus anciens textes des traces de son culte. A
Héliopolis, on adorait également un taureau noir qui
était consacré au dieu solaire et se nommait Mnévis.
Enfin, les habitants d'Hermonthis vénéraient un
taureau du nom de Bakis.
On voit souvent, dans les bas-reliefs, des combats
de taureaux. Ce ne sont ordinairement que des scènes
de la vie de ferme, mais Strabon affirme que, dans le
temple de Ptah à Memphis, on donnait fréquemment
au peuple le spectacle de combats de taureaux et que
Ton dressait des animaux à ce genre d'exercice.
Outre le taureau, les Egyptiens élevaient encore
dans leurs herbages le bœuf zébu des Indes et le
buffle, si commun aujourd'hui en Egypte.
Le bélier, nommé en égyptien sraou, et le bouc,
nommé ba, étaient l'objet de grands soins de la part
des Egyptiens. Le premier, consacré à Amon, était
surtout adoré à Thèbes ; le second, attaché au
culte d'Osiris, était vénéré à Mendès.
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-Wï^r^rf^-^.
FAUNE ET FLORE 95
. A côté de ces animaux, les Égyptiens élevaient dans
leurs fermes, ce qui pourra paraître surprenant, une
certaine quantité d animaux appartenant au genre
antilope, tels que le bubale, l'addax, le beisa, le dorcas,
le kobe, la gazelle, le défassa. Ces animaux étaient
conduits par troupeaux au pâturage, on les enfermait
le soir dans des étables et leurs gardiens leur don-
naient de temps en temps des remèdes sous forme de
pâtée. Du reste, Télevage des antilopes ne semble
avoir été florissant que sous les premières dynasties.
On ne les trouve plus représentés, du moins comme
animaux domestiques, dans les tombes postérieures
à l'invasion des Hyqsos.
L'âne, nommé âa, appartenait à la même espèce
que Ton voit aujourd'hui au Caire. Petit, svelte et
léger, il était employé à transporter les gerbes. Sou-
vent même il servait de monture et, sur un bas-
relief de Gizéh datant de la IV' dynastie, on voit deux
ânes portant entre eux une sorte de chaise suspen-
due dans laquelle se prélassô un haut fonctionnaire
du Delta. L'âne était -consacré, on ne sait pourquoi,
au dieu Set, divinité symbolisant le mal. Élien nous
assure que c'est parce que son cri ressemble au son
de la trompette, l'instrument des guerres et des
tueries.
Quant au cheval, nommé sisoum, il n'apparaît sur
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96 l'Egypte au temps des pharaons
les monuments et dans les inscriptions qu'à partir de
la XVIll® dynastie. II est certain que ce furent les
Hyqsos qui l'amenèrent d'Asie avec eux et le firent
connaître aux Égyptiens. Cet animal, en effet, n'a
en égyptien d'autre nom que celui que lui donnaient
les peuples sémitiques. On trouve bien, il est vrai, dans
les inscriptions hiéroglyphiques, un autre nom, pure-
ment égyptien, servant à désigner le cheval, mais ce
nom, betra^ dérive du verbe beter signifiant « atteler
par paire » et n'est pas un nom spécifique. Le cheval,
en effet, ne fut jamais monté par les Egyptiens. On
l'attelait seulement, par couple, aux chars de guerre.
On ne trouve sur les monuments égyptiens, à part
ceux qui représentent des soldats de race asiatique,
que deux représentations de cavaliers, et encore ces
deux représentations, ornant les temples d'Esnéh et
d'Ëdfou, sont-elles de l'époque gréco-romaine.
Cest vers la même époque, sous les Ahmes-
sides, que Ton trouve pour la première fois repré-
senté le porc sur les monuments. Doit-on en conclure
que cet animal fut également importé d'Asie ? Je ne
le crois pas. II a un nom purement égyptien, il en a
même deux, rira et sbaa, et ces noms se rencontrent
dans divers chapitres d'un livre religieux dont l'ori-
gine est aussi ancienne que celle des Égyptiens. Seu-
lement, le porc jouait dans la religion égyptienne un
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FAUNE ET FLORE 97
rôle peu sympathique; c'est à sa gloutonnerie que
l'on attribuait la décroissance de la lune dont on
l'accusait de dévorer chaque nuit une partie. Aussi le
porc était-il un animal impur ; les prêtres ne pouvaient
manger sa chair, les Égyptiens n'y goûtaient que
lorsqu'on en immolait à la Pleine lune, et les porchers
formaient une classe séparée de la société, ne pou-
vant se marier qu'entre eux et se voyant refuser
l'entrée des temples. L'élevage du porc avait pourtant
une certaine importance, n'eût-ce été qu'en qualité de
victime vouée aux autels, et Ton trouve àThèbes des
représentations de troupeaux de porcs suivis de leurs
porchers.
Si les étables égyptiennes contenaient beaucoup
de mammifères, les basses-cours ne renfermaient pas
moins d'oiseaux de toute espèce. Les oies, sa, les
canards, terp, sont représentés sur les plus anciens
monuments et leurs formes variées, ainsi que les
cinq ou six noms divers, rou, sar, houdj, hâp, khepit,
qu'ils portent dans les inscriptions, nous prouvent
qu'il en existait de plusieurs sortes. Les pigeons, men,
étaient également très nombreux.
La poule, fait assez curieux, ne paraît pas avoir été
connue des anciens Egyptiens. On ne la trouve pas
représentée en peinture, on ne la rencontre pas
embaumée dans les tombes, et, jusqu'ici, aucun mot
V. LoRBT, L'Egypte. j
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98 l'Egypte au temps des pharaons
hiéroglyphique n'a été reconnu dans les textes
comme désignation de cette espèce. Plutarque, pour-
tant, nous apprend que Ton sacrifiait à Anubis des
coqs blancs et safranés (Isis et Osiris, 61), mais
peut-être fait-il erreur, car il semblerait impossible
qu'aucune trace de cet animal ne fût venue jusqu'à
nous s'il existait réellement en Egypte.
Les pélicans, hami, les cygnes, âq, et les grues de
Numidie, djaît, sont souvent figurés dans les scènes
de basse-cour. Peut-être les deux premiers de ces
animaux n'étaient-ils que décoratifs, bien qu'un per-
sonnage de l'Ancien empire se vante d'avoir possédé
mille deux cent vingt-cinq cygnes blancs, ce qui paraît
beaucoup pour un simple animal d'agrément ; mais
les grues de Numidie, au contraire, étaient conduites
aux champs, réunies en troupes nombreuses, et cher-
chaient leur nourriture à terre, sous la conduite d'un
pasteur qui les ramenait dans les rangs à coups de
bâton aux jambes.
Tels sont à peu près tous les animaux qu'élevèrent
les ÉgyptienSrIl reste pourtant à mentionner quelques
espèces que l'on gardait dans les maisons, soit par
utilité, soit par plaisir.
Les chasseurs contemporains des Pyramides se
faisaient accompagner à la chasse par un grand nombre
de variétés de chiens, 'ouahr. Ils employaient même
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éumt
■érejïi*
par"
ne
LlHHk.
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PAPYRUS FUNERAIRE DR
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m
R LA R^IN£ RA-MA-KA
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. FAUNE ET FLORE IO3
la hyène tachetée (Hyœna striata) à cet usage, ainsi
que le lion, comme on l'a vu plus haut. Vers la
XIP dynastie semble apparaître le chat, miaou, que
Ton emmène pendant quelques siècles à la chasse,
lui aussi, mais qui finit bientôt par devenir un simple
commensal du logis dont Tunique occupation est
d'amuser ses maîtres et de détruire les rats, pennou.
Deux espèces de singe partageaient avec le chat
Thonneur d'être admis dans Tintérieur des habita-
tions. L'un, nommé aâni, est toujours peint en vert ;
c'est le cynocéphale ou grand singe à tête de chien.
L'autre, nommé gafiy est toujours peint en jaune;
c'est le cercopithèque. On amenait ces animaux soit '
directement de l'Ethiopie, soit de l'Arabie et des côtes
africaines avoisinantes, par l'intermédiaire des cara-
vanes de Coptos.
Parmi ces différents animaux, Toie seule et le chat
étaient consacrés à des divinités. L'oie symbolisait le
dieu Seb, créateur de la matière ; le chat, ou plutôt la
chatte était vénérée dans les sanctuaires de Sekhet, la
déesse solaire. Le chat, à cause de ses habitudes de
propreté, était souvent représenté en sculpture ou en
peinture sur les objets de toilette ; miroirs, étuis à
fard, boîtes à collyre, vases à parfum étaient ordi-
nairement décorés d'une figure de cet animal.
Il nous reste, enfin, pour clore la liste des animaux
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104 l'Egypte au temps des pharaons
connus des anciens Égyptiens^ à mentionner les plus
communs de ceux que I on trouve représentés dans
les bas-reliefs ou cités dans les inscriptions et qui
n'étaient ni chassés ni domestiqués.
La loutre, la belette, le loir, le girafe, sir, sont sou-
vent nommés dans les textes» L'ours même est rangé
par Hérodote au nombre des animaux sacrés de
rÉgypte.
Parmi les oiseaux, on rencontre fréquemment la
figure de la cigogne, merourit, de la foulque bleue,
ouâhtt, du héron gris, de la spatule blanche, de la
grue, de Tibis, bibi, de la caille, de la huppe, ânbou-
bit, du grèbe, deb, de l'hirondelle, bénit ^ du pluvier,
de la colombe, our, du vanneau épineux, tentt de
Tavocette, djemSt de l'alouette à crête ou cochevis-Les
rapaces étaient fort nombreux ; vautours, neraou,
éperviers, bak, aigles, âkhem, milans, tint, planaient
surThèbesel sur Memphis comme ils planent aujour-
d'hui sur le Caire. Le vautour et Tépervier étaient
consacrés à Maut et à Horus, les deux grandes divi-
nités thébaines ; Tibis était Toiseau sacré de Thoth,
dieu des belles-lettres adoré à Hermopolis.
Il resterait trop à dire si Ton voulait énumérer les
poissons, les reptiles, les batraciens, les insectes dont
les monuments nous apprennent l'existence en
Egypte. Je nommerai seulement, pour teiminer cette
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^ FAUNEETFLORE IÙ$
courte étude de la faune pharaonique, le céraste, af,
>' petit serpent cornu consacré à Amon, l'aspk, ârâït,
qui était le symbole de la puissance royale et qui or-
.' naît le diadème des pharaons, le latus, le lépidote,
i^ l'oxyrrhinque, poissons consacrés à diverses divinités^
I et enfin le scarabée, khepra, image de la création et de
' la résurrection, dont la figure revient mille fois dans
I les hiéroglyphes et orne le fronton de presque tous les
temples d'Egypte.
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^i^i^W
IV
Les deux plantes nationales de l'Égypte^ceUes qui,
dans récriture hiéroglyphique, symbolisent les deux
parties du pays, le Delta et la Thébaïde, étaient le
papyrus et le lotus. Il n'est pnsde peinture décorative
égyptienne dans laquelle n'interviennent ces deux
plantes. Tantôt leurs figures alternées forment plinthe
le long des parois d'une salle ; tantôt h fleur du lotus
et le capitule du papyrus sont sculptés en grand dans
la pierre et placés, en guise de chapiteaux, au sommet
des colonnes ; sur les meubles^ surtout aux côtés des
sièges des statues, on se plaît à représenter ces deux
plantes dont les feuilles et les fleurs emmêlées sym-
bolisent Tétroite union de la Basse et de la Haute-
Egypte ; enfin, partout où Ton a à exprimer Tidée du
nord et du sud, on emploie le papyrus et le lotus, et
leurs noms, ouadj et nakheb, ont donné naissance
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w
FAUNE ET FLORE %^f
aux noms des deux déesses Ouadjît et Nakhbît qui
président aux deux divisions de TÈgypte.
La première de ces plantes, le Cyperus Papyrus L,
— en égyptien ouadj, ha ou totifi — appartient à Ja
grande famille des Cypéracées, végétaux qui se dis-
tinguent par la coupe triangulaire de leur chaume. Sa
tige mesure environ deux mètres de haut^ mais Théo-
phraste affirme avoir vu en Egypte des papyrus de
quatre et cînq mètres. Nue dans toute sa hauteur,
feuillue seulement auprès de sa racine, cette tige sup-
porte une gracieuse ombelle de filaments légers ter-
minés par de frêles épilletS^Le papyrus croissait dans
toutes les eaux calmes de TEgypte, mais surtout dans
les marais du Delta*
Cette plante servait chez les Égyptiens à bien des
usages. La partie inférieure de la tige, coupée près
de la racine, était assez charnue pour fournir un
aliment à la classe pauvre* Le papyrus donnait aussi
un charbon très estimé» Les tiges, longues, lisses et
flexibles, servaient à faire des paniers, des cages et
mime, réunies a l'aide de' bitume, des bateaux légers
qui voguaient sur les eaux calmes des canaux. C'est
en papyrus, d'après la Bible, qu'était la nacelle où fut
déposé Moïse,
Mais le principal emploi du papyrus était la fabri-
cation d'une espèce de papier* La partie externe de la
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io8 l'Egypte au temps des pharaons
tige de cette plante est formée de plusieurs pellicules
concentriques, très légères,comparables àcies pelures
d'oignon. On détachait ces pellicules en battant dou-
cement la tige, et on les taillait en bandes d'environ
vingt à trente centimètres de long sur cinq à six de
large. A l'aide de colle de pâte, on réunissait par le
bord, dans le sens de la longueur, un certain nombre
de ces bandes.
Lorsqu'on avait formé ainsi plusieurs feuilles, on les
collait à plat l'une sur l'autre, en plus ou moins grand
nombre, selon la force que l'on voulait donner au
papier. On avait soin, pour obtenir plus de solidité,
de placer alternativement les feuilles en travers l'une
de l'autre, en faisant se croiser les fibres des pelli-
cules. Lorsqu'on avait atteint l'épaisseur voulue, on
polissait le papier avec des polissoirs d'ivoire, et il
était prêt alors à recevoir l'écriture. On fabriquait
du papyrus un peu par toute l'Egypte, mais l'un des
principaux centres de fabrication était la ville de Sais,
dans le Delta.
C'est sur cette matière que sont parvenus jusqu'à
nous la plupart des manuscrits égyptiens que nous
connaissons. Quelques-uns des papyrus exposés dans
nos musées contiennent des poésies, des contes po-
pulaires, des traités scientifiques, mais la plupart sont
des exemplaires du Livre des morts, sorte de recueil
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FAUNE ET FLORE IO9
de formules religieuses que Ton déposait auprès des
défunts afin qu'il leur servît de guide dans l'autre
monde. Ces papyrus funéraires mesurent parfois plus
de quinze mètres de long, sont ordinairement écrits
en deux encres, rouge et noire, et renferment des
dessins soigneusement coloriés*. On les roulait sur
eux-mêmes en forme de volumen afin de leur donner
moins de volume.
Le lotus appartient à la famille des Nymphéacées.
C'est un nénuphar rappelant beaucoup les lis d'eau
de nos étangs. Il en existait de trois sortes, le blanc,
qui était le plus commun, le rose, et le bleu, le plus
rare.
Le lotus blanc (Nympbœa Lotus L.) — en égyp-
tien soushin — se trouve représenté dans les plus
anciennes tombes de Memphis ; il était donc connu
en Egypte dès l'Ancien empire. On l'a également
retrouvé desséché dans les tombes et ses fleurs for-
maient l'une des guirlandes dont était recouverte la
momie de Ramsès II. Cette plante est presque en tout
point semblable au nénuphar blanc de nos étangs et
ne s'en distingue guère que par des caractères bota-
niques peu appréciables aux yeux du vulgaire.
Le lotus blanc est souvent nommé dans les textes.
* V, pp. loo-ioi.
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uo l'egypte au temps des pharaons
On l'employait en médecine comme réfrigérant. On
en faisait d'immenses bouquets dont on décorait les
salles de festin. Les femmes, dans leurs visites, en
portaient toujours des fleurs à la main et souvent
en ornaient leur coiffure. II n'est pas rare, en effet,
surtout à répoque des Ramessides, de voir repré-
sentées sur les monuments des femmes coiffées d'un
diadème d'or autour duquel s'enroulent en spirale
des pédoncules de lotus blanc dont les fleurs viennent
gracieusement retomber sur leur front, presque à la
hauteur des yeux.
La souche tubéreuse de la plante se mangeait
grillée ou bouillie. Les graines en étaient également
comestibles. En les pilant on en faisait une sorte de
pâtisserie dont nous parle Hérodote et que nous trou-
vons mentionnée dans les inscriptions égyptiennes.
C'est du nom égyptien du lotus blanc que dérivent,
comme dénomination du lis, Thébreu sboushan,
l'arabe sousan, le copte sbôsben, le grec <tov<tov, le.
latin susinum, l'ancien français susinat et l'espagnol
a^ucena. Notre nom Suzanne dérive aussi, par l'in-
termédiaire de l'hébreu Sboushannah, « la liliale »,
du mot égyptien sousbin, et, de même que beaucoup
de nos contemporaines s appellent Suzanne, de même
certains personnages, hommes ou femmes, men-
tionnés sur des stèles, portent le nom de Sousbin.
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LOTUS ROSE
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FAUNE ET FLORE Il5
Le lotus rose (Nelumbium speciosum W.) — en
égyptien nekbeb — a les fleurs d'un rose tendre,
d'un diamètre de dix ou quinze centimètres. Ses
■ fleurs, dont les pétales sont nombreux et larges,
exhalent une douce odeur d'anis. Ses feuilles, au
lieu d'être fendues comme celles des» autres lotus
d'Egypte, ont la forme d'un bouclier concave, au tissu
un peu boursouflé. Aussi s'en servait-on dans bien
des repas champêtres, au dire deStrabon, en guise
d'assiettes.
Le lotus rose était considéré par les Egyptiens
comme une plante sacrée, de même qu'il l'est encore
en Extrême-Orient, où les piédestaux de presque
toutes les divinités chinoises, japonaises ou indiennes
ont la forme d'un Nelumbium. Il était même interdit
à tout Égyptien, prêtre ou profane, de manger les
graines de cette plante.
Le nekbeb était consacré à un dieu solaire et la
raison de cette attribution est assez curieuse. On
sait que les fleurs de la plupart des Nymphéacées se
ferment le soir, au coucher du soleil, et que leur
tige, en se rétractant, les attire sous l'eau. Au
matin, la tige se distend, la fleur reparaît à la surface
et s'ouvre à nouveau, rendant la liberté à des insectes
aquatiques qui en ont fait leur gîte d'une nuit. Cette
fleur, qui rentre sous l'eau quand le soleil disparaît
V. LoRET, L'Egypte. 8
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114 l'Egypte au temps des pharaons
sous l'horizon et qui en sort quand Tastre réapparaît,
était bien faite, aux yeux des Égyptiens, pour symbo-
liser une divinité solaire. Aussi le jeune dieu Horus,
personnification du soleil levant, est-il toujours repré--
sente sous la forme d'un enfant assis dans une fleur
de lotus rose.
Depuis longtemps déjà cette jolie plante n'existe
plus en Egypte, où l'on néglige de la cultiver. On ne
la trouve mentionnée par aucun des naturalistes
modernes qui ont eu l'occasion de visiter ce pays*.
Le lotus bleu (Nymphœa cœrulea Sav.) — en
égyptien sarpat — existe aujourd'hui en Egypte,
mais, parmi les auteurs classiques, on ne connaît
qu'Athénée qui le cite (Deipn., xv, 21). Cette plante
ne devait pourtant pas être rare dans l'antiquité. On
la voit souvent .représentée dès l'Ancien empire,
attachée au cou de personnages ou même d'animaux
domestiques : un jeune veau blanc du tombeau de
Ti, h Memphis, porte un lotus bleu attaché à son cou
par un ruban rose, en guise de clochette. On a égale-
ment retrouvé cette plante dans les tombes, sous
forme de guirlandes funéraires décorant des momies.
Schweinfurth a même remarqué un collier formé de
branches de céleri et de pétales de lotus bleu appar-
1 V. p m.
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KAUKEET FLORE [I3
tenant a une espèce naine, qui n'existe plus de nos
jours.
Le papyrus et le lotus sont des plantes aquatiques.
Les plantes d'eau étaient très nombreuses en Egypte :
fe pays était souvent inondé, pendant les fortes
crues, jusqu'au pied des collines qui le bordent ; le
Nil, en rentrant dans son lit^ laissait traîner dans les
plis de terrain des flaques et des mares que le soleil ne
desséchait qu'après un long temps ; enfin, des canaux
de communication et des rigoles d arrosage sillon-
naient tout le territoire égyptien, surtout au nord de
Memphis. Aussi avons^nous à mentionner bien des
plantes du Nil h la suite du lotus et du papyrus.
Les souchets, plantes à tige triangulaire, analogues
au papyrus, formaient d'épaisses ceintures au bord
des marais* De ces plantes, le souchet rond (Çypertis
rotundus L,) et le souchet comestible (Cyperus. escu-
kntus L.), tous deux nommés kaîou en égyptien,
étaient les plus communes. Le souchet rond pro-
duisait des rhizomes très odorants, appelés 5Mm, que
Ton employait fréquemment en parfumerie ; les rhi-
zomes du souchet comestible servaient d aliment et
Ton en a retrouvé de pleines corbeilles dans les
tombes égyptiennes- Le typha, Talisma, le bu tome,
plusieurs espèces de carex couvraient également les
mares du Delta.
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ii6 l'Egypte au temps des pharaons
La colocase (Colocasia antiquorum L.), très jolie
plante de TÉgypte ancienne, aux larges feuilles de
caladium et aux fleurs d'arum d'une odeur très
agréable, croissait naturellement au bord des marais.
On en mangeait le rhizome après Tavoir fait bouillir
et de ses feuilles entrelacées on faisait des sortes de
paniers. Je pense que c'est la colocase que désigne le
nom hiéroglyphique tekhl, qui revient très fréquem-
ment dans les inscriptions et qui s^applique à Tune
des plantes du Nil les plus connues dans l'antiquité
pharaonique.
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Si l'Egypte, ù cause de sa constitution physique,
possédait une grande quantité de plantes aquatiques,
elle ne produisait par contre, pour la même raison,
qu/un très petit nombre d*arbres.
Les arbres que Ton rencontrait le plus fréquemment
en Egypte sont le sycomore, fiouhi, le saule, tarij, le
tamaris, aser, et plusieurs espèces d'acacia, âîh, méri,
ses-jietem et sbant. Tous ces arbres étaient considérés
comme sacrés et plantés autour des temples, les uns
dans une localité, les autres dans une autre.
Le sycomore, dont le bois servait aux menuisiers,
aux ébénistes et aux sculpteurs pour la fabrication
de cercueils, de meubles et de statues, produisait une
sorte de figue, ainsi qu'un suc laiteux que Ton utilisait
en pharmacie. Le bois du saule et celui du tamaris
étaient employés surtout pour les bâtons et pour les
manches d'outîls ou d*armes»
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: >r?î
ii8 l'Egypte au temps des pharaons
Parmi les dix ou douze espèces d'acacia qui crois-
saient en Egypte, Vâsh (Acacia Seyal Del. )^ et le
shant (Acacia nilotica Del.) étaient les plus estimés.
Puis venaient le méri (Acacia farnesiana WiLLD.).Les
acacias donnaient un très beau bois recherché pour
la construction des bateaux à cause de son imperméa-
bilité et de son incorruptibilité. Les jolies fleurs de
ces arbres, nommées per-shen ou sannâr, fleurs jaunes
ou blanches semblables à celles de nos mimosas,
étaient souvent disposées en bouquets ou en guir-
landes. De Tacacia exsudait la gomme arabique, qamiy
dont les Égyptiens se servaient en guise de colle, et
au moyen de laquelle ils rendaient plus brillantes
leurs encres et leurs couleurs à Taquarelle.
Quelques arbres étrangers, tels que le cyprèSy âoun,
l'ébénier, babniy le cèdre, seb, le pin, âb, paraissent
avoir été cultivés autour de Memphis dès les plus an-
ciennes dynasties.
Les arbres fruitiers, assez nombreux, étaient l'objet
de grands soins de la part des agriculteurs. En pre-
mière ligne il convient de citer les palmiers, dont les
Égyptiens connaissaient trois espèces. Le dattier,
banra, fut cultivé dès la plus haute antiquité. Son
bois était peu employé, mais les nervures médiales
* V. p. 1,9.
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ACACIA SE V Al,
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FAUNE ET FLORE 12L
de ses frondes, âr oui, servaient à fabriquer des cages,
des flèches, des lances, et les filaments qui se déve-
loppent à la base de ses feuilles, sbou-nou-banra,
étaient employés, comme nos brosses de chiendent,
pour nettoyer les objets peu fragiles. Les dattes se
mangeaient fraîches, sèches, ou confites dans du miel.
On en faisait une sorte de vin. Les Égyptiens distin-
guaient déjà les sexes des dattiers, et Ton trouve sou-
vent dans les traités de médecine les expressions
« dattier-père » et « dattier-mère ».
Le palmier doum (Hypbœne thebaka Mart.) se
nommait marna, et son fruit, qui rappelle une petite
noix de coco, est connu sous le nom de qouqou. C'est
évidemment de ce nom que dérive le mot Kouy.£opo|Oov
employé par Théophraste pour désigner cet arbre. Le
palmier doum, dont la tige se bifurque plusieurs fois,
porte des frondes flabelliformes et peut atteindre un
grand développement. Aussi, était-ce du bois de cet
arbre que les Égyptiens formaient les hauts mâts à
oriflammes qui décoraient la façade de leurs temples.
Une autre espèce de palmier doum, le Hypbœne co-
riacea G/€RTN., était désignée sous le nom de marna-
n^kbanni, ou « doum à noyau ».
Les arbres fruitiers mentionnés dans les plus an-
ciens textes sont la vigne, arouri, le figuier, dab, le
sébestier, asbed, le jujubier, nebes. Le raisin, la figue
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122 L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
et le fruit du sébestier servaient à faire le vin et di-
verses espèces de liqueurs. Avec les fruits du jujubier
débarrassés de leurnoyau et pétris dans des mortiers,
on préparait le ta-nebes ou « pain de jujube », ana-
logue à Vamreddin ou pâte d'abricot des Égyptiens
modernes. »
Vers répoque de la XVIII* dynastie on voit appa-
raître dans les textes les noms du pommier, dapib, de
Tolivier, djadi, du caroubier, darouga, et du grena-
dier, ahrmani, tous noms tirés des langues sémi-
tiques. Le sirop de caroube était fréquemment pris en
boisson, sous le nom de tarkou, et les grenades,
nommées ahrmaa, étaient employées à la fabrication
d'une liqueur connue sous le nom de shedbou.
Les égyptologues se sont longtemps demandé ce
qu'était la liqueur sbedbou, boisson capiteuse presque
toujours mentionnée à côté du vin. Il résulte d'un
texte égyptien (Pap. Anast., IV, 6/10-7/9) Q^^ '^
sbedbou ne pouvait être que le vin de grenade. Ce
texte est la lettre d*un scribe chargé de faire le relevé
des productions d*un jardin fruitier du Ramesséum
ou temple funéraire de RamsèsIIàThèbes.Les seules
productions qui y sont mentionnées sont : « Vin,
325 litres; grenadine, 2500 litres; moût, 2500 litres;
grenades, 10.000 couffes; raisins, 10.000 couffes,
plus 60 corbeilles. »
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FAUNE ET FLORE 123
Les huiles qu'employaient les Égyptiens étaient
Thuile d'olive, djadi, Thuile de ben, baqUy produite
par le Moringa aptera G.€rtn., et employée en parfu-
merie, l'huile de sésame, âaqi, et l'huile de ricin,
déqam, employées en médecine et pour Téclairage.
Les céréales les plus anciennement cultivées en
Egypte étaient le froment, sou, Torge, ati, dont on
faisait de la bière, et Tépeautre, bouti. A partir de la
XVIII' dynastie on trouve dans les textes un mot
douroU't qui semble désigner le dourah (Andropogon
Sorghum L.). La boulangerie et la pâtisserie avaient
en Egypte une importance considérable. C'est par
centaines que Ton trouve mentionnées les diverses
espèces de pains et de gâteaux. Tantôt cts pâtisseries
tirent leur nom de leur forme, tantôt des farines et
des graines diverses dont elles étaient formées. Les
pâtés de viandes fumées, sbâî aouf kapou, étaient
appréciés surtout à la XIX* dynastie. Nous connais-
sons par leurs stèles funéraires un grand nombre de
noms de chefs-boulangers ou de chefs-pâtissiers des
principaux palais et des principaux temples d'Egypte.
Bien d'autres plantes seraient encore à signaler
parmi les plantes alimentaires : la fève, aouri, la
lentille, arshana, le pois chiche, her-abauky la laitue,
âfa, l'oignon, boudj et badjar, le concombre ordi-
naire, shoupi, la pastèque, bouttou-ka, une autre es-
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124 l'Egypte au temps des pharaons
pèce de concombre, le Ciicumis Chate L., nommé
qadi dans les textes, le cumin, taptien, l'aneth, am-
misiylsi coriandre, oî/wsib/, le pourpier, makbmakbi, etc.
J'arrêterai là Ténumération des plantes égyptien-
nes; celles que je viens de signaler suffiront, je
pense, pour donner une idée de la flore pharaonique.
D'ailleurs, j'aurai l'occasion, en étudiant la toilette et
la parfumerie, de poursuivre la liste des plantes de
lantique Egypte en mentionnant toutes celles qui
appartiennent aux industries du tissage, de la teinture
et de la parfumerie.
On voit qu'en somme, grâce aux nombreux docu-
ments que nous possédons, il est aisé de reconstituer
le monde animal et végétal de l'Egypte ancienne. Des
recherches postérieures, soit parmi les spécimens, soit
parmi les inscriptions hiéroglyphiques, amèneront cer-
tainement la connaissance de bien des espèces nou-
velles, mais la faune et la flore égyptiennes n'en seront
pas changées dans leurs grandes lignes. Animaux et
plantes aquatiques domineront toujours dans un pays
dont le sol était presque entièrement caché sous l'eau
pendant un tiers de l'année. Animaux sauvages et
plantes des déserts viendront toujours ensuite, à
cause de la position géographique delà vallée du Nil.
Enfin, parmi les animaux domestiques et les plantes
cultivées, on constatera toujours que la plupart des
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FAUNE ET FLORE 12^
espèces disparues aujourd'hui de TÉgypte étaient des
espèces asiatiques que Ton retrouve encore dans les
régions d'où elles provenaient.
Chose étrange, ce sont les plantes et les animaux
que Ton s'est habitué à considérer en quelque sorte
comme les symboles les plus caractérisés de l'Egypte
pharaonique, qui de nos jours ont disparu du pays.
L'ibis, le crocodile, le papyrus et le lotus ne se ren-
contrent plus sur les bords du Nil. Mais le lotus rose,
consacré autrefois au Soleil levant, est encore vénéré
dans une grand,e partie du continent asiatique, et un
crocodile, égaré à Kénéh en souvenir de son ancienne
patrie, a dévoré il y a six ans un officier anglais de
l'armée d'occupation. C'est près de Kénéh que se
trouvent les ruines de Tentyris, et l'on se rappelle
combien les crocodiles étaient les bienvenus autrefois
dans la ville d'Hâthor.
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r I
MUSIQUE ET DANSE
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1 ' '.-'•JU'ilp"
I ^
I ■
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MUSIQUE ET DANSE
Les origines de la musique égyptienne se perdent
dans un fouillis inextricable d'assertions contradic-
toires fournies par les auteurs grecs. Les Égyptiens ne"'
nous ont, en effet, laissé dans leurs inscriptions ou
dans leurs papyrus aucun renseignement propre à
nous laisser entrevoir quelles traditions avaient cours
chez eux au sujet de leur musique primitive. C'est
donc aux écrivains classiques qu'il nous faut nous
adresser, faute de documents nationaux.
Trois personnages légendaires sont mis par les
auteurs grecs en rapport avec la musique de TÉgypte ;
ce sont Hermès, Osiris et Manérôs.
« Les Égyptiens », écrit Diodore, « rapportent que
V. LoRBT, L'Egypte. 9
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130 l'Egypte au temps des pharaons
ce fut Hermès qui, le premier, établit une langue
commune et donna des noms à beaucoup d'objets
qui n'en avaient point. Il inventa les lettres de l'al-
phabet et institua les sacrifices et le culte des dieux.
Il observa le premier la disposition des astres, ainsi
que la nature et les harmonies des sons. Il inventa la
palestre et s'occupa de faire acquérir au corps des
mouvements harmonieux ainsi que des formes bien
proportionnées. Il imagina la lyre à trois cordes, par
allusion aux trois saisons de Tannée. Ces cordes ren-
daient trois sons, Taigu, le grave et le moyen, l'aigu
répondant à Tété, le grave à Thiver et le moyen au
printemps. »
« Hermès », nous apprend Plutarque, « est consi-
déré comme l'inventeur de la musique. Les fables
égyptiennes racontent quece dieu, ayant ôté àTyphon
ses nerfs, en fit des cordes pour la lyre. C'est une
manière d'enseigner que, lorsque la raison organisa
l'univers, elle y établit l'harmonie, la faisant succéder
aux discordances. »
Certains commentateurs nous donnent sur la
découverte de la lyre des indications plus précises.
Selon eux, le Nil, en rentrant dans son lit après
l'inondation, avait laissé, épars sur les plaines, les
cadavres d'une quantité d'animaux noyés par la crue.
Parmi ces animaux se trouvait une tortue; les eaux
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MUSiatJE ET DANSE I3 [
en avaient fait pourrir l'intérieur, le soleil en sécha la
carapace. Quelques fibres intestinales étaient restées
attachées d'un bout à l'autre de cette carapace. Hermès
vint, ramassa la tortue, se mit immédiatement à en
pincer les fibres tendues par k dessiccation^ s'aperçut
qu'elles donnaient différents sons, et découvrit ainsi
la lyre-
Quant à Osins, les Grecs en font une sorte de
Bacchus égyptien, parcourant le monde, riant, chan-
tant, et sachant au besoin mêlera ^s chansons, pour
le plus grand bien des humains, quelque maxime
philosophique.
«Osiris», écrit Plutarque, « n*eut que très rarement
l occasion de recourir aux armes. Ce fut par la per-
suasion, le plus souvent, et par la raison, en y joi-
gnant Tattrait des chants et de toute sorte d'har-
monie, qu'il se gagna les humains- »
^ Tandis qu'il passait par rÉthiopie, ^> ajoute
Diodore, ^ on lui amena des Satyres qui ont, dit-on j
les reins couverts de poîls. Osiris aimait à rire et
prenait plaisir à la musique et à la danse ; aussi me-
nait-îl à sa suite une troupe de musiciens, parmi
lesquels se trouvaient neuf jeunes filles habiles dans
le chant et instruites dans tous les autres arts, jeunes
filles auxquelles les Grecs donnent le nom de Muses,
Elles étaient conduites par Apollon, appelé pour cela
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132 l'egypte au temps des pharaons
Musagète.Osiris attacha à son expédition les Satyres,
qui étaient aptes à la danse et au chant, et dispos à
tous les plaisirs et amusements. »
Enfin, d'autres auteurs attribuent à OsirJs l'inven-
tion d'une sorte de cornet ou trompette courbe, ainsi
que celle de la flûte simple ou flûte oblique et de la
flûte à bec ou flûte droite.
Relativement à Manérôs, les renseignements qui
nous sont parvenus sont plus confus. On le com-
pare à la fois à plusieurs héros des légendes grecques,
on en fait le nom d'une chanson funèbre, on y voit
même une simple formule de politesse usitée dans les
repas de bonne compagnie.
« Parmi les coutumes égyptiennes dignes d'être
louées, » écrit Hérodote, « il s'en trouve une surtout,
la chanson de Linus, qui est chantée également en
Phénicie, à Cypre et ailleurs, et qui porte diflerents
noms selon les localités. On s'accorde à penser que
c'est la même chanson que chantent les Grecs sous
le nom de Linus. Aussi, une des mille choses qui m'in-
triguèrent en Egypte fut la question de savoir d'où
les Égyptiens avaient pris le Linus. Ils semblent l'avoir
chanté de tout temps et l'appellent en leur langue du
nom de Manérôs. Ils me dirent que Manérôs était
fils unique du premier homme qui régna en Egypte,
qu'étant mort prématurément, sa mémoire fut ho-
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MUSiaUE ET DANSE I33
norée dans des stances funèbres, et que ce chant fut
le premier et le seul qu'ils possédassent. »
Pausanias compare également le Linus au Manérôs:
<sA la nouvelle de la mort de Linus, le deuil se
répandit jusque chez les nations les plus barbares.
Le cantique de Linus parvint aussi en Egypte et là
il fut appelé, dans la langue du pays, du nom de
Manérôs. »
Plutarque indique pour ce chant une autreorigine:
«Isis, retrouvant le cadavre d'Osiris, appliqua son
visage sur celui du dieu, le baisant et le couvrant de
ses larmes. Un enfant s'était approché par derrière et
l'observait. Elle s'en aperçut en se retournant et, dans
sa colère, elle lui lança un regard si terrible qu'il ne
put résister à la frayeur et en mourut. D'autres, ne
racontant pas ainsi les faits, disent qu'il tomba dans
la mer. Il reçoit des honneurs à cause de la déesse, et
c'est lui que les Égyptiens chantent dans les festins
sous le nom de Manérôs. Quelques-uns prétendent
que l'enfant s'appelait Palestinus ou Pelusius et que
de son nom fut appelée la ville fondée par la déesse.
On dit que ce Manérôs, chanté par les Égyptiens, fut
le premier inventeur de la musique. Selon d'autres,
le nom de Manérôs ne désigne personne. C'est un mot
usité quand on boit et qu'on se trouve dans un festin
pour dire: « Que tout ici nous soit propice ! » Tel est,
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134 l'Egypte au temps des pharaons
assure-t-on, le sens du mot Manérôs, que les Égyp-
tiens ont à chaque instant à la bouche. »
Nymphis, cité par Athénée, fait de Manérôs une
chanson funèbre, mais au lieu de le comparer au
Linus, comme le font Hérodote et Plutarque, il le
rapproche d'un chant en usage chez les Mariandyniens,
peuple de Bithynie. «En observant», écrit-il, «les
chansons qui sont en usage chez eux, on en re-
marque une dans laquelle ils invoquent un certain
Bormus, qui vécut dans les âges reculés. Ce Bormus,
disent-ils, était fils d'un homme illustre et riche, et
se distinguait entre tous par sa beauté et la fraîcheur
de sa jeunesse. II se plaisait en des besognes singu-
lières. Un jour, ayant voulu donner à boire à des
moissonneurs, il tomba à Feau en marchant. Tous les
gens du pays se mirent à sa recherche et l'appelèrent
au moyen d'une mélopée plaintive accompagnée d'in-
struments, mélopée qu'ils ont encore en usage parmi
eux. C'est cette même chanson qui est nommée
Manérôs par les Égyptiens. »
En résumé, ce Manérôs semble appartenir à tout
un ensemble de légendes ayant une origine com-
mune, origine que des études sur le folk-lore classique
permettront peut-être de déterminer un jour. Linus,
Bormus, Manérôs sont considérés par les Égyptiens,
les Cypriotes, les Phéniciens, les Bithyniens, comme
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MUSIQUE ET DANSE I35
ayant eu des destinées analogues. Tous trois sont fils
uniques et sont nés de parents puissants et fortunés.
Frais, jolis, bien doués, ils paraissent appelés a Texis-
tence la plus heureuse. Mais la mort, injuste et
inéluctable, les ravit à la fleur de l'âge.
Le Bormus, le Linus et le Manérôs sont-ils les récits
de trois faits distincts qui se sont réellement passés?
Sont-ce trois formes du récit d'un unique événement,
formes dans lesquelles les noms et les détails dif-
fèrent selon les pays? Sont-ce des légendes symbo-
liques quî, ayant comme point de départ un même
Heu commun, ont donné nécessairement naissance à
des complaintes presque identiques ? — Peu importe
au fond. La seule chose à retenir pour l'histoire de
la musique égyptienne ^est que les Egyptiens possé-
daient, dès les temps les plus reculés, une chanson
plaintive dont le sujet, sinon la mélodlcj leur était
commun avec d'autres peuples,
Manérôs est un chant. Il ne reste donc qu'Osiris et
Hermès à qui Ton puisse attribuer Tinvention de la
musique. Pour Osiris, ce rôle de musicien semble lui
venir de Tidentification que les Grecs avaient cou-
tume de faire entre lui et leur Bacchus. Bacchus,
dieu du vin et de la joie, devait inévitablement aimer
la danse et les chansons. Mais il se trouve que Tassî-
milation d'Osîrisà Bacchus est fausse, ou à peu près.
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'••^^^7
136 l'Egypte au temps des pharaons
Osiris était uniquement, pour les Égyptiens, le dieu
des morts. Il ne pouvait donc guère avoir de rapport
avec la musique, et jamais, en efîet, les textes hié-
roglyphiques ne font à son sujet une allusion de
ce genre.
Reste Hermès. Hermès est le nom que donnent
les Grecs, avec plus de raison cette fois, au dieu
Thoth des Égyptiens, celui qui avait inventé la parole
et récriture, qui connaissait à fond la médecine, la
magie, l'astronomie, la géométrie, voire même la tri-
gonométrie rectiligne. Adonné aux sciences exactes,
il pouvait en effet, à JAiste titre, être considéré
comme ayant découvert les formules mathématiques
de l'harmonie et l'art de la construction raisonnée
des instruments de musiquQ. La chose est logique-
ment possible en tant que développement d'un
mythe. Mais, il faut le remarquer, elle n'est jamais
indiquée dans les documents égyptiens.
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byCoOglç
II
L'étude des instruments de musique connus des
anciens Egyptiens nous fait passer, des légemles
vagues et hypothétiques^ à des faits certains et précis.
C'est par les spécimens conservés dans les tombes que
nous pouvons déterminer la forme et le caractère de
ces instruments, ainsi que par leurs figures souvent
représentées sur les monuments.
Comme instruments à vent, les Égyptiens possé-
daient la trompette, le cornet et différentes espèces
de flûtes.
Les trompettes figurées sur les bas-reliefs sont fort
courtes — à peine aussi longues que le bras de celui
qui en joue ; le tube en est parfois légèrement renflé
vers le milieu et l'extrémité en est terminée par un
pavillon conique s'évasant brusquement. Une seule
trompette égyptienne est parvenue jusqu'à nous. Elle
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138 l'Egypte au temps des pharaons
est intacte, en bronze doré, et se trouve exposée dans
une vitrine du Musée du Louvre. Comme les trom-
pettes peintes sur les scènes murales, elle est de
petites dimensions, ne mesurant que o", 54 à partir
de l'embouchure jusqu'à la circonférence extérieure
du pavillon. Aussi ne saurait-on trop s'étonner de
voir employer dans les représentations à* Aida, sous
prétexte de restitution archéologique, des trompettes
démesurées, au tube plusieurs fois coudé sur lui-
même. La trompette du Louvre, très aiguédeson,
donne les notes-
8»
^ *--^^ etc.,
c'est-à-dire sonne deux octaves au-dessus des trom-
pettes en ré de nos orchestres. Les trompettes égyp-
tiennes devaient avoir une sonorité extrêmement
criarde, ce qui nous explique pourquoi il était géné-
ralement défendu d'en jouer autre part que dans les
casernes situées en dehors des villes, et pourquoi
plusieurs auteurs grecs ont comparé le son de cet
instrument au braiment d'un âne très furieux.
Le nom de cette trompette n'est pas donné sur les
monuments, mais un auteur grec fait mention d'une
trompette courbe, inventée, dit-il, par Osiris, dont le
nom était x^^^'^- Ni cette trompette courbe ni un mot
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jTVV-i-'—niTT^p:
CONCERT ET BALLE!
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MUSIQ.UE ET DANSE I41
égyptien analogue kx^^^ n'ont, d'ailleurs, été encore
retrouvés dans les documents égyptiens.
Le cornet non plus ne se trouve représenté sur les
monuments, mais il en existe au Musée du Louvre
quelques spécimens découverts dans les tombes égyp-
tiennes. Ce sont de simples cornes de bœuf pres-
que entières, coupées pour l'embouchure à quelques
millimètres de la pointe, mais tellement fendillées et
crevassées par le temps qu'il est impossible d'en tirer
le moindre son. Le nom du cornet, donné en copte
dans les traductions de la Bible, est tan.
Les flûtes égyptiennes sont souvent représentées,
• souvent nommées en hiéroglyphes, et on en possède
dans les divers musées d'Europe une trentaine de
spécimens. Elles se divisent en deux séries, d'après
le mode d'embouchure. Les unes, munies d'une sorte
de double anche en chaume de graminée, se jouaient
exactement comme nos hautbois et portent le nom
■^ de ma-it Les autres, simples tubes ouverts aux deux
extrémités, dans lesquels on soufflait obliquement
comme dans une clé forée, portaient le nom de sab ^
Ces deux flûtes sont d'origine très ancienne ; on les
trouve, en effet, figurées dans des tombes contem-
poraines des pyramides de Gizéh.
* V, p. 139, registre inférieur.
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142 l'Egypte au temps des pharaons
Les flûtes égyptiennes étaient le plus souvent en
roseau, parfois en bois, plus rarement en bronze. La
plus longue que l'on connaisse, exposée à Florence,
mesure 0^,693 ; la plus courte,- du Musée de Berlin,
n'a que G™, 2 14. La première, plus grave que notre
grande flûte, donne comme note fondamentale le
si au-dessous de la portée , la seconde, plus haute
d'une quarte que notre petite flûte, commence par le
sol au-dessus de la cinquième ligne. Entre ces deux
flûtes extrêmes se rangent des flûtes de toute dimen-
sion, donnant comme notes fondamentales presque
ous les sons de la gamme chromatique.
Les flûtes égyptiennes avaient généralement trois
ou quatre trous. Quelques-unes en ont pourtant cinq,
et même six. Ces instruments donnaient donc des
séries de quatre, cinq, six et sept notes, dont nous
aurons plus loin l'occasion d'étudier la tonalité. Les
flûtes obliques ou sab sont extrêmement difficiles à
jouer. Je n'ai jamais, pour ma part, sur les trente flûtes
égyptiennes que j'ai eu l'occasion d'examiner, réussi
à obtenir plus de deux notes dans leur sonorité réelle ;
les autres notes ne donnaient que des sons sourds,
très appréciables au point de vue physique, mais
complètement dénués de timbre. Plusieurs habiles
flûtistes, que mes recherches intéressaient, sont restés
presque aussi malheureux que moi. Obtenir des sons
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MUSiaUE ET DANSE I45
timbrés d'un tube ouvert aux deux extrémités est
d'ailleurs affaire d'habitude. Qui a obtenu deux notes
doit pouvoir à la longue en obtenir davantage. Les
Arabes, qui possèdent encore cette même espèce de
flûte primitive, en jouent aussi facilement que nous
jouons des nôtres.
En plus de leurs deux flûtes simples, les Égyptiens
connaissaient deux espèces de flûtes doubles. L'une,
souvent représentée sur les monuments, était com-
posée de deux flûtes à anche réunies à leur embou-
chure en angle aigu. L'autre, dont je ne connais qu'une
représentation S se composait de deux flûtes à anche
attachées étroitement l'une à l'autre sur toute leur
longueur au moyen de légers liens.
On a souvent discuté la question de savoir quel
genre de musique on jouait sur les doubles flûtes
antiques. Ces flûtes jouaient-elles indépendamment
l'une de l'autre, et doit-on en conclure que les anciens
connaissaient l'harmonie à deux parties? Jouait-on le
même air sur les. deux flûtes, dans l'intention, peut-
être un peu futile, d'en augmenter la puissance de
son? — Je crois que, pour les doubles flûtes égyp-
tiennes du moins, une des flûtes exécutait un chant
tandis que l'autre, non percée de trous ou n'en ayant
1 V. p. 139, registre médial.
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144 l'Egypte au temps des pharaons
qu'un seul, faisait entendre une note continue^ tou-
jours la même, servant de basse ou de pédale.
Ce qui me porte à envisager la question de cette
manière est que les Égyptiens modernes se servent
encore de la double flûte à tubes parallèles, qu'ils
désignent, du nom de larghouL Les usages antiques
sont si vivaces en Egypte, et cela a été prouvé par
tant de faits de toute nature, qu'il est certain que le
i^arghoul est l'ancienne flûte double du temps des
Pyramides, et que l'on n'en joue point aujourd'hui
autrement qu'on en jouait autrefois. Or, tandis que
l'un des tuyaux de l'instrument moderne est percé
de plusieurs trous qui permettent d'y exécuter un
air, l'autre est intact et ne peut donner que sa note
fondamentale. A ce second tube sont appendus, au
moyen de ficelles, quelques fragments de roseau
creux de longueurs différentes, sortes de rallonges
qui permettent, lorsqu'on les ajuste à l'extrémité de
ce second tube, de modifier la pédale continue. Cette
modification ne peut guère se faire pendant l'exécution
du morceau ; d'ailleurs, les rallonges n'existaient pas
dans la double flûte parallèle de l'ancienne Egypte.
D'où la conclusion que les doubles flûtes égyptiennes
ne jouaient que des airs accompagnés d'une note
toujours la même.
Outre les mots sab et ina-it, on a retrouvé dans
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MUSiaUEETDANSE I45
les textes hiéroglyphiques deux autres mots, otiarôu
^{ouadjaî, qui s'iîppliquent certainement à des espèces
de flûtes très légères et aiguës de son. Comme les
mots sab et ma-it désignent, d'après les scènes qu'ils
accompagnent ordinairement, de grandes flûtes d*un
diamètre assez fort, faites en bois ou en roseau ligneux,
il est très probable que les termes ouarou et ouadjaï
servent à dénommer deux sortes de petites flûtes en
roseau fragile, comme on en voit tant dans nos
musées égyptiens, et dont Tune serait une réduction
du sab tandis que Tautre serait un diminutif du
ma-iL
Les instruments:! cordes connus des anciens Égyp-
tiens étaient la harpe, le trigone, ia lyre et la
guitare.
La harpe est certainement le plus ancien de ces
instruments; on la trouve figurée dans les plus
vieilles tombes de Memphis. Le corps sonore, assez
exigUj y repose sur le sol, à h base de Tinstrument,
et se termine par une longue tige recourbée où sont
attachées les extrémités des cordes. Ces cordes, sous
rAncien empire, rtesont jamais qu'au nombre de cinq,
six ou huit. Puis l'instrument se développe, revêt une
forme à la fois plus artistique et plus heureuse au
point de vue de la sonorité ; le corps sonore s allonge
au détriment de !a tige d'attache, les cordes se mul-
V. LoKBT, L'Egypte. lo
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146 l'Egypte au temps des pharaons
tiplient et atteignent le nombre de vingt et même de
vingt-deux.
Souvent la harpe est très haute et dépasse de deux
têtes la hauteur d'un homme. Parfois elle s'amoin-
drit, devient portative, lare qu'elle décrit se pro-
nonce davantage ; on la joue alors en passant la tête
entre la dernière corde et le corps de l'instrument,
qui repose sur une épaule. Enfin, au lieu d'être
recourbée, elle prend quelquefois la forme angulaire
et se rapproche du trigone, l'une des branches de
l'angle étant le corps sonore et l'autre la tige d'attache.
Telle est la harpe du Louvre, instrument à vingt et
une cordes mesurant un peu plus d'un mètre de haut.
Le corps sonore de cette harpe est une carcasse de
bois recouverte de maroquin vert orné par endroits de
pièces blanches et roses rapportées. Les cordes, ter-
minées par des houppes, sont enroulées d'abord autour
de la tige d'attache puis attachées à des chevilles qui
sont alternativement en ébène noire et en ébène
jauhev probablement pour permettre à l'exécutant de
reconnaître facilement ses notes ^ Le nom égyptien de
la harpe est ban-it et sa figure hiéroglyphique tsiM-
Le trigone, que Ton trouve dans les bas-reliefs
seulement à partir de l'invasion des Hyqsos, est une
^ V. p. ,47
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HARPE EGYPTIENNE
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MUSIQUE ET DANSE ï 49
sorte de petite harpe triangulaire, formée d'une tige
horizontale sur laquelle retombe obliquement une
seconde tige. Entre les deux tiges sont attachées les
cordes ; point de corps sonore, ii moins que les tiges
n'aient été creuses. Cet instrument est certainement
d'origine asiatique. C'est le hinnor des Hébreux et
son nom égyptien, kinnaanaour, n'est qu'une défor-
mation de son nom vernaculaire.
La lyre, également d'origine asiatique, est repré-
sentée pour la première fois dans une tombe de
JaXil'' dynastie, entre les mains d'un personnage dont
le type et !e costume nous montrent qu'il ne peut
être qu'un Syrien. Mais c'est surtout à partir des
guerres d'Asie qu'on la trouve figurée sur les monu-
ments. Elle a de six à quinze cordes et son nom
égyptien était très vraisemblablement HadjakhL
Enfin la guitare, appelée nébel en hébreu i porte
presque le même nom, nêfeff en égyptien. On pour-
rait en conclure que cet instrument avait été égale-
ment introduit d'Asie en Egypte, d'autant plus qu'il
n'intervient dans les tombes qu'à partir de 1 époque
où Ton y représente le trigone et la lyre asiatiques.
Mais il n'en est rien. Le radical néfer est égyptien et
le signe hiéroglyphique qui représente ce son est
Limage même de la guitare, L Or ce signe est em-
ployé dans les inscriptions dès l'époque des Pyramides*
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150 l'Egypte au temps des pharaons
La conclusion à tirer de ce fait est que si, comme
tout le fait supposer, nébel et néfer sont un même
mot, les Asiatiques ont emprunté la guitare aux
Egyptiens en même temps que son nom hiérogly-
phique. La guitare avait deux ou trois cordes, quel-
quefois même une seule et on la jouait au moyen
d'un plectrum retenu après l'instrument au moyen
d'une ficelle*.
Comme instruments à percussion, les Égyptiens
connaissaient la cymbale, le tambour, le tambour de
basque, le tabl^ le sistre et le crotale.
Deux paires de cymbales de bronze, exposées au
Louvre, mesurent environ 15 centimètres de dia-
mètre et donnent, l'une le mi de la chanterelle du
violon, l'autre le la au-dessus. Le nom égyptien delà
cymbale n'a pas encore été retrouvé; son nom
copte, dérivé très certainement de Tégyptien, est
kitnkim.
Le tambour égyptien, nommé asaha, est une sorte
de tonnelet muni à ses extrémités de peaux attachées
l'une à l'autre au moyen de lanières serrées tout
autour de l'instrument. Ce tambour était souvent
très allongé et prenait la forme de notre tambourin.
On en jouait, soit avec des baguettes — il s'en trouve
* V. p. 155.
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MUSIQ.UE ET DANSE 151
deux paires au Louvre — soit plus simplement avec
le poing-
Le tambour de basque est fort souvent représenté
dans les bas-reliefs. Son nom égyptien paraît avoir
été khanr. La plupart du temps 5 il est circulaire, mais
quelquefois il a la forme d'un rectangle un peu
allongé dont les parois sont parallèles ou bien légè-
rement concaves, '
Le îabL sorte de tambour de terre cuite en forme
d'entonnoir, auquel j'applique, faute d'autre nom, le
nom qu'il porte aujourd'hui en Egypte où il est en
très grand usage, n'est représenté qu'une seule fois
sur les monuments, mais il en existe dans les col-
lections égyptiennes plusieurs spécimens découverts
dans des sépultures antiques.
11 y avait en Egypte deux espèces de sistre, l'un
nommé seshesh, ainsi figuré dans les hiéroglyphes S
l'autre nommé sehhem, ainsi représenté M, C étaient,
comme on le voit, des sortes de hochets munis de
tringles dans lesquelles étaient passés plusieurs
anneaux. Le sesbesh est toujours en bronze; le
sekbem est quelquefois en porcelaine.
Enfin, les crotales étaient deux barres de bronze,
plus ou moins ornées et modelées, que Ton frappnit
Tune contre l'autre et qui devaient jouer, dans les
orchestres égyptiens, le rôle de nos triangles. Les
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1^2 l'ëgypte au temps des pharaons
crotales étaient des instruments militaires et servaient,
Bvec les tambours et les trompettes, à cadencer Jes
pas des troupes. On les trouve parfois servant à
rythmer les mouvements de danseurs et de dan-
seuses, mais surtout dans des bas-reliefs représen-
tant des fêtes éthiopiennes.
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III
La musique, quoi qu'en aient dit les écrivains grecs,
était en très grand honneur en Egypte. 11 n*est peut-
être pas, au milieu de toutes les nécropoles antiques
échelonnées le long du Nil, une seule tombe dans
laquelle on ne rencontre des peintures de scènes musi-
cales. Sous l'Ancien empire et sous la XII* dynastie,
ce sont presque toujours des hommes, la plupart du
temps aveugles, qui sont représentés jouant ou
chantant ; les femmes dansent et battent des mains
pour animer le ballet. Les instruments, on Ta vu,
étaient la flûte droite, la flûte oblique, la harpe et la
guitare. Instruments à quatre et cinq cordes, flûtes
à trois ou quatre trous, costumes sévères, aimées à
peine parées de quelque écharpe rose ajoutée au vê-
tement ordinaire et ne faisant que des mouvements
de bras, tout prouve qu'à ces époques reculées la
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TffT
154 L*EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
musique était encore simple et primitive et était
presque considérée comme un plaisir compassé.
Mais tout change à partir de la XVIII* dynastie. On
sent que TAsie efiféminée a déteint sur TÉgypte. Des
instruments nouveaux ont été introduits par les con-
quêtes; trigone, lyre, doubles flûtes, tambours et
cymbales sont venus enrichir les orchestres égyptiens.
Ce ne sont plus des gens concertant gravement à
deux que Ton voit dans les bas-reliefs — Tun jouant
de la harpe ou de la flûte, l'autre chantant en se
tenant fortement une mâchoire, comme font les
Arabes d'aujourd'hui — mais bien d'interminables
théories de musiciennes et de danseuses. Car ce sont
les femmes, en effet, qui sont devenues mélomanes
sous les Aménophis et sous les Ramsès. Le costume
aussi s'est modifié. On ne voit que longues robes
transparentes, noires quelquefois pour faire paraître
les chairs plus rosées, coiffures aux mille tresses
ornées de clinquants et de fleurs, le tout fouettant
Tair dans des rondes folles, au milieu de tiges de
lierre et de branches de myrte agitées par les assis-
tants.
Les Égyptiens riches recevaient beaucoup, don-
naient de grandes fêtes, et l'un des principaux
attraits de ces réunions était certainement la musique
et la danse. Pendant le lunch, tandis qu'un jeune
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JOUEUSE DE GUITARE
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MUSIQ.UE ET DANSE 1^7
enfant circulait au milieu des assistants pour attacher
une guirlande au cou des invitées ou une fleur de
lotus à leur chevelure, on exécutait des concerts ou
des ballets. Tantôt, c'était une fine et mignonne
enfant originalement vêtue qui faisait entendre aux
auditeurs un air de guitare, qu'elle agrémentait
peut-être de son chant*; tantôt, c'étaient des chœurs
d'hommes, accompagnés de deux ou trois harpes;
d'autres fois des trios, des quatuors, des quintettes,
réunissant plusieurs sortes d'instruments* Enfin des
aimées paraissaient, le ballet s'organisait ; les unes
dansaient, d'autres battaient des mains ou jouaient
de la lyre, de la double flûte, les spectateurs s'en
mêlaient, marquaient le rythme du pied et de la voix
et le tout s'achevait, comme aujourd'hui encore à
Thèbes, dans un délire tourbillonnant de femmes
échevelées.
La' musique régnait aussi dans les temples, dans
les palais, dans les camps. Des troupes de soldats,
passant par les rues, étaient précédées de tambours,
de trompettes, de crotales dont le bruit assourdis-
sant appelait mille curieuses aux étroites fenêtres
balustrées des maisons en talus. Les exercices mili-
taires se faisaient également au son du clairon, dans
les cours des casernes.
1 V. p. 155.
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158 l'Egypte au temps des pharaons
« Les Égyptiens », écrivent les voyageurs grecs,
€ méprisent la musique et la considèrent comme un
passe-temps futile et même dangereux pour les
mœurs. » Pourtant, dans les grands temples de
Thèbes, c'étaient des reines et des princesses qui
composaient la maîtrise et Torchestre. Les femmes
des pharaons, de la XVIll* à la XXII* dynastie, sont
presque toutes attachées aux temples en qualité de
musiciennes. Les unes sont joueuses de tambour et
portent le titre de hhanr4t; d'autres, battant du
sistre ou des crotales, se nomment ah-it; les harpistes
et les guitaristes sont appelées qemâ-it; enfin, les
chanteuses portent le nom de hous-it. Seules les
flûtistes manquent. Comme on le voit, la musique
était largement représentée dans les cérémonies reli-
gieuses de rÉgypte antique, et les orchestres, rares
aujourd'hui dans nos églises, étaient chose commune
dans les temples pharaoniques.
Les hommes ne paraissent pas avoir été admis dans
les maîtrises sacrées, sinon à titre de maîtres de cha-
pelle, de chefs d'orchestre ou quelquefois de basses,
barytons ou ténors soutenant des voix de femmes..
Je n'ai jamais rencontré jusqu'ici, dans les textes ou
dans les bas-reliefs, l'indication de danseuses sacrées,,
mais j'ai trouvé à Thèbes, en me promenant au
milieu des tombes, des cônes funéraires de terre cuite
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MUSIQ,UE ET DANSE I59
ayant servi à marquer la place où étaient ensevelis
plusieurs personnages portant le titre de àb-n-àmen,
<c danseur d*Amon ».
Enfin, si les Egyptiens étaient muets au sujet des
origines traditionnelles de leur musique, ils n'en
avaient pas moins des dieux protecteurs de Fart
musical. A Sais était la déesse des tisserands. A
Eléphantine était adoré le dieu des potiers, à Abydos
le dieu des morts, à Hermopolis le dieu des lettrés.
C'est à Tentyris qu'était le temple de la déesse de la
musique.
Hâthor, déesse de la beauté, du plaisir, de la joie,
de la toilette, était en même temps déesse du chant
et de la danse. De même que la Vénus romaine, elle
avait comme mari, et comme repoussoir en même
temps, le personnage le plus laid qu'on pût imagi-
ner. Bes, nain difforme, trapu, lippu et ventru, était,
comme Mars, le dieu de la guerre, mais aussi le dieu
de la musique ; peut-être de la musique cuivrée
des batailles ou mieux de la musique barbare des
vaincus, car il a généralement en main le kinnor
hébraïque. Leur fils, Hor-ahi, complétait la triade
musièale et était représenté sous la forme d'un jeune
enfant nu jouant du sistre.
Tentyris, dont Tun des noms était Aa-tehhou, « la
cité des ivresses », devait donc être là ville musicale
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i6o l'Egypte au temps des pharaons
par excellence. En fait, c'est encore de Dendérah et
de ses environs que viennent les musiciens les plus
célèbres et les aimées les plus réputées de la Haute-
Egypte, de même que, dans un autre ordre d'idées,
c'est encore à Akhmim, comme autrefois à Panopolis,
qui est le nom antique d' Akhmim, que Ton rencontre
les tisserands les plus habiles.
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IV
Nous venons d'étudier les légendes musicales que
racontaient les Egyptiens, la forme qu'ils donnaient à
leurs instruments, les emplois qu'ils faisaient de la
musique et les divinités sous la protection desquelles
ils la pLîçaient. Est-il possible^ pour terminer, de dire
quefs étaient le caractère et la nature de cette musi-
que? — Un musicologue beïge, F.-J. Fétis, l'a tenté
dans son Histoire générale de la musique.
D'abord, les Égyptiens avaient-ils une notation
musicale et aurait-on chance de rencontrer un jour
quelque mélodie manuscrite contemporaine des
Pharaons? — Fétis affirme que oui et va jusqu'à
donner d'avance la liste des signes égyptiens qui ont
dû servir à noter la musique. Le raisonnement sur
lequel il appuie son affirmation est qu'un grand
nombre de signes employés dans la notation grecque
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x6i l'égyptf. au temps des pharaons
ressemblent, selon lui, à des signes de l'écriture
démotique égyptienne, et qu'ils n'ont pu que dériver
,de ces signes. Or, dans son tableau des signes, j'ai
vainement cherché un seul caractère qui eût même
l'apparence d'une lettre égyptienne. Les signes réunis
par Félis semblent avoir été pris maladroitement
dans d'anciens recueils de planches égyptologiques
publiés à une époque où l'on ne savait pas encore lire
l'égyptien et où l'on ne pouvait le copier qu'impar-
faitement. La conclusion du musicien belge tombe
donc d*elle*mcme.
D'ailleurs» i! est peu probable que les Egyptiens
aient eu une notation musicale* Jamais, dans les
milliers de représentations relevées dans les tombes
égyptiennes, on n'a remarqué un musicien tenant un
papyrus sur lequel aurait été écrite sa partie. Et,
pourtant, nous connaissons des bas-reliefs où sont
figurés vingt musiciens jouant ensemble» C eût été
\li le casj ce semble, de leur mettre une partie entre
les mains. Jamais, dans TÉgypte moderne, les musi-
ciens ne lisent la musique. Les airs qu'ils jouent leur
sont connus par tradition, et leur mémoire est si
fidèle que certaines chansons, qui leur ont été
apprises par des soldats de l'Expédition d'Egypte,
sont encore chantées par eux exactement comme les
ont entendues leurs ancêtres-
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MUSiaUE ET DAN SE lÔj
Pour n'en citer qu'un exemple, j'ai entendu bien
souvent chanter en Haute^Égypte, sur des paroles
arabes : Maîbrouh s en va-t-m guerre. L'air en était
assez différent de celui que nous connaissons. Jy
voyais une déformation produite par l'habitude qu ont
les Egyptiens de jouer par cœur ; [es années devaient
avoir modifié peu à peu le chant. Or, il se trouve que
c'est nous qui, malgré notre emploi de la notation,
avons déformé notre chanson populaire. Dans les plus
anciennes formes qui en existent, elle est exactement
semblable a celle que chantent aujourd'hui les Égyp-
tiens. Un peuple doué de tant de mémoire ne devait
pas avoir besoin de notation, et les interlocuteurs
d'Hérodote devaient avoir raison quand ils lui disiiient
que le Maucros que Ion chantait sous la XXVll^ dy-
nastie était un^ complainte composée à Tépoque de
Mena, premier pharaon d'Egypte. Je gagerais même
volontiers que pas une note n y était changée-
Les Égyptiens, d'autre part, avaient-ils un système
tonique bien déterminé et est-il possible de retrouver
ce système? ~ Là encore, Fétis répond par l'affirmutive
et, de même qu'il a dressé un catalogue des signes de
notation, de même il publie toute une série de gam-
mes en usage, ditHl, chez les anciens Égyptiens, Ici,
son raisonnement est mieux fondé, je me hâte de le
dire, que celui qui l'amène à découvrir des notes
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164 l'Egypte au temps des pharaons
égyptiennes, mais, pour être mieux fonde, il ne m'en
paraît pas plus juste*
Cest d'après une flûte égyptienne du Musée de Flo-
rence, dont nous avons parlé plus haut, que Fétis re-
constitue la tonalité égyptienne. Après avoir fait repro-
duire cette flûte sur des mesures prises, d'ailleurs, un
peu trop sommairement, et y avoir fait ajouter une
embouchure de flûte moderne — ce qui était une faute,
puisque les anciens Egyptiens, comme nous Tavons
déjà dit, soufflaient simplement en biais par l'extré-
mité du tuyau— il obtient les six notes suivantes:
Ces six notes lui
suffisent pour la
reconstitution de toute la tonalité égyptienne» Il en
déduit immédiatement douze modes, dont quatre dia-
toniques, quatre chromatiques et quatre enharmoni-
ques. De ces douze modes, iî en tire dix-huit autres,
puis d'autres encore par hypothèse ; douze pages de
son livre sont couvertes de gammes de toutes les for-
mes, 11 me semble, pour ma part, que cela ne prouve
rien. La seule conclusion qu'il y ait à tirer de Tétude
d'une flûte est que cette flûte donne telles notes dé-
terminées, et c'est là tout.
J'ai joué trente flûtes égyptiennes, et non une seule.
Une première remarque à faire est qu on y trouve ra-
rement deux notes qui soient exactement justes par
r^r~
r 1
Tl~^^
\^
\m j
- 1
l—TT-— '
l— j^— 3
V ^s-
*^*^
mj ^^ m — -
•Digitized
by Google
MUSiaUE ET DANSE
165
rapport Tune à l'autre. L;î flûte de Florence, repro-
duite plus minutieusement que par Fétis, grâce à
l'obligeance du conservateur, E. Schiaparelli^ et
jouée sans embouchure moderne, donne les notes
z^ i -~t: i^:^ Y — ^-r— — : i ToUS ks trOUS
étant bouchés, on
obtient un si ; en ouvrant le premier, on obtient une
note plus élevée que le si, mais plus basse que le do,
c'est-à-dire une note répondant à peu près au si^ phy-
sique. Faut-il en conclure que les Egyptiens connais-
saient les quarts de ton ? — J en conclus tout simple*
ment qu'ils ne perçaient lestrousde leurs flûtesqu'avec
une précision fort peu mathématique* Des Arabes
chantant faux ont pu donner à croire à des voyageurs
perspicaces, mais crédules, que leur musique, extrê-
mement raffinée* contenait des quarts de ton. 11 n*est
pas besoin, hélas^ d'aller en Arabie pour connaître ce
genre 4^ raffinement.Un Asiatique naïf qui entendrait
un de nos ténors faire des quarts de ton sans y songer
— le cas se présente parfois — aurait le droit d y voir
un effet étrange, voulu par le compositeur...
Voici les échelles musicales de quelques flûtes
égyptiennes, prises au hasard:
Louvre^ N.
É^^
^^1^
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i66
L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
Lauvre, E.
476:
Berlin^
±ee:
1— rr-.
^^
È^=lfel^^l^
Y a-t-il quelque conclusion bien nette à tirer de ces
flûtes et quelques modes bien tranchés à en déduire ?
— Qu'on sache que les vingt-six autres flûtes égyp-
tiennes donnent vingt-six autres séries de successions
heurtées, dont les notes, tantôt sautent brusquement
d'une quarte, tantôt glissent seulement d'un demi-
ton, sans que jamais d'ailleurs la quarte ou !e demi-
ton soient justes.
Je crois donc, pour ma part, qu'un flûtiste de Tan-
tique Egypte se confectionnait tout bonnement une
flûte, tant bien que mal, y perçant au petit bonheur
les notes d*un air quelconque. S'ii jouait seul, tout
allait bien. S'il était accompagné d'une harpe, le har-
piste acccrdait son instrument en conséquence. Les
musiciens de village de l'Egypte moderne ne font
guère autrement, et le meilleur moyen de connaître
leurs lointains ancêtres est encore de les étudier à
travers eux,
Qy an t au caractère de la musique ancienne de
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MUSIQ.UE ET DAT^SE 167
l'EgyptCi je suis persuadé que, pour s'en rendre
compte, il suffit d'écouter, dans quelque ruelle du
Caire, ou mieux, dans quelque obscure bourgade de
la Thébaïde, les cantilènes plaintives et monotones
qu'on y chante ou les ballets d'une rêverie enjouée et
lascive qu'on y danse. Musiciennes ni danseuses n'ont
guère dû changer beaucoup leur répertoire depuis
cinquante siècles, et je ne crois pas étonner beaucoup
le lecteur en lui apprenant que la jolie joueuse de gui-
tare, reproduite plus haut d'après une tombe thé-
baine de la XV 111" dynastie, semble la photographie
absolument frappante — typeiSveltesse,costume/coif-
fure et bijoux — d'une gracieuse aimée de quinze ans,
Masaoudah, que j'ai vue danser à Thèbes en 1882,
La guitare seule est de trop, ainsi que le lotus bleu
penché sur le front.
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TOILETTES
It
PARFUMS
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TOILETTES ET PARFUMS
L'examen microscopique des tissus égyptiens trou-
vés dans les tombes antiques ne nous a révélé, jus-
qu1ci, que deux matières textiles d'origine végétale,
le lin et le coton, }
Le lin se nomme màU en copte, et ce nom dérive
d'un mot hiéroglyphique absolument identique, très
fréquemment mentionné dans les textes. Mais d'autres
noms, chez les anciens Égyptiens, semblent s*étre
également appliqués au lin. Tels sont 502//^? et àa-ii
ou nàaAt. Ce dernier nom se trouve en copte sous une
forme cii^È^ ou tici^a. traduite dans les lexiques p;tr
ÀÉvûv, Imunu
Les auteurs classiques parlent souvent, \\ est vrai,
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172 l'egypte au temps des pharaons
d'une espèce particulière de lin égyptien, qui donne
des tissus extrêmement fins et que Ton désignait sous
le nom de jivaaoçy byssus. Mais on ne sait au juste à
quelle plante spéciale, ou plutôt à quelle variété de
lin répond le byssus des anciens. Ce qui est certain,
c'est que le byssus était plus fin que le lin ordinaire.
Or, le mot hiéroglyphique souten est le nom d'une
plante employée pour le tissage des étoffes les plus
luxueuses. Il est donc possible que le souten soit le
byssus.
S'il peut être démontré que àa-it, nàa-it est un autre
nom du lin, la seule différence de sens qu'on peut
admettre entre ces mots etmâbi est que mâhi s'appli-
que au lin destiné au tissage, peut-être même au lin
teille, d*où son déterminatif ^, tandis que àa-it est
le nom spécifique de la plante.
D'autre part, plusieurs égyptologues ont cru recon-
naître dans un mot hmâ, qu'on ne trouve que dans
quelques tombeaux de l'Ancien empire, une forme
retournée de mâhiou mâh. La chose me paraît impos-
sible, au point de vue philologique, à cause delà lettre
â, et cela pour des motifs qu'il serait peut-être inop-
portun de donner ici. Du reste, les scènes auxquelles
se rapporte ce mot hmâ ne prouvent en aucune façon
que la plante ainsi désignée soit le lin plutôt qu'une
cércale quelconque. On n'y trouve ni le port, ni les
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TOELETTËS ET PARFUMS I73
fleurs, ni les feuilles, ni aucun caractère botanique
du lin-
Le lin fut cultivé de très bonne heure par les Égyp-
tiens* C'est en lin, en effet, qu'étaient tissées les ban-
delettes de ïa plus ancienne momie découverte dans
la nécropole de Memphis* On a pensé que le lin
égyptien antique était la même espèce que nous em-
ployons aujourd'hui, ItUîium usilaiissimnm. Il résulte
de \'à découverte d'une quantité de capsules de lin
enfermées dans des tombes égyptiennes que l'espèce
cultivée autrefois èXùX le Limim hiimile.
Que le coton ait été connu des anciens Égyptiens,
cela est rendu certain par ce fait que Ton a reconnu
dans des bandelettes et surtout dans des fragments de
vêlements la présence de fibres de coton. Ces fibres,
en effet, sont facilement reconnaissables au micro-
scope. Elles sont aplaties, ru ba nées et tordues en
spirale. Les fibres du lin, au contraire, présentent une
section presque cylindrique, ont un fiiet central
niarqué en teinte plus foncée et sont toujours droites.
En second lieu, les naturalistes grecs et latins indi-
quent le cotonnier, qu1îs désignent sous le nom
à* arbre à laine, comme ayant été Tobjet d'une culture
très étendue de la part des Égyptiens. Mais, jusqu'ici,
le nom de cette plante n'a pas encore été reconnu
avec certitude dans les inscriptions, ^
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174 l'egypte au temps des pharaons
Enfin, it convient de mentionner encore comme
matière textile la laine, dont l'emploi n été révélé par
l'examen d'un grand nombre d';m tiques tissus égyp-
tiens.
De ces matières, les Egyptiens confectionnaient des
étoffes de toute sorte nu moyen de métiers très pri-
mitifs que Ton voit parfois représentés dans les tombes»
Les métiers y consistent en deux rouleaux de bois
soutenus, à quelques centimètres seulement au-dessus
du sol, par quatre fichets piqués en terre. Malgré la
simplicité presque grossière de ce métier, les tisse-
rands égyptiens obtenaient dans leurs étoffes une
telle finesse que, de l'aveu de spécialistes modernes,
il senïit difficile aujourd'hui de reproduire certains
tissus trouvés sur des momies. Ces tissus sont géné-
ralement d'une seule couleur, qui tire toujours sur le
jaunâtre et pourrait faire croire que les Égyptiens lais-
saient leur linge écru, si nous ne savions par ailleurs
qu'ils connaissaient les procédés du décreusage et du
blanchiment.
Quelques bas-reliefs nous font assister au filage et
à la teinture. Souvent, les pièces de toile étaient teintes
une fois tissées. D autres fois, les fils étaient teints à
l'avance et les dessins multicolores de l'étoffe, bandes,
semis, losanges, damiers, étaient obtenus sur le mé-
tier. Enfin, Pline nous apprend que les Égyptiens
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i
ABLUTIONS t' ARFUMtr^S
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TOILETTES ET PARFUMS jy^
connaissaientlesmordantsetque, plongeant une étoffe
préparée chimiquement dans un seul bain de teinture,
ils Ten retiraient ornée de motifs de couleurs variées.
Les seules matières tinctoriales qu'il ait été donné
aux chimistes de reconnaître avec certitude en étu-
diant les tissus égyptiens sont le carthame et Tindigo.
Le carthame, déjà mentionné sous le nom de nas dans
des textes de la VL^ dynastie, fournissait le joli rouge
orangé dont on aimait à teinter les écharpes exté-
rieures des momies. L'indigo est également cité dans
les inscriptions égyptiennes et son nom ancien, fer-
Ht'ken ou ii-nhon, est l'origine du grec h$mov et de
notre mot indigo* C'est donc par une erreur d'éty-
mologie, dont les écrivains gréco-latins sont d'ailleurs
les premiers coupables, que l'on a considéré l'Inde
comme étant la patrie primitive de l'indigo. Cette
plante pousse encore spontanément dans les déserts
égyptiens situés à l'ouest de laThébaïde.
On peut voir, dans bien des musées d'Europe, des
produits de l'industrie textile égyptienne. Étoffes
épaisses, tissus légers plus fins que la gaze^ couleurs
fragiles — saumon, citron, acajou clair — datant de
cinquante siècles et n'ayant pas changé, liserés,
franges, broderies, mélange de laine et de lin, bandes
alternativement opaques et transparentes^ comme
nos pékins d'aujourd'hui, tous les raffinements, tous
V, LoîtET, L'Egypte* 12
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178 l'Egypte AU temps des pharaons
les perfectionnements de Tart moderne s y trouvent
représentés.
C'est à Saïs et à Panopolis que se trouvaient les
plus importantes manufactures de filage, de tissage
et de teinture. Aussi, les momies trouvées à Akhmim,
sur les ruines de l'ancienne Panopolis, sont-elles revê-
tues d'étoffes extrêmement riches, qui font l'orgueil
de nos musées industriels, et le coton cultivé de nos
jours en Egypte porte-t-il, probablement en souvenir
de son ancienne origine, le nom arabe de qotn el-ash-
mouni ou « coton d'Akhmim ».
Si les ruines de Saïs ne nous ont pas encore livré
de tissus intéressants, nous savons du moins que
c'est là qu'on adorait Neith, la patronne des tisserands.
Dans l'enceinte du temple de la déesse se trouvaient
deux vastes bâtiments nommés mahn-it et souin-it
dans lesquels des recluses sacrées, désignées sous le
nom de khend-it, passaient leur vie à travailler les
deux lins mahi et souten. Les bandelettes funéraires
de Sais étaient très recherchées et tout riche Égyptien
prend soin de nous apprendre que sa momie a été
emmaillotée dans des linges tissés par les Recluses de
Neith. De là le caractère funéraire de la déesse Neith
dont le nom, qui ne servait primitivement qu'à dési-
gner une divinité purement industrielle, s'écrit au
moyen de la navette
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I
TOILHTTES ET PARFUMS IJ^
Bien d'autres métiers relatifs à la toilette se trouvent
représentés dans les tombes égyptiennes* Tels sont
la cordonnerie et la bijouterie. Les colliers, les dia»
dèmes et les bracelets les plus anciens furent, comme
on le verra plus loin, de simples bandes d'étoffe
ornées de dessins voyants. Mais lorsque leurs relations
avec les pays étrangers permirent aux Égyptiens de
tirer du cuivre du Sinaï et djs l'or de l'Ethiopie, l'art
de la bijouterie prit de jour en jour une importance
plus considérable. Dès (a X[^ dynastie, on savait faire
des bijoux en or, et on y sertissait des pierres pré-
cieuses, émeraudes, lapis ou cornalines. On imitait '
même ces pierres au moyen de pâtes et de verres
colorés^ et on en faisait des perles que Ton enfilait en
collier ou que l'on prenait dans les mailles d'une sorte
de tulle pour en former des bracelets.
Quant à la chaussure, après avoir consisté d*abord
en de simples semelles de sparterie attachées au pied
par un cordonnet, elle se perfectionna et Ton fit des
bottines en cuir uni^ estampé, ou orné de mosaïques
multicolores. Sous les Ramessides, i[ était d'usage
de porter des bottines dont la pointe, fort longue, se
recourbait sur elle-même et revenait toucher le bas
de la jambe.
Il n'y a, chose extraordinaire, qu'une seule ma-
tière, bien utile pourtant pour lu toilette, qu'on n*ait •
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i8o l'Egypte au temps des pharaoîïs
retrouvée ni dans les tombes, ni dans les inscriptions;
c'est le savon. Je dois dire^ cependant, que je con-
nais deux exemples d'un mot hiéroglyphique, sbâm-
itj qui paraît devoir s'appliquer au savon. D'autre
part, un vase d'albâtre du Musée Guimet renferme
une substance grasse et pulvérulente, de couleur
brunâtre, que je* fais analyser en ce moment et qui,
jusqu'à présent, semble bien offrir tous les caractères
chimiques d'un savon.
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îî
Riches ou pauvres, les Égyptiens des plus anciens
temps ne portnîent guère qu'un seul et même vête-
ment. Ce vêtement consistait, pour les hommes, en
une espèce de pagne d'étoffe blanche croisé par
devant^ de la forme suivante ^). Ce vêtement par-
tait de la taille où il était retenu par une ceinture à
court nœud flottant, et retombait jusqu'aux genoux.
Son nom égyptien élnlisbenton et les Grecs nous Tont
conservé sous la forme ff^ygoiv. Quelquefois, ce vête-
ment était de couleur, rouge ou jaune. 11 portait alors
le nom de bonsaou, transcrit ^^t^çttiv par les Grecs.
Pour les femmes, le vêtement était à peu près le
même, seulement, il descendait ordinairement plus
bas, se prolongeant jusqu'aux pieds, et montait par-
fois jusqu'à la gorge^ où il était retenu par deux bandes
formant bretelles et passant par dessus les épaules.
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i82 l'Egypte au temps des pharaons
Le vêtement des hommes était généralement
d'étofife épaisse. Celui des femmes, au contraire, très
transparent et fort collant, dessinait étroitement et
laissait voir le corps. D ailleurs, les hommes comme
les femmes sont souvent, dans les bas-reliefs de TAn-
cien empire, représentés sans vêtement aucun, ou
seulement pourvus d'une ceinture.
Cette absence de vêtement était même d'usage
absolu pour les enfants de toutes les classes et de
toutes les époques. Garçons et filles sont fréquem-
ment figurés nus, même ceux qui appartiennent aux
grandes familles, même les princes et les princesses
du sang.
Sous r Ancien empire, Thabitude de porter de^chaus-
sures paraît avoir été à peu près inconnue. Les hommes
n'ont jamais de bijoux. Les femmes portent quelque-
fois une sorte de gorgerin d'étoffe brodée de diverses
couleurs. Enfin la coiffure des hommes paraît avoir
été les cheveux coupés assez ras. Les femmes laissaient
croître leurs cheveux un peu plus long et les enser-
raient parfois à Taide d'un bandeau de couleur voyante
noué autour du front.
Malgré cette simplicité du costume primitif des
Égyptiens, on trouve pourtant, dans les tombes an-
ciennes de Gizéh, quelques exemples d'une plus
grande coquetterie. C'est ainsi que des danseuses sont
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COIFFL'R!
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"1
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TOÎLETTHS ET PARFUMS ïS/
parfois représentées avec la chevelure teinte en bleu
clair, Pnr dessus leur pagne, fort courti se trouve une
robe plus longue, transparente. Enfin, elles ont au
cou un ruban rose, et, autour de leur poitrine, se
croise une écharpe de même couleur qui, retombant
par devant de derrière les épnules, forme ceinture et
se termine sur le côté par une longue cocarde.
Sous ïaXil" dynastie, le costume se modifie à peine.
Pourtant, on trouve à cette époque plus de gens por-
tant des sandales. Ces sandales étaient en pellicules de
papyrus ou en feuilles de dattier. Elles étaient rete-
nues au pied par des sortes d'anses de même matière.
Sous la XII* dynastie également apparaissent les pre-
mières perruques, formées de boucles nombreuses et
très fines. La plupart du temps, ces perruques sont
fort courtes et, coupées carrément, atteignent à peine
la nuque. Elles se prolongent parfois par devant, en
boucles plus longues qui s'étagent sur la poitrine en
formant devant chaque épaule une sorte de pyramide
renversée.
C*est a partir de l'expulsion des Hyqsos que com-
mence, pour les Égyptiens, le temps des recherches
luxueuses dans l'art de l'habillement. Les gens du
commun portent toujours le pagne des anciennes dy*
nasties. Les servantes ont toujours la longue et
étroite robe transparente. L une d Villes, représentée
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l88 l' EGYPTE AU TEMPS DRS PHARAONS
dans une tombe de la XVIIl'' dynastie, porte en plus
une étroite ceinture nouée lâchement autour des hiin-
ches et sa coiffure est une perruque dont quelques
tresses, fines et espacées, recouvrent presque la face,
tandis que d autres, plus volumineuses, flottent sur
son dos. C'est une femme de chambre dont le rôle
consiste a verser des huiles parfumées sur le corps de
sa maîtresse ^
Les hauts personnages de cette brillante époque
sont parés des costumes les plus riches. Les perruques
portées par les femmes sont d'une complication ex-
traordinaire. La partie supérieure en est couverte de
courtes boucles frisées, très rapprochées les unes des
autres. La partie postérieure en est formée, tantôt de
cheveux lissés et enduits de gomme, tantôt de tresses
nombreuses, effiloquées à lextrémité, et dont la lon-
gueur, dans une perruque égyptienne exposée au
Musée de Berlin, atteint jusqu'à o™,7S^ Quelles que
fussent les dimensions de ces perruques, les femmes
ne s'en contentaient pas toujours. Elles y ajoutaient
souvent des diadèmes d or émaillé, des rubans empri-
sonnant plusieurs tresses, même des fleurs de lotus
dont le long pédoncule partait de la nuque et dont
la corolle retombait presque entre les deux yeux. La
' V, p. 175,
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TOILETTES ET PARFUMS i$^
mode, sous la XVIH= dynastie, fut de surmonter cet
appareil d'une sorte de cône en feutre brunâtre rappe-
lant en petit le tarbouch des Egyptiens modernes ^
Souvent, au lieu d'un diadème, les perruques fémi-
nines étaient recouvertes d'un véritable chapeau. Le
plus commun avait la forme d'un oiseau dont le dos
s^arrondissait en forme de calotte. La tête se redres-
sait juste au milieu du front, la queue s'ouvrait en
éventail derrière le cou, Jes ajles étalées et rabattues
sur les tempes descendaient jusqu'aux épaules, enfin
les pattes, raidies en arrière, tenaient deux sceaux en
or. Il serait difficile de dire si ces coiffures étaient
obtenues au moyen d'oiseaux préparés. Généralement
elles sont peintes en jaune et semblent avoir été con-
fectionnées soit en or, soit plutôt en une matière
légère — carton ou toile empesée — recouverte de
dorure.
Les perruques des hommes, on le pense bien, étaient
plus simples. Elles ne différaient pas sensiblement de
celles que l'on portait sous la XI h dynastie. Mats ce
sont les coiffures qui prennent de l'extension à ces
époques. Voicii pour abréger la description, les formes
les plus simples que revêtaient les couronnes royales ;
L/, /j, y^, iQ. Dans lesgrandsjoursj ces couronnes
* V. pp. 384*185-
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190 l'Egypte au temps des pharaons
étaient surmontées d'emblèmes divers, de plumes,
de serpents, de disques solaires, de plantes symbo-
liques, le tout en si grand nombre qu'on se demande
parfois, en contemplant la représentation d'un pharaon
en costume de gala, par quel prodige d'équilibre il
pouvait faire trois pas sans voir s'effondrer tout cet
échafaudage d'ornements.
Les militaires avaient pour toute coiffure deux
plumes d'autruche plantées obliquement dans leur
perruque, et se dirigeant, au dessus de chaque oreille,
l'une en avant, l'autre en arrière. Les princes royaux
portaient une sorte de chaperon ou de coiffe rayée
qu'encerclait autour de leur tête un riche bandeau
noué par derrière. Sur un côté de cette coiffe était
attaché, au dessous du bandeau, un grand disque d'or
d'où pendait une écharpe soigneusement brodée *.
D'autres hauts dignitaires portaient des coiffures
d'autre sorte. Les prêtres, plus pratiques, ne portaient
rien. Ni perruque, ni cheveux même. Leur crâne,
absolument dénudé, luisait à l'air et n'était orné que
delà réverbération du soleil.
Les hommes et les femmes portaient un grand
nombre de bijoux. Un gorgerin d'or émaillé leur des-
cendait jusqu'au milieu de la poitrine, et ce gorgerin
i V. pp. 184-185.
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TOILETTES ET PARFUMS Î91
n'empêchait pas la présence d'un collier à plusieurs
rangs de perles serrés autour du cou. Les différents
fonctionnaires du royaume portaient en plus, suspen*
dues à des chaînettes, diverses pendeloques en forme
d'hiéroglyphes. Les pharaons, au lieu de ces hiéro-
glypheSj avaient souvent l'estomac décoré d'un vaste
pectoral, sorte de plaque d'or ajourée dans laquelle
se découpaient des cartouches, des scarabées, des naoSj
des images de divinités. Hommes et femmes, indis-
tinctement, portaient des bracelets, plusieurs même
h chaque bras, ainsi que des périscélides au bas des
jambes. Enfin, les femmes avaient les oreilles ornées,
tantôt d'anneaux plats ou de disques, tantôt de bou-
cles très variées de dessin. Des spécimens de la bijou-
terie égyptienne existent en grand nombre dans les
collections archéologiques, et beaucoup de nos bijou-
tiers y vont chercher des modèles originaux.
La simple sandale de paille des anciens temps est
remplacée sous la XVIH" dynastie par des chaussures
de cuir dont la pointe se recourbe souvent, comme
dans nos anciens souliers à la poulaine. Au temps
des Ramessides, on aimait à peindre, sous la semelle
de ces chaussures, un Asiatique blanc pour un pied
et un Ethiopien noir pour l'autre, mode ingénieuse
qui donnait aux Egyptiens le plaisir de piétiner sans
cesse, symboliquement, leurs belliqueux voisins.
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192 l'Egypte au temps des pharaons
Quant au costume lui-même, il faudrait un vo-
lume pour en noter les variations. Je ne sais si les
Égyptiens de la XX^ dynastie était plus frileux que
ceux de l'Ancien empire, mais, au lieu de marcher le
torse nu, ils se couvrent de nombreux vêtements
supplémentaires. Au dessus du pagne s'étale un jupon
plus long, transparent, qui fait plusieurs fois le tour
du corps, chaque tour se rapprochant de plus en plus
de la ceinture. Quelquefois ce jupon est plus simple;
le devant, empesé, a la forme d'un long triangle
épointé qui part de la boucle de la ceinture et atteint
les pieds. La partie non empesée est sillonnée de mille
plissés parallèles qui convergent tous, obliquement,
à droite et à gauche, vers le haut du tablier triangu-
laire.
Autour des épaules, hommes et femmes ont une
sorte de palatine en étoffe gaufrée, nouée sur le de-
vant par un gros nœud en oreilles d'âne. Cette pala-
tine descend fort bas sur les bras, est serrée sous les
aisselles au moyen d'une coulisse, et donne à ceux qui
en sont revêtus Tair de porter des manches pagode.
Enfin, par dessus le tout se drape parfois un long
manteau dont les franges rasent le sol. A ce vêtement
les femmes ajoutaient des ceintures de couleur, à pen-
dants allongés, qu'elles nouaient très haut, presque
sous les seins.
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TOLLETTES ET PARFUMS I93
Ces costiimes semblent lourds, mais les tissus en
étaient si fins et si nuageux, Jes couleurs si douces et
si tendres — ^ bhmc, crème, rose ^ — les diverses par-
ties si bien disposées pour mettre en relief Ja taille et
la gorge, que Ion éprouve un véritable plaisir d'ar-
tiste à feuilleter un atlas de planches égyptologiques,
ou mieux, lorsqu'on le peut, à p^ircourir les intermi-
nables murailles peintes des tombeaux de Thèbes.
V, LonBT, L^Egypte.
Il
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m
Les objets de toilette sont très nombreux dans nos
musées égyptiens. Vases à parfum, étuis à collyre,
boîtes il fard, pinceaux, peignes, miroirs ont été trou-
vés en grande quantité dans les sépultures pharaoni-
ques. Cest le chat, symbole de la propreté, qui décore
ordinairement les plus jolis de ces objets. Souvent
aussi, c est Thorrîble nain Bes, I époux difforme de la
Vénus égyptienne. Parfois, sa tête grimaçante vient
affleurer le disque poli d'un miroir de cuivre auquel il
sert de manche et ne peut, par contraste, que faire
paraître plus jolie celle qui s'y regarde. ParfoiSj sculpté
dans l'albâtre, il supporte sur son épaule une buire
destinée à contenir du kohol et la tend vers celle qui
veut s'alanguir le regard*.
Les Égyptiennes étalent très avancées dans l'art, ou
* V, p, 197.
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TÔILHTTES ET PAR^FUMS 195
dans [artifice de plaire. Dès les plus anciens temps,
elles se servaient de deux poudres pour les yeux, Tune
noire, Tautre vert foncé. Les peintures monumentales
nous montrent qu'elles se prolongeaient la ligne de
l'œil d'au moins un centimètre et qu'elles se noircis-
saient, ou se verdissaient à l'occasion, les cils et les
sourcils. D'autre part, elles portaient quelquefois,
comme nous l'avons dit^des perruques bleues ; mais
Dioscoride nous apprend que, sans recourir aux per-
ruques, elles savaient modifier Ja couleur de leur che-
velure. Le henné — que Ton vient justement d'in-
troduire a Paris pour le même usage — leur servait
de temps immémorial a se rendre les cheveux d'un
blond roussâtre. Par le même procédé, elles se tei-
gnaient en rouge orangé l'intérieur des mains. De plus,
les momies féminines ont souvent les dents et les on-
gles dorés. Enfin, nous savons qu'à la XVlll* dynas-
tie les femmes faisaient usage de la poudre de car-
thame, substance d'un vert bronzé sur laquelle une
goutte d'eau qui tombe devient rose, pour se rosir
fortement tout le corps.
Cheveux bleus, cils verts, dents dorées, joues trop
roses, tout cela paraît affreux. Pourtant les femmes
des bas-reliefs égyptiens sont charmantes, surtout aux
yeux d'un égyptologue. D'abord elles n'avaient pas
toutes, nî toujours, les cheveux bleus, ou les cils verts,
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196 l'Egypte au temps des pharaons
ou les dents dorées, ou les joues trop roses. Et puis
ensuite, les Egyptiennes d'aujourd'hui ont des co-
quetteries de même genre. Elles aussi se teignent les
mains au henné et se prolongent démesurément les
yeux au moyen du kohol. Elles aussi se brunissent les
ongles ; même elles se décorent parfois la figure d'é-
toiles bleues, Tune au menton, l'autre au front. Ces em-
bellissements semblent évidemment étranges au pre-
mier abord. On hésite un peu à mettre sa main dans
une main, même très petite, qui se tend à vous teinte
en rouge brique ; on a peur un peu de regarder trop
longtemps des yeux, même très doux, dont l'étoile
bleue qui les sépare vous fait vaguement loucher. Mais
on s'y fait — tout n'étant que convention — on s'y
fait même extrêmement vite et, pour peu que Ton
soit resté quelques mois au Caire avant de s'embar-
quer pour la Thébaïde, on est bientôt préparé à trou-
ver ravissantes les Égyptiennes des fresques pharao-
niques de Thèbes.
Les femmes mettaient sur leur cheveux ou bien
une sorte de pommade nommée àbrà, pommade dont
la composition est encore inconnue, ou bien une
dilution très étendue de gonime arabique. Dans l'eau
où elles se baignaient, elles faisaient répandre un par-
fum nommé sagnan en égyptien et transcrit en grec
par (7oiy§aç.
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OBJETS DE TOILETTE
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I!
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f
TOILETTES ET PARFUMS 199
Les parfums, en effet, jouaient un très grand rôle
dans la vie des Égyptiens. Dès les plus anciens temps
on en offrait aux dieux, et les cassolettes à long man-
che, qui étaient les encensoirs égyptiens, recevaient
sur leurs braises ardentes la résine de térébinthe,
somitir, la myrrhe, kharif et Fencens, ânti. Les par-
fums à brûler étaient en grand usage et le plus célèbre
d'entre eux, le kyphi, fut introduit dans le monde
gréco-romain après la conquête de TEgypte et y obtint
les plus vifs succès. Non seulement on Je brûlait, mais
encore on le mélangeait au vin, auquel il communi-
quait un goût agréablement résineux, on le mêlait à
du miel pour s'en parfumer la bouche, on le mettait
prés du linge dans les armoires, on s'en servait même
en médecine.
D'autres parfums égyptiens furent également
renommés chez les Grecs et les Romains. Le Mende-
sium, de couleur sombre, était composé d'huile de
ben, de myrrhe, de cannelïe et de résine. Le Meto-
phim avait comme principe dominant Thuile d'amande
ainère à laquelle on ajoutait, entre autres ingrédients,
du miel, du vin, de la résine, de la myrrhe et du
calame aromatique. V^gyptlum , parfum blanc, très
épais et d'une odeur forte, avait comme base le cinna-
mome. On s*en oignuit les mains et les pieds, on en
aromatisait les rafraîchissements servis avant les
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200 LEGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
repas. Enfin le Cyprinum, de teinte verte, était extrait
des fleurs du henné ou Lawsonia inermis, plante cul-
tivée surtout à Canope, et on le vendait à Rome, du
temps de Pline, 4 fr. 10 la livre.
Bien des parfums sont mentionnés dans les textes
égyptiens, des huiles parfumées d'une part^ des par-
fums à brûler d'autre part. Ces parfums à brûler,
ordinairement réservés au culte, étaient fabriqués
dans les laboratoires des temples et leur préparation,
très compliquée, demandait parfois des mois entiers.
Tandis que des aides pilaient les herbes et les bois,
broyaient les résines et les gommes, remuaient dans
des chaudières les vins, les huiles et le miel, le prêtre
préparateur en chef leur lisait à haute voix la formule
officielle dont le texte était gravé, sur les murailles,
dans les laboratoires de tous les temples d'Egypte.
L'idée m'est venue, pendant mon séjour dans ce
pays, de copier dans différents laboratoires pharao-
niques la recette hiéroglyphique du kyphi. Cette re-
cette était vaguement connue grâce à quelques écri-
vains classiques ; il était intéressant d'en connaître la
rédaction égyptienne et de constater, comme je l'ai
pu faire, qu'elle diffère à peine de celle que nous ont
transmise les Grecs.
Voici la traduction, à peine abrégée, de cette recette
antique :
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, TOILETTES ET PARFUMS 301
RECETTE POUR FAIRE Cr-NTTfi-.V (10,1646^) DE KVPHI
DEUX FOIS BOïJy A L'uSÀGE DU CULTE
K Âi-onis Caîamus L* . * . , . 270^^
Ândropogon Schi^nantbus L. . . 270
PistacLi Letjii&cus L 270
Laurits Cassia L^ * * . , . . 170
L. Cùînamoffium Andr 270
MeiHha pipcrila L 270
Coîivolvuhisi scopantis L* . . . 270
. 1.870
Piler très fin, passer au crible. N^eiti ployer
que les 2/5 de la masse, soit la partie la
plus odorante et U m^eux pulvérisée.
M. Jupùii'rîts pbœiiîcca L 370
Acactafanjesiaua Welld. .... 270
Lau'SOHîii îHtrmis. L. , . . . . . 170
Qyperus hngti^s L. ,,.... 270
Broyer ces quatre substances et les mouiler
de vin , * . .
Laisser reposer un jour.
111. Chair de raisim secs, bUn pur€. * . ,
FfVi d'oasis. *...,*
Mélanger aux onze ingrédients ci-dessus et
laisser reposer cinq jours.
V^.Rhiiî^detèrêhiiiihe, . . . . . i.aoo
MuL. . . , 3,000
4.300
Mélanger ces deux substances et les cuire
jusqu^à réduction de i 5 du poids, de sorte
qu^îl reste. . 3.^60
Mélanger au reste des aromates et laisser
reposer un jour.
VyMjrrhc broyée fi fument. . ,.-..» i'i4î
Mélanger au reste de la masse^ ce qui donne
en kyphî. . . , iO<i6|
756
1.080
J,125
1.260
1,440
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202 L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
Traduire cette recette était une curiosité; la faire
exécuter par un spécialiste moderne en fut une autre,
fort naturelle. Le parfumeur E. Rimmel d'abord, le
chimiste P. Fournie ensuite vinrent à mon aide et,
depuis, j'ai parfumé bien souvent mon cabinet de tra-
vail de ce kyphi dont on encensait les divinités égyp-
tiennes. Eh bien, dois-je Tavouer? J'ai éprouvé une
vague désillusion , partagée d'ailleurs par quelques
égyptologues de ma connaissance; le kyphi m'a paru
plutôt étrange qu'agréable. Il est vrai que les lourds
parfums huileux et résineux ne peuvent plaire qu'en
Orient, où les déserts même exhalent une indécise
odeur d'encens et vous accoutument, aux odeurs bal-
samiques. Brûlé au Caire^ le kyphi m'eût peut-être en
effet semblé, comme dit le texte égyptien, deux fois
bon. Ici, il m'a paru plutôt deux fois bizarre.
Mais les parfums, quelle que soit d'ailleurs leur
nature, ont le don bien connu de réveiller en nous,
mieux que toute autre chose, les sensations et les im-
pressions passées, et d'évoquer en notre âme le sou-
venir des lointaines choses aimées. A l'un c'est le
cyclamen, à l'autre le corylopsis qui fait revivre un
instant les joies disparues. Aussi m'est-il arrivé sou-
vent, malgré l'âcreté fuligineuse du kyphi, de revoir
en idée, à travers les filets bleuacés qui montaient du
brûle-parfum et se contournaient en spirale dans ma
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TOILETTES ET PARFUMS iOj
chambre, la grande salle du temple d'Hathor a Ten-
tyns, avec ses colonnes bariolées aux chapiteaux
ornés de masques métalliques, et d'assister à une
fête de la déesse égyptienne, où les spectateurs se
pressaient en foule, où des rondes sacrées se dan-
saient au son des trigones et des cymbales, tandis
que des prêtres à la tête rasée et au torse couvert d'une
peau de panthère agitaient leurs encensoirs devant
le sanctuaire tout brillant d'or et de fleurs.,.
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(
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MÉDECINE
ET
SORCELLERIE
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MÉDECINE ET SORCELLERIE
Bien des personnes s'étonneront à bon droit, en
raisonnant avec nos idées modernes, de trouver
étrangement réunies, dans une même étude, la
médecine et la sorcellerie. Les anciens Égyptiens pen-
saient autrement; à tel point que leur langue n'em-
ploie, la plupart du temps, qu'un seul et même mot
pour designer le médecin et le sorcier-
Les Égyptiens avaient foi en la médecine, certes,
mais une vague teinte de surnaturel ne nuisait pas, à
leurs yeux, à la rédaction d'une ordonnance, La
prescription, par exemple, de lait provenant d'une
vache qui n'avait mis au monde que des veaux et
jamais de génisses, n'avait rien qui les surprit. Cette
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2o8 l'Egypte au temps des pharaons
recommandation précise leur semblait, au contraire,
de la part de leur docteur, la preuve d'une grande
circonspection et d'une science approfondie, et ils s'en
allaient consciencieusement, de ferme en ferme, cher-
chant la vache qui n'avait eu que des veaux.
D'ailleurs, la première idée qui venait à un malade
était de s'adresser à un sorcier de profession. S'il ne
réussissait pas, on se décidait à recourir au médecin.
Mais généralement les remèdes et les incantations
marchaient de front, pour plus de chance de guérison.
Aussi, cette passion pour la sorcellerie a-t-elle valu
aux Égyptiens, depuis la plus haute antiquité jusqu'à
une époque bien rapprochée de nous, la réputation
d'être tous, de naissance, plus ou moins sorciers.
Dans bien des pays, «Égyptien » est synonyme de
« magicien », et les diseurs de bonne aventure de nos
jours, dans leurs livres à couverture jaune historiée
— rOracle des Dames, l'Art de prédire V Avenir y le
Livre du grand Etteilla — ne manquent jamais de se
recommander du cébre Thoth Trismégiste, le dieu
ibiocéphale des Égyptiens pharaoniques.
Malheur, autrefois, aux Égyptiens qui s'aventu-
raient en France ! Aujourd'hui, coiffés du tarbouch
rouge, ils fréquentent élégamment nos facultés de
droit, mais il y quatre cent cinquante ans... « Vint à
Paris XII penanciers, comme ilz disoient, c'est assa-
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MÉDECINE ET SORCHLLERÎE 2O9
voii% ung duc et ungconte, et dix hommes tous à
cheval et lesquelxse disoient très bons chrestiens, et
estoient de la.Basse Egipte... On ne les laissa point
entrer dedens Paris ; mais par justice furent logez à U\
Chappelle-Sai net-Denis, , , Et, quant il furent à la Chap-
pelle, on ne vit oncques plus grant allée de gens h la
beneïsson du Landit que là alloit de Paris, de Suinct-
Denis et d'entour Paris pour les veoir... Presque tons
avoient les deux oreilles percées, et en chascune
oreille ung anel d^argent ou deux en chascune , et
disoient que ce estoit gentillesse en leur pais. Ces
hommes estoient très noirs, ïés cheveulx crespez...
« Mais qui pis estoit, en parlant aux créatures, par
art magicque^ou autrement, ou par Tennemy d'enfer,
ou par entregent d'abilité, faisoient vuyder les
bources aux gens et le meltoient en leur bource,
comme on disoit. Et vrayement, je y fu 111 ou IIIJ
foyspour parler à eulx, mais oncques ne m'aperceu
d'un denier de perte, mais ainsi le disoit le peuple
partout, tant que la nouvelle en vint à Tevesque de
Paris, lequel y alla et mena avec lui ung frère meneur,
nommé le Petit Jacobin, lequel par le commande-
ment de Tevesque fist là une belle predicacion, en
excommuniant tous ceulx qui ce faisoient..,»
La chose, relatée dans \e Journal tf un bourgeois de
Paris^ se passait en 1427 et se termina très probable-
V. LoEMTj L'Egypte, t^
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210 l'Egypte au temps des pharaons
ment par le bûcher. 11 y a cinq mille ans, on pensait
autrement. Un médecin égyptien, qui n'eût pas fait
preuve de sorcellerie, n'eût obtenu aucune confiance.
Avoir passé de longues années dans les écoles de
médecine ne servait à rien si l'on ne connaissait quel-
que bonne incantation.
Nous possédons un traité de médecine égyptien
complet, de plus de cent pages in-folio, avec sa pré-
face. Ce livre date de Tépoque des Ramsès. Voici les
premières lignes de l'introduction, dans lesquelles
l'auteur se présente au public.
« Je suis sorti de TÉcole de médecine d'Héliopolis,
où les Vieux du Grand temple m'ont indiqué leurs
remèdes. Je suis sorti de l'École gynécologique de
Sais, où les Mères divines m'ont donné leurs
recettes.
« Je possède des incantations composées par
Osiris en personne. Mon guide a toujours été le dieu
Thoth, inventeur de la parole et de l'écriture, rédac-
teur d'ordonnances infaillibles, lui qui seul sait
donner la réputation aux magiciens et aux médecins
qui suivent ses préceptes.
« Les incantations sont bonnes pour les remèdes,
et les remèdes sont bons pour les incantations.»
Suit le texte de quelques incantations, que nous
retrouverons plus loin. Le seul fait à retenir de cette
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MEDECINE ET SORCELLEREE 211
préface, c'est que l'auteur d'un ouvrage scientifique
était obligé, pour se faire lire, de se recommander de
Thoth Trismégiste, exactement comme le fait, de nos
jours, le producteur d'un Oracle des Dames.
La sorcellerie était donc fort répandue en Egypte et
pratiquée surtout dans le but de venir au secours de
la médecine chaque fais que les remèdes indiqués par
la science ne produisaient pas d'effet.
Il en est de même dans l'Egypte moderne. Les
Égyptiens — qui n'ont pas changé depuis Ramsès
— s'adressent encore à la magie, plutôt qu'il la
médecine, pour se guérir de certains maux^ réels ou
imaginaires.
J'ai bien des fois assisté, dans Jes ruelles du Caire,
à la scène suivante. Des femmes accroupies en cercle
frappent à tour de bras sur divers instruments, tim-
bales de terre cuite, tambours de basque, plaques de
cuivre, voire mêmepoêles àfrire. Elles accompagnent
cette musique — si cela peut s'appeler ainsi — de
chants, de cris stridents, de hurlements qui mettent
en rumeur tout ie quartier et attirent bientôt^ derrière
les grillages des fenêtres, la foule bariolée des recîuses
de harem. Au centre du cercle se tient une femme
5.outenant sa tête des deux mains et paraissant accablée
sous le poids du malheur.
On s approche, on s ^informe, on demande ce qui
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212 L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
se passe, et Ton apprend que la femme accablée est
possédée d'un démon et que les autres, à force de
bruit, veulent forcer ce démon à s'enfuir. Le démon se
déclare généralement vaincu, paraît-il, au bout d'une
heure et la malade, complètement assourdie, s'écrie :
«Assez! je suis guérie!» Un Européen, habitué à
Massenet ou à Bizet, se déclarerait guéri bien plus
vite...
D'autres fois, on se trouve en présence d'un person-
nage assis sur le pas de sa porte et diluant gravement,
dans une tasse d'eau, une sentence arabe et magique
écrite sur parchemin. Bientôt l'encre s'efface ; la
phrase, fondue, s'étale et flotte en nuée noirâtre, la
vertu de l'incantation s'est mélangée à l'eau. Il ne
reste plus qu'à agiter et à vider d'un trait toute la
tasse pour se débarrasser des plus violentes migraines.
11 y avait autrefois, à l'époque de la XX' dynastie,
un pharaon qui se nommait Ramsès XI. 11 y a une
trentaine d'années, les égyptologues le connaissaient
seulement de nom, et l'on ne possédait aucun monu-
ment de son règne. On eut la chance d'en découvrir
un — une stèle couverte d'inscriptions — et il fut
acquis par la Bibliothèque nationale. On allait enfin
savoir quelque chose sur Ramsès XI ! On se mit à
l'œuvre, la stèle fut déchiffrée, analysée, traduite, et
voici ce qu'elle nous apprit.
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MEDEC(NE ET SORCELLERIE 213
Ramsès Xl^ passant un jour à Bakhtan, ville de
Palestine^ s*éprit d'une des filles du chef de cette
localité et Tépousa» Quelques années après, on vint
Jui dire que la sœur de la reine, restée à Bakhtan,
souffrait d'une maladie que Ton attribuait à la pré-
sence d'un esprit malfaisant. Bentresh était le nom
de cette jeune fille. Le prince de Bakhtan pria
Ramsès XI de lui indiquer un remède* Celui-ci réunît
les prêtres et les magiciens de Thèbes; le conseil
discuta longuement, et il fut convenu qu'on enver-
rait à Bakhtan, après lui avoir fait donner par les
autres dieux tous leurs pouvoirs sacrés, la statue de
Khonsou, Tune des principales divinités de Thèbes,
Les dieux donnèrent leurs pouvoirs et, après un
voyage de dix-sept mots, Khonsou arriva à Bakhtan.
Le prince du pays vint à sa rencontre avec toute son
armée et se prosterna a terre devant le dieu, le sup-
pliant de chasser le mal dont souffrait Bentresh.
Khonsou fut porté dans la chambre de la jeune prin-
cesse, on les laissa seuls quelques instants et, quand
le prince de Bakhtan reparut, sa fille était guériep
L*espnt dont elle était possédée s'était enfui sur les
ordres de Khonsou, mais non sans avoir obtenu
qu'on lui ferait une grande fête d*adieu. La fête fut
célébrée avec le concours du peuple entier,
Khonsou n'avait plus qu'à regagner sa patrie.
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214 L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
Mais le prince de Bakhtan songea que posséder un tel
dieu était une chose fort enviable et il oublia de ren-
voyer la statue à Thèbes. Qyatre années se passèrent
et Khonsou, relégué dans un temple syrien, com-
mença à se sentir dépaysé et à regretter l'Egypte.
Un matin, le père deBentreshse réveilla souffrant;
le mal persista. Un esprit nouveau était-il venu
habiter en lui? La nuit même, Khonsou apparut à ses
yeux sous la forme d'un épervier d'or et insista pour
retourner sur les rives du Nil. Le prince comprit; une
nouvelle fête eut lieu, Khonsou fut chargé de pré-
sents, et à peine le chariot qui l'emportait eut-il dis-
paru sur la route d'Egypte que le père de Bentresh
recouvrait la santé...
Les démons se montraient donc dans l'Egypte pha-
raonique comme dans TEgypte khédiviale. Aussi, au
milieu de recettes pour faire disparaître les ténias,
remédier aux ophtalmies, et guérir les inflamma-
tions, voyons-nous sans étonnement, dans les traités
de médecine égyptiens, le moyen de chasser les
génies malfaisants et de renvoyer dans leur région
infernale les morts qui venaient troubler le repos
des vivants en se logeant dans l'intérieur de leur
corps.
Comme on Ta vu par ce qui précède, la médecine et
la magie sont intimement mêlées dans l'Egypte
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MËDECII^E ET SORCELLERIE 21^
ancienne, et pour ainsi dire confondues. Celui qui
veut étudier les documents relatifs à la médecine
s'aperçoit bientôt qu'il ne peut se dispenser d'étudier
en même temps la magie, et c'est Jà la raison qui m'a
fait réunir en une seule étude deux sujets si dissem-
blables.
On doit reconnaître pourtant que, sans aller jus-
qu*à jouer le rôle d'un magicien, le médecin de nos
jours, surtout quand il soigne des personnes d'intel-
ligence faible, a parfois intérêt à s'occuper en même
temps de l'esprit et du corps. La foi sauve, autant que
le remède. Se bisser abattre peut rendre nul l'effet des
médicaments ; mettre au contraire toute son énergie
à vouloir vivre a souvent aidé puissamment le docteur.
Si quelque moderne croyant, que sa dévotion a
rendu sûr d*avance du succès, a pu se guérir en
buvant avec conviction et recueillement un verre d'eau
de Lourdes, en quoi les Égyptiens d'autrefois —
peuple enfant qui ne connaissait pas encore le scep-
ticisme — sont-ils blâmables pour avoir accompagné
l'application de leurs remèdes de quelques inoffen-
sives paroles d'incantation?
« Les incantations sont bonnes pour les remèdes,
et les remèdes sont bons pour les incantations», nous
dit l'auteur du traité de médecine cité plus haut* Au
fond, il a raison, surtout pariant aux gens de son
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2i6 l'égyptë au temps dès pharaons
temps. L Incantation ne pouvait pas faire de maL
Souvent même elle a dû faire grand bien.
Résignons-nous donc à présenter, tel qu1ï était
dans la réalité, le médecin-soicier des dynasties pha-
raoniques, tout en séparant, pour la commodité des
recherches, les deux caractères de ce personnage.
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I!
S*i] faut en croire les auteurs classiques ^ les mé-
decins étaient très nombreux en Egypte et jouissaient
d*une grande considération. <^ La médecine »^ écrit
Hérodote, « est si sagement distribuée en Egypte
qu'un médecin ne s'occupe que d'une seule espèce
de maladie et non de plusieurs. Tout y est plein de
médecins, les uns pour les yeux, les autres pour la
tête; ceux-ci pour les dents, ceux-là pour les maux de
ventre; d'autres enfin pour les maladies internes. »
DiodoJ'e parle en ces termes de la médecine égyp-
tienne : « Pour prévenir les maladies, les Égyptiens
traitent le corps par des clystères, par la diète et des
vomitifs. Les uns emploient ces moyens journelle-
ment, les autres n'en font usage que tous les trois ou
quatre jours, dr ils disent que l'excédent de la nour-
riture ingérée dans le corps ne sert qu'à engendrer
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2l8 L* EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
des maladies, que c'est pourquoi le traitement indiqué
enlève les principes du mal et maintient surtout la
santé. Dans les expéditions militaires et dans les
voyages, tout le monde est soigné gratuitement, car
les médecins sont entretenus aux frais de la société.
Us établissent le traitement des maladies d'après des
préceptes écrits, rédigés et transmis par un grand
nombre d'anciens médecins célèbres. Si, en suivant
les préceptes du livre sacré, ils ne parviennent pas à
sauver le malade, ils sont déclarés innocents et
exempts de tout reproche ; si, au contraire, ils agissent
contrairement aux préceptes écrits, ils peuvent être
accusés et condamnés à mort, le législateur ayant
pensé que peu de gens trouveraient une méthode
curative meilleure que celle observée depuis si long-
temps et établie par les meilleurs hommes de l'art. »
Ce procédé, conservateur à l'excès, se retrouve en
toute chose chez les anciens Egyptiens. De même que
les médecins devaient soigner leurs malades par des
remèdes toujours les mêmes, prescrits d'avance, de
mêmeles architectes devaienttoujours bâtir les temples
sur un plan unique, de même les peintres ne pouvaient
dessiner leurs personnages que d'après des règles
fixes et immuables. Si TÉgypte a dû à cette passion
pour la stabilité d'être privée des progrès que pou-
vaient faire faire aux arts et aux sciences les rocher-
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MEDECIN! ET SORCELLERIE 2 19
ches et les talents personnels, elle en a tiré du moias
une originalité puissante, celle d'être pendant quatre
mille ans restée toujours la mênnei avec ses grandeurs
et ses faiblesses, et d'avoir toujours conservé son carac-
tère spécial malgré le contact des autres nations, au
point qu'un monument du règne de Psamméticus
diffère h peine d'un monument antérieur aux pyra-
mides-
Les médecins égyptiens virent bientôt leur réputa-
tion s'étendre à Té t ranger. Cyrus et Darius en firent
venir d'Egypte pour des maladies graves, et nous
trouvons, dans la correspondance de Pline avec
Trajan, plusieurs lettres dans lesquelles il se félicite
d'avoir été sauvé par un médecin égyptien établi à
Rome, nommé Harpocrate, tandis que ses compa-
triotes n'avaient pas réussi à le guérir.
La médecine, que Ton considérait comme inventée
par Thoth, dieu des lettres et des sciences» fut de
bonne heure Tobjet d*études passionnées de la part
des Égyptiens. Ce furent surtout les premiers rois qui
s'occupèrent de cette science, Manéthon rapporte
qu*Athotis, second roi de la première dynastie, —
quatre mille ans environ avant Tère chrétienne —
écrivit six livres de médecine, dont le premier était
relatif à Tanatomie, et qu'il pratiqua, comme un
homme du métier* D'après le même auteur, Tosortros,
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220 l'Egypte au temps des pharaons
deuxième roi de la troisième dynastie, s'occupa éga-
lement de médecine.
Mais nous n'en sommes pas réduits au seul témoi-
gnage de Manéthon pour nous rendre compte de ce
qu'était la médecine à ces époques reculées. Nous
possédons un traité complet^ connu sous le nom de
Papyrus Ebers, et conservé à Leipzig. Un autre traité,
détruit au commencement, se trouve au Musée égyp-
tien de Berlin. 11 fut découvert à Memphis, enfermé
dans un vase de terre, non loin des ruines de Saq-
qarah, et appartenait très probablement à la Biblio-
thèque médicale du Temple de Ptah dont parle
Galien. Enfin, il existe à Londres, au British Muséum,
plusieurs fragments d'un ouvrage médical remontant
à la XVIIP dynastie.
Dans ces différents traités se trouvent reproduites
les œuvres des pharaons-médecins de TAncien empire.
Le papyrus de Londres mentionne plusieurs recettes
du temps de Chéops, le constructeur de la grande
pyramide de Gizéh. Ousaphaïdos, de la première
dynastie, Séthénès, de la seconde, et Bichérès, de la
quatrième, sont cités plusieurs fois dans les traités de
Leipzig et de Berlin.
Voici le titre d'une section du traité de Berlin :
« Commencement du livre de chasser les gonfle-
ments. Ce livre fut trouvé, rédigé en écriture antique,
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MEDECINE ET SORCELLERIE 221
dans un coffre à livres, sous les pieds d'une statue
d'Anubis, dans la ville de Létopolis, sous le règne
du roiOusaphaïdos. Ce livre fut copié, sous le règne
de Séthénès, par le scribe savant, chef des médecins,
Néfer-hotep. Ce livre fut réuni à la statue dans une
vénération commune et on lui fit des offrandes en
pains, en bière, en encens, au nom d'Isis, d'Horus
athribite, de Khonsou et deThoth. »
Si nous voulons nous faire une idée de ce que pou-
vait être, dans l'ouvrage d'Athotis mentionné par
Manéthon, le premier livre relatif à Tanatomie, nous
n'avons qu'à lire les quelques lignes suivantes du
Papyrus de Berlin, qui datent de Tépoque d'Ousa-
phaïdos. « La tête a vingt-deux vaisseaux qui tirent
les souffles du cœur et, de là, les amènent à toutes les
parties du corps. Il y a deux vaisseaux aux seins, qui
conduisent la chaleur aux reins. 11 y a deux vaisseaux
aux jambes, deux aux bras. II y a deux vaisseaux au
front, deux à la nuque, deux à la gorge, deux aux
paupières, deux aux narines. II en est deux à l'oreille
droite, par lesquels entrent les souffles de la vie, et
deux à Toreille gauche, par lesquels entrent les
souffles de la mort. »
L'anatomie, on le voit, était chose fort simple pour
les Égyptiens. On peut s'étonner de ce qu'un peuple
qui avait coutume d'embaumer ses morts, même les
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222 l'Egypte au temps des pharaons
animaux, n*ait pu arriver à une connaissance plus
approfondie du corps humain. La raison en est que
les embaumeurs, choisis dans les dernières classes de
la population, ne pratiquaient leur art que d'une
manière presque machinale, d'après des traditions en
usage depuis l'origine même du pays. On les mépri-
sait, les parents des défunts les poursuivaient ordi-
nairement à coups de pierres après leur besogne
accomplie, ils vivaient en des quartiers solitaires,
dans le silence poudreux des nécropoles, séparés du
reste des mortels par toute la largeur du fleuve. S'il
s'en trouva parmi eux quelques-uns qui, plus stu-
dieux et plus attentifs que les autres, finirent, à force
de préparer des momies, par se rendre un compte
exact de l'organisation intérieure du corps, ils ne
purent jamais se mettre en contact avec les médecins
et les faire profiter de leurs observations. L'anatomie
resta donc toujours ce qu'elle était au début de la
monarchie pharaonique, une sorte de système ima-
giné de toute pièce.
Néanmoins, les médecins surent de bonne heure
discerner nombre de maladies et en formuler les dia-
gnostics avec une certaine précision. Voici, par
exemple, d'après le papyrus de Berlin, le diagnostic
d'une sorte d'inflammation : « Moyen de percer les
inflammations. Son ventre est lourd, son estomac
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MEDECINE ET SORCELLERIE 23^
souffrant* Son cœur est brûlant et bat avec ardeur.
Ses vêtements sont lourds sur lui plus que s'il s'était
grossi de vêtements nombreux. Il a soif vers le soir.
Le goût de son coeur est perverti, comme celui d'un
homme qui aurait mangé des figues de sycomore. Ses
chairs sont flasques comme celles d'un homme qui se
trouve à la mort. Quand il s'accroupît pour uriner, ses
cuisses sont lourdes et le brûlent. Dis à cela : 11 a un
gonflement en son ventre, son cœur a goûté la
maladie î Pour l'en délivrer, il faut obtenir un rétrécis*
sèment. Tu lui appliques les remèdes pour les gon*
flements, à savoir : dattes fraîches , baies de genièvre,
miel, lait, fruits de sébestier, etc. »
Voici une autre diagnostic — on pourrait en citer
à l'infini — tiré du Papyrus Ebers : « Si tu juges qu*il
y a un ëpaisissement du sang dans tous les mem-
bres d'une personne, tu dois les trouver, pris isolé-
ment ou en groupe, semblables à de la peau d'animaL
Ses chairs seront dures sous tes doigts. Ses membres,
s'ils ne sont point volumineux par eux-mêmes, seront
développés par le mal qui est en ses chairs. Dis à
cela ; Cest un épaississement du sang!»
Si les auteurs des papyrus médicaux que nous
possédons avaient pris soin de donner aussi soigneu-
sement les diagnostics de toutes les maladies pour
lesquelles ils prescrivent des remèdes, nous pourrions
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224 l'ëgyptë au temps des pharaons
réunîr une ample collection de termes médicaux
hiéroglyphiques. Malheureusement, ii n'en est pas
ainsi. Dans la plupart des cas, nous ne savons trop à
quel genre de maladie se rapportent les recettes et
nous sommes obligés de transcrire simplement en
lettres françaises les noms égyptiens de ces maladies,
On peut pourtant voir par l'ensemble des recettes
quels étaient les maux auxquels les Egyptiens étaient
le plus souvent sujets. Les maux de ventre viennent
en premier lieu dans le Papyrus Ebers, les rétentions
d'urine et les échauffements ; puis les vers intesti-
naux, dont on distingue deux espèces; les maladies
de la tête, des oreilles, des dents, viennent ensuite,
enfm les ophtalmies, si fréquentes encore de nos
jours sur les bords du Nil, et une quantité de <ï gon-
flements », désignés par un grand nombre de
dénominations spéciales. Le Papyrus de Berlin men-
tionne à peu près les mêmes maladies. Celui de
Londres, dans son état actuel, ne traite que des
brûlures.
Mais ce qu'il est facile et curieux de tirer des papyrus
médicaux, ce sont les procédés divers au moyen
desquels on administrait les remèdes.
Tantôt^ il s'agit d'inhalations : «Prends telles
plantes, mets-les sur des pierres rougies au feu et
recouvre le tout d'un vase de terre percé d'une
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MEDECENE ET 30R.CELLERIE 225
ouverture. Adapte à ce trou un roseau creux et
mtroduis dans ta bouche rextrémité de ce roseau,
aspirant la fumée qui s'en dégage. >>
Tantôt, il s'agit de fumigations. On place sur des
braises ardentes un certain nombre de substances et
on ordonne au malade de se placer au milieu de
répaisse fumée qui s'en élève.
Certains médicaments doivent être piles dans du
miel ; on les laisse sécher et on en forme ensuite des
pastilles. D'autres, également broyés, se prennent
entre deux minces tranches de pain.
Le plus grand nombre des remèdes sont cuits dans
de Teau et la tisane ainsi obtenue, après avoir été
passée dans un linge, se boit sucrée au miel. Les
pommades sont parfois recommandées pour les fric-
tions, pommade à la coriandre, pommade à Tar-
moise^ etc.
Voici quelques-uns des purgatifs ènumérés au
Papyrus Ebers : <ï Vin, miel, fleurs d' Acacia nilotica.
Passer, boire en une fois. ^> — ^< Dattes fraîches, sel,
suc de concombre. Broyer dans de Teau, mettre dans
un vase, ajouter des fèves pilées, Cuire ^ arrondir en
pilules et les donner à la personne en lui faisant boîre
ensuite de la bière douce- » — « Vert-de-gris, une
pincée. Mettre dans de la mie de pain, en former trois
pilules, les manger, puis boire de la bière douce. »
V. LoR£T, L'Hgypte. I5,
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226 l'Egypte au temps des pharaons
Le Papyrus de Berlin ne recommande qu'un seul
vomitif, mais, à le juger uniquement par la lecture,
il devait produire son effet : « Poisson pourri pilé
dans de la bière. Boire en une fois. »
Les principaux remèdes employés par les Égyptiens
étaient végétaux. Les papyrus médicaux nous don-
nent ainsi les noms de plus de cinq cents plantes
égyptiennes. Toutes n'ont pu être identifiées encore,
mais, d'après celles qui l'ont été^ nous voyons non
sans surprise que les vertus qui leur sont attribuées
par les Égyptiens, dès l'époque des Pyramides, sont
exactement celles que leur attribuent plus tard les
médecins gréco-latins, Dioscorideet Pline surtout.
Cest ainsi que la sciure d'ébène est recommandée
pour différents maux d yeux, Técorce de racine de
grenadier pour les vers intestinaux, le bois de cèdre
pourle même usage, Taneth pour amollir les vaisseaux
secs et remédier à certaines maladies féminines, la
coriandre pour les inflammations et les abcès, les
dattes, les jujubes dans les purgations. Les rapj^ro-
chements de ce genre pourraient être multipliés faci-
lement et nous donneraient d'intéressants renseigne-
ments sur les origines de la thérapeutique classique.
Traduire en entier ces traités de médecine égyp-
tiens serait évidemment le meilleur moyen d'en
donner une idée complète — et mon intention^est
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MEDECINE ET 50RCELLER[E 22^
bien de le faire un jour — mais, pour le moment,
l'analyse succincte que je viens d'en faire suffit pour
nous montrer d'une manière générale que la mé-
decine était arrivée chezles Egyptiens, dès les époques
les plus reculéeSi à un certain degré d'avancement.
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m
A la suite d'ordonnances purement niédicales, on
trouve ordinairement^ dans les papyrus que nous
venons de signaler, un certain nombre de recettes
d'un genre différent. Il ne s'agit plus de maladies à
guérir, mais bien de petits désagréments intimes à
éviter, détruire les rats et les puces, par exemplej
chasser les charançons qui gâtent le blé dans les
greniers, empêcher les serpents, qui abondent dans
les maisons égyptiennes, de sortir de leur trou.
D'autres fois, il est question de secrets de toilette
féminine* L'heureuse issue de la grossesse, surtout,
semble avoir préoccupé Tesprit des Égyptiens.
J'ai hésité, par crainte délasser le lecteur, à donner
la traduction et l'analyse de trop de formules
médicales. Le même inconvénient n'existe plus au
sujet de recettes domestiques et je réuniSi au hasard
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MÉDECINE ET SORCELLERIE 22$
de la transcription, les plus intéressantes de celles
qu'il m'a été donné de rencontrer dans les textes.
« Moyen d'augmenter le lait d'une nourrice qui
doit élever un enfant : chair d'esturgeon du Nil frite
dans de Thuile. En frotter le dos de la nourrice,
« Autre moyen. Pain d'épeautre grillé sur un feu
de bois de genêt. Que la nourrice le mange en se
tenant lesjambes repliées sous elle,
^ Moyen de connaître le sort d'un enfant au
moment de sa naissance. S'il dit m" en venant au
monde, il vivra. S'il dit mba, il mourra,
* <i Autre moyen. Si^ au lieu de crier, il n'émet que
de faibles sons, il mourra. S'il se présente la face
tournée vers le sol, il mourra sur le champ,
<i Remède à appliquer pourchasser les puces d'une
maison ; asperge-la d'eau de natron pour les chasser,
<ï Autre remède ; pouliot pilé avec du charbon. En
parsemer ia maison le mieux possible pour les
chasser.
<< Recette pour empêcher un serpent de sortir de
son trou : pagre (sorte de poisson) sec, place-le à
l'entrée de son trou, il n'en sortira point.
« Autre recette : natron, place-le à l'entrée de son
trou, il n'en sortira point.
« Autre recette ; têtes d'oignon, place-les à l'entrée
de son trou, il n'en sortira point.
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230 l'Egypte au temps des pharaons
« Recette pour empêcher d'être piqué par des
abeilles : huile de pigeon, s en oindre les membres.
« Recette pour empêcher d'être piqué par des
moustiques : huile fraîche de platane, s en frotter.
« Recette pour empêcher les rats de s'approcher des
objets : huile de chat, la mettre sur tous les objets. »
De nos jours, il semble qu'un chat vivant serait plus
propre à chasser les rats qu'un chat réduit à l'état
d'huile. Les Égyptiens pensaient que Todeur seule du
chat, communiquée à l'huile, suffisait pour effrayer
les rats. Les huiles d'animaux divers étaient souvent
mentionnées dans les traités de médecine égyptiens.
Pour les obtenir, on faisait bouillir de Thuile d'olive,
on y plongeait l'animal vivant, et on laissait ensuite
refroidir le tout.
« Recette pour empêcher les charançons de manger
le blé dans un grenier : prends des excréments secs de
gazelle, brûle-les après avoir fermé toutes les ouver-
tures du grenier. Ensuite, recueilles-en la cendre,
mélange-la avec de l'eau, asperges-en les muraille^ le
plafond et le sol du grenier. Point ne seront mangés
tes grains.
« Recette pour tuer les hérissons : prends un lézard,
mets-le sur le feu, les hérissons mourront.
« Recette pour tuer les lézards : prends un hérisson,
mets-le sur le feu, les lézards mourront. »
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MÉDECINE ET SORCELLERIE 23 1
Cette théorie étrange des animaux inconciliables
jusque dans la mort se retrouve en beaucoup d*en-
droits dans les textes égyptiens.
Les deux recettes suivantes s'appliquent à la toilette»
et la première surtout est intéressante en ce qu*eHe
nous montre connu depuis des siècles un procédé qui,
aujourd'hui, est encore considéré comme le plus
efficace et le plus inoffensif.
^ Moyen d'avoir les dents blanches : poudre de
charbon d'acacia, s en frotter les dents, elles devien-
dront blanches.
« Choses à faire pour parfumer une habitation ou
du linge, encens, mimosa, résine de térébinthe,
souchet long, bois de cinnamone, lentisque, caïame
aromatique de Syrie, extrait mou de styrax. Broyer
en poudre impalpable et réduire en une seule masse
homogène, puis mettre sur du feu.
<( Autre: que lesfemmes agissent comme ci-dessus»
qu'elles ajoutent à ces ingrédients du miel, et fassent
cuire le tout en mélangeant» Ensuite elles donneront
au produit la forme de pilules qu'elles feront brûler
au milieu d'elles,
« Elles peuvent enfin, en les mâchant, s'ert par-
fumer la bouche. )*
Les recettes qu'il me reste à signaler terminent
ordinairement les traités égyptiens et témoignent, par
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232 L'ÉGYPtE AU TEMPS DES PHARAONS
leur nombre et leur variété, de l'anxiété dans laquelle
vivaient les ménages pharaoniques en espérance
d'enfant.
« Moyen d'activer la délivrance d'une femme :
brûler de la résine de térébinthe auprès de son ventre.
Si le moyen ne réussit pas, lui appliquer sur le
ventre un composé d'huile, de safran et de bière
douce.
« Moyen de savoir si une femme enfantera ou non :
pastèque, piler et faire macérer dans le lait d'une
vache qui n'a eu que des veaux. Donner à boire avec
du suc d'absinthe. Si la femme rend ce breuvage,
elle aura un enfant; si elle peut le supporter, elle
n'enfantera jamais.
« Autre moyen : faire brûler auprès d'elle des
excréments secs d'hippopotame. Si elle urine abon-
damment ou qu'elle ait des renvois le matin, elle
aura un enfant ; sinon, elle n'en aura point, car elle
aura été trompée dans ses prévisions.
« Autre moyen : fais coucher la femme et frotte
lui d'huile fraîche la poitrine, ainsi que les bras et les
avant-bras. Le lendemain, lève-toi de bonne heure
pour l'examiner. Si tu trouves que ses veines sont
vertes, c'est qu'elle aura un enfant. Si tu les trouves
moites et de la même couleur que la peau de ses
membres, c'est qu'elle sera stérile. Si tu les trouves
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MÉDECINE ET SORCELLERIE 253
vertes dès la nuitmême, en laregardant, c* est quelle
sera très prolifique.
« Autre moyen : prends ses doigts dans ta main,
étends son bras et applique-le le long de son corps.
Promène ta main le long de son bras. Si tu sens ses
veines s'efïacer sous tes doigts, dis à cela : elle aura
un enfant!
<i Autre moyen : fais-la tenir debout, tournée vers
le soleil levant j examine la couleur de ses yeux. Si
Tun d'eux est de la couleur d'un œil de Syrien et que
l'autre soit de la couleur d'un œil d'Éthiopîen> elle
n'aura pas d'enfant. Si tu les trouves tous deux d'une
seule et même couleur, elle en aura un,
«£ Autre moyen de voir si une femme aura un
enfant ou non : prends de Torge et du froment, fais-
en deux paquets et place-les dans son urine de chaque
jour. Si les graines germent ensuite, elle aura un
enfant. Si Torge germe la première, ce sera un garçon;
si c'est le fromentj ce sera un fille. Si les graines ne
germent ni Tune ni Tautre, elle n'aura point d'en-
fants. i>
On se rend compte, à lire ces citations, que le
médecin égyptien» déjà un peu sorcier par nature,
devait en même temps connaître bien des petites
recettes domestiques et devenir le guide des ména-
gères en peine. Si Ton s'adressait à lui pour se guérir
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254 l'hgypte au temps des pharaons
d'une ophtalmie ou d'un ver solitaire, on recourait
également à ses conseils pour chasser les rats ou
détruire les charançons» Cela explique pourquoi les
ouvrages dans lesquels il puisait sa science devaient
être un peu, comme certains produits de nos colpor-
teursj des livres des mille et un secrets.
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IV
Les incantations — nous Tavons vu en commen-
çant — jouaient chez les Égyptiens un rôle important,
non seulement dans la magie, mais encore dans la
médecine. On pensait avec justesse qu'il était aussi
utile de guérir Tesprit du malade que de soigner son
corps. Cest pourquoi, tout en lui administrant des
remèdes qui agissaient matériellement sur le mal, on
le rassurait lui-même en même temps, en pronon-
çant des paroles mystérieuses que devaient com-
prendre, seules, les puissances surnaturelles causes
de sa maladie.
Parmi les incantations que nous ont conservées les
documents égyptiens, deux sont d'un emploi général,
et ce sont celles-là qu'il importe de citer tout d'abord.
Elles ont un pouvoir des plus étendus, puisqu'elles
sont recommandées indistinctement pour toute
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236 l'Egypte au temps des pharaons
espèce de maladie. Aussi sont-elles publiées dans la
préface même du Papyrus Ebers, comme si elles con-
densaient en elles toute la puissance du livre.
« Paroles à dire exactement et le plus de fois
possible lorsque Ton applique des remèdes sur tout
membre de quelqu'un qui est malade, afin de détruire
en lui toute cause de trouble: Isis a délivré, a délivré,
Osiris a délivré Horus des choses mauvaises que lui
avait faites son frère Set en tuant son père Osiris.
O Isis, grande déesse des incantations, délivre-moi,
débarrasse-moi de toute chose mauvaise, malfaisante,
cruelle, délivre-moi du Dieu des douleurs, de la
Déesse des douleurs, d*un Mort ou d'une Morte, du
Pénétrant et de la Pénétrante qui pénètrent en moi,
de même qu'a été délivré, qu'a été débarrassé ton fils
Horus. Car je suis entré dans le feu, je suis sorti de
l'eau, je ne suis pas tombé dans le piège de ce jour.
J'ai dit que j'avais été enfant, que j'avais été petit.
O Soleil, parle de ta langue ! O Osiris, intercède par
ton intervention ! Le Soleil parle de sa langue et Osiris
intercède par son intervention. Donc, voici que tu
m'as délivré de toute chose mauvaise, malfaisante,
cruelle, du Dieu des douleurs, de la Déesse des dou-
leurs, d'un Mort ou d'une Morte. »
Ces paroles, comme le titre l'indique, doivent
accompagner spécialement l'emploi des remèdes
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MÉDECINE ET SORCELLERIE 257
externes. Voici maintenant TincantAtion àdire lorsque
Ton applique des remèdes internes.
« Chapitre de boire des remèdes. Venez, remèdes,
venez chasser les choses de mon cœur, de mes mem-
bres. Les incantations sont bonnes pour les remèdes
et les remèdes sont bons pour les incantations. Ne
vous souvenez-vous pas qu'Horus et Set ont été con-
duits dans le grand bâtiment d'Héliopolis lorsque l'on
discuta au sujet de la légitimité de Set et d'Horus? 11
est florissant, maintenant, comme il l'était sur la terre;
il fait tout ce qui lui plaît, comme les dieux au milieu
desquels il se trouve. — Il faut prononcer ces paroles
exactement et le plus de fois possible, lorsque Ton
boit des potions. »
Malgré la grande valeur que les Égyptiens attri-
buaient à l'emploi de ces deux incantations, ils ne
s'en contentaient pas toujours. Elles avaient le défaut
d'être trop générales. Des formules plus spéciales
inspiraient une confiance plus vive. Aussi existe-t-il
un nombre considérable d'incantations que l'on ne
doit prononcer que dans certains cas particuliers.
, L'incantation suivante, par exemple, ne se rapporte
qu'à la guérison des taies de Tœil : « Une rumeur
s'élève dans le sud du ciel aussitôt que tombe la nuit ;
le trouble s'étend dans le nord du ciel. Les colonnades
tombent à l'eau. Les matelots de la Barque solaire se
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238 l'Egypte au temps des pharaons
frappent de leurs rames pour se faire tomber la tête à
l'eau. Mon père vient, il l'amène, il le trouve. Moi, je
l'amène; moi, je le trouve. J'ai. rapporté vos têtes, je
les ai rétablies sur vos cous, j'ai remis vos blessures à
leur place. Je vous ai amenés pour chasser le Dieu des
douleurs, le Mort ou la Morte. — Ces paroles doivent
se dire sur de Técaille de tortue pilée dans du miel,
que Ton applique ensuite sur les yeux. »
Pour donner plus de force à certain purgatif, il
suffisait simplement de dire : « O Hyène mâle. Hyène
femelle! O Destructeur, ô Destructrice!»
Pour les ténias, on accompagnait les remèdes des
paroles suivantes : « Que ces paroles chassent la '
douloureuse marche rampante que trace en mon
ventre Celui qui serpente! C'est un dieu qui l'a fait,
cet ennemi. Qy'il l'enchante et qu'il chasse le mal
qu'il a fait en mon ventre ! »
On pourrait signaler bien d'autres incantations
médicales, mais je pense que celles que Ton vient de
lire suffiront amplement. D'ailleurs, il nous en reste
d'autres à citer. En effet, dans mille occasions de la
vie, les Égyptiens se servaient d'incantations, leur
effet ne se bornant pas seulement à augmenter la
force des remèdes.
Les reptiles étaient nombreux dans les maisons
égyptiennes, et leur présence incommodait fort les
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MEDECI^NE ET SORCELLEREE 239
locataires des rez-de-chaussée. Aussi peut -on voir
dans nos musées des stèles destinées à chasser ces
reptiles. On les plaçait probablement auprès des
portes s'ouvrant sur les sombres et fraîches ruelles.
Ce sont des pierres, arrondies au sommet, sur les-
quelles est figuré le dieu Horus sous la forme d'un
jeune enfant nu, la tresse pendant sur une épaule. H
est debout, dans une attitude victorieuse, sur deux
crocodiles dont la colonne vertébrale est brisée, et il
tient en main, par bottes, des serpents, des couleu-
vres et des scorpions- Derrière ces stèles sont gravées
de longues imprécations magiques à l'adresse des
reptiles,
Une espèce d'animal fort nuisible également était
le vautour. On connaît l'histoire biblique du panetier
de Pharaon qui voyait — dans un rêve dont il
demanda lexplication à Joseph — des oiseaux des-
cendre du ciel et enlever, d'une corbeille qu'il portait
sur la tête, les pains et les gâteaux destinés à la table
royale- La chose arrive encore au Caire, où Ton voit
fréquemment quelque épervier affamé guetter attenti-
vement, du haut de lencorbellement d'une terrasse,
rétalage d'un boulanger ou d'un boucher. La rue
reste-t-clle vide un moment, et Thonnête commerçant
en profite-t-il pour rentrer paisible dans son arrière-
boutique, qu'aussitôt loiseau fond comme une
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240 l'egypte au temps de^ pharaons
flèche . et remonte en toute hâte sur sa terrasse,
chargé d'une côtelette ou d'un petit pain, ainsi que
de mille malédictions de la part du volé.
Les anciens Égyptiens avaient une recette sûre
pour prévenir les larcins de cette sorte : <( Incantation
pour empêcher un milan de dérober. — Viens,
Horus, toi qui es épervier. Tu as été petit, tu es
grand. Tu as été faible, tu es fort. Tu vois ce milan ?
Fonds sur lui, déchire-le, arrache-lui les plumes ! —
Ces paroles doivent se dire sur des branches d'acacia
que Ton a couvertes de gâteaux, et certainement le
milan ne dérobera point. »
Parfois, les papyrus nous livrent de bien singulières
recettes. Nous possédons plusieurs incantations des-
tinées à assurer à celui qui les prononce l'amour de
celle qu'il aime, ou à rendre ardemment passionné
un mari trop négligent de ses devoirs. Rien de plus
simple et de plus naturel.
Ailleurs, ce sont de véritables envoûtements. Un
Égyptien a-t-il un ennemi, vite il prépare une petite
statuette de cire représentant cet ennemi, il la torture
à coups de stylet et, s'il prononce en même temps
quelques formules magiques bien choisies, il est cer-
tain que ces blessures seront ressenties de loin par celui
qu'il poursuit de sa haine. Cela encore se comprend
au besoin, et se comprenait surtout au moyen âge.
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MEDECINE ET SORCELLERIE 24I
Mais s'imaginerait-on, par exemple, que des Egyp-
tiens pouvaient avoir l'envie, vaguement fantasque,
de voir le disque solaire en plein minuit, que d'iïutres
se sentaient le besoin de faire venir les dieux auprès
d'eux afin de leur exposer personnellement leurs
désirs?
La chose existait pourtant, et des papyrus nous
décrivent longuement les moyens d'atteindre ce but.
Ces moyens, il fitut l'avouer, sont fort compliquéSt
mais le résultat espéré n'en valait-il pas bien la
peine ?
Lampes de cuivre, lézards coupés en morceaux,
garçons vierges encore, chevilles de bois de laurier,
huile de rosée, tout cela joue un rôle important dans
les opérations. Les paroles à prononcer sont terribles :
« O Bassin de feu, Ame des béliers, Taureau des
ténèbres, Esprit de la nuit! Ouvre moi! Oh! je suis
H. E, E; 1, 1, 1; Hî, Hî, Hî; Hô, Hô, Hô! Je suis
Anipô, Miripô, Ma! O Téhibô, Aroui, Wouv^ou,
lâhô !,„ ^
Les Pharaons disparus, les incantations n*en conti-
nuèrent pas moins à régner en Egypte. Seulement, les
divinités invoquées changèrent de nom. Nous trou-
vons, dans un papyrus médical copte, une bizarre
prière adressée aux anges OrieL Gabriel et Raphaél
— les Coptes étaient chrétiens — anges considérés^
V. Loft HT, L' Egypte. ^ l5
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242 l'Egypte au temps des pharaons
en cette occasion, non comme devant protéger les
humains contre les tentations mauvaises, mais bien
contre les maladies de peau, dartres, gale etgmttelle.
Le lecteur, je Tespère, n'a absolument rien com-
pris à toutes ces incantations égyptiennes. Qu'il s'en
console, cela ne prouve qu'une chose, c'est qu'elles
étaient efficaces. II est évident que, lorsque Ton
s'adresse à des êtres surnaturels, à des Hyènes mâles
et femelles, à des Dieux des douleurs, à des Péné-
trants et à des Destructeurs, on ne saurait décem-
ment leur parler le banal et intelligible langage des
simples mortels. Ces puissances malfaisantes ont une
langue à elles que connaissent les sorciers et qu'ils
veulent bien transcrire, pour le plus grand bonheur
de l'humanité, dans leurs papyrus médico-magiques.
D'ailleurs, parler ne suffisait pas. Il fallait accom-
pagner les paroles de gestes inusités dans la vie
ordinaire, les encadrer d'une mise en scène effroyable
qui pût rappeler les décors de l'autre monde.
En principe plus l'action magique est étrange,
plus les accessoires sont objets rares ou terrifiants, et
plus on a chance d'offrir aux divinités évoquées un
séjour qui leur soit agréablement connu. D'autre
part, moins une incantation est claire, moins elle se
rapproche de la langue des humains, et plus on a
d'espoir qu'elle sera comprise des Esprits et produira
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MHDECtWE ET SORGtLLERrB 245
sur eux tout TefiFet attendu* Aussi doit-on reconnaître
que, sous ce rapport, les nfiages d'Egypte ont admi-
rablement réussi à donner de l'incohérence à leurs
incantations* Car, pour traduire exactement ces
textes, nous sommes obligés, philologues à rebours,
de considérer comme mal interprété tout ce qui
pourrait conserver le moindre sens et présenter ia
moindre apparence de clarté.
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Nous connaissons maintenant la forme extérieure
que revêtait la sorcellerie égyptienne. Il nous reste à
montrer quel rôle jouaient les magiciens au temps des
pharaons.
Les magiciens ne flusaient pas régulièrement partie
du personnel des temples; certaines de leurs opéra-
tîons, il est vrai, les mettaient en contact avec les
divinités bonnes ou mauvaises, mais leurs rapports
avec les êtres supérieurs étaient plutôt scientifiques
— si l'on peut s'exprimer ainsi — que religieux. Les
magiciens étaient donc considérés comme des savants,
au même titre que les médecins, et ils étaient placés
avec ceux-ci sous la protection commune du dieu
des lettres, Thoth à tête d'ibis. Du reste, comme
nous lavons dit tout d'abord, magie et médecine
étaient sciences si voisines qu'elles étaient ordinaire*
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MEDBCENÉ ET SQRCELLëREE 245
ment l'apanage des mêmes individus. Les magiciens,
en compagnie des médecins, des astronomes, des
mathématiciens, formaient des corps savants qui
occupaient, dans les grandes villes d'ÉgyptCi des
locaux spéciaux^ avec logements, salles de réunion,
bibliothèques. C'est là qu'on lilhut les trouver lors-
qu'on en avait besoin, et mille détails de l'histoire
d'Egypte nous prouvent qu'ils étaient souvent appelés.
Aidant les prêtres dans certains cas, ils contri-
buaient à tout ce qui, dans les cérémonies religieuses,
avait pour but de frapper les esprits par des moyens
surnaturels. Certaines statues divines étaient de véri-
tables mannequins articulés, qui baissaient la tête,
remuaient les bras. Héron d'Alexandrie, qui certai-
nement dut tenir beaucoup de ses renseignements
des magiciens d'Egypte, se plaît à nous décrire la
manière de faire ouvrir d'elles-mêmes les portes d*un
temple, de faire s'élever graduellement de terre un
autel sur lequel on vient de déposer des offrandes, de
faire s agiter des figurines au moyen de la vapeur
d eau. Tout cela était œuvre de sorcellerie, et d'après
le peu qu'on en connaît, on peut facilement se rendre
compte des agencements compliqués d'un temple,
qui devait être aussi abondamment pourvu de trucs
que le sont nos théâtres de féeries.
Les statues îinimées, surtout, jouaient un rôle
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34^ l'ÈGVPTK au temps DK& PHARAONS
important. Nous avons vu Ramsès XI assemblant le
collège de ses magiciens et ceux-ci concentrant sur la
statue d'un seul dieu, Khonsou, les pouvoirs réunis
de tous les autres dieux de Thèbes, Dans bien des
textes, nous voyons une statue divine en tête-à-têle
avec le pharaon. Celui-ci pose des questions, la
statue répond en baissant la tête, parfois en levant les
bras.
Lorsque la princesse Hatasou, régente d'Egypte
sous la XVIIJ^ dynastie, fut à la veille d'entreprendre
une expédition en Arabie, elle alla conférer avec le
dieu Amon dans son sanctuaire de Karnak*. La statue
m anifesta un avis favorable et l'expédition eut lieu.
Grâce au concours divin, Hatasou revint victorieuse,
escortée de vaisseaux chargés de richesses de toute
sorte et» pour remercier le dieu qui Tavait protégée-
elle fit planter à son intention^ dans un parc divin,
des arbres d'Arabie qui devaient fournir tout Tencens
nécessaire aux temples de Tlièbes.
Une autre statue célèbre est celle de Memnon, qui
chantait tous les matins au lever de laurore. Le fait,
prouvé par mille inscriptions que gravèrent autour
du socle de la statue des voyageurs grecs et latins,
doit être considéré comme évident. Ici» ce n*est plus
i V. pp. 248-^49^
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RUINES DU TEMPLE DE i
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- *'jj??;
îçr
E K ARNAK A THEBES
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MÉDECINE ET SORCELLER[E 2^1
d'un dieu qu'il s'agit, maiç bien d*un des plus illustres
pharaons d'Egypte, Aménophis III. Des naturalistes
ont trouvé que la statue de Memnon est sculptée en
une pierre, le grès-brèclie, qui devait s écailler et se
déliter bruyamment sur toute sn surface aussitôt que
le soleil levant faisait évaporer rapidement la rosée
nocturne dont elle était enveloppée. Pourquoi, dans
ce cas, la statue qui faisait pendant à celle de Memnon,
laquelle était taillée dans la même matière et provenait
de la même carrière, ne chantait-elle pas également
tous les matins? Pourquoi les nombreux temples
bâtis en grès-brèche n 'exécutaient-ils pas, h chaque
lever de l'aurore, une immense et bizarre symphonie
ayant colonnes, piliers et architraves pour instru-
ments?
Des voyageurs, peut-être plus clairvoyants, ont
remarqué sur les genoux de la statue une sorte de
réduit où pouvait se cacher un homme, et en ont
conclu qu'un prêtre sy tenait pendant la nuit et
émerveillait le matin les curieux venus pour Ten-
tendre. Je suis bien porté à croire que la statue de
Memnon était en effet une statue adroitement agen-
cée, comme celle d'Amon-
Diodore nous apprend quen Ethiopie, colonie
égyptienne, les rois étaient élus de la manière sui-
vante. On faisait asseoir en cercle, dans une vaste
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253 l'egypte au temps des pharaons
salle, tous les personnages qui étaient jugés dignes
de monter sur le trône. Des prêtres promenaient sur
leur dos une statue d'Amon montée sur un pavois et la
faisaient passer successivement devant tous les compé-
titeurs. Aussitôt que le dieu était arrivé devant celui
que ses qualités appelai enta régner, ses bras de pierre
s'agitaient, son front s'abaissait, et tous les assistants
se prosternaient en adoration devant le nouveau roi.
Mais la scène de sorcellerie la plus frappante que
Ton connaisse dans l'histoire d'Egypte est certaine-
ment celle qui est relatée dans la Bible et qui nous
représente les savants du pharaon luttant de science
magique avec Moïse et Aaron,
<î L'Éternel parla à Moïse et à Aaron, disant :
^ Quand Pharaon vous parlera et vous dira de faire
<\ un miracle, alors Aaron prendra son bâton et le
« jettera devant Pharaon, et il deviendra un ser-
<s pent. s> Moïse donc et Aaron vinrent vers Pharaon
et firent comme TÉternel aviiit commandé* Et Aaron
jeta son bâton dev:mt Pharaon et devant sa cour, et
son bâton devint un serpent. Mais Pharaon fit venir
aussi des sages et des enchanteurs, et ces magiciens
d'Egypte firent la même chose par leurs sortilèges. Ils
jetèrent donc chacun leurs bâtons, et ils devinrent
des serpents; mais le bâton d'A:iron engloutît leurs
bâtons. »
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MEDECINE HT SORCELLERIE ^53
Et la lutte se poursuit. Pharaon ne veut pas laisser
partir le peuple hébreu. Chaque jour, Moïse et Aaron
accomplissent un nouveau prodige pour prouver îe
pouvoir de l'Éternel; chaque jour, les magiciens de
Pharaon reproduisent le même prodige afin de mon-
trer la supériorité des divinités égyptiennes.
Un jour, toutes les eaux de TEgypte prennent la
couleur du sang. Mares, canaux, lacs, tout devient
rouge et bourbeux. Les eaux des jarres et des fon-
taines sont imbuvables, et le Nil, ensanglanté, roule
des monceaux surnageants de poissons morts, dont
!a pourriture exhale une affreuse odeur.
Huit jours après, des grenouilies sortent de tous
les marais stagnants et montent sur le pays d'Egypte.
Les édifices en sont couverts jusqu'au sommet des
obélisques, les passants en trouvent partout sous
leurs pieds, et leur masse gluante vient déborder jus-
qu'à rintérieur des habitations, entrant dans les
meubles, se glissant sous les couvertures des lits.
Les magiciens d'Egypte, grâce aux conjurations
qu'ils trouvent indiquées dans leurs papyrus hiéra-
tiques, refont tous ces enchantements. Et le cœur de
Pharaon demeure endurci.
Des poux paraissent ensuite, puis les bestiaux sont
frappés d'une terrible maladie; les hommes se voient
couverts de pustules; une grêle violente détruit toutes
f
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254 l'Egypte au tkmps des pharaons
les plantations i des sauterelles envahissent le pays et,
rongeant tout sur leur passage, transforment les
champs en déserts; des ténèbres intenses couvrent ïe
royaume pendant trois jours. Les magiciens se dé-
clarent incapables d'imiter par eux*mêmes tous ces
prodiges, mais Pharaon résiste toujours et ne se rend
enfin aux vœux du peuple d'Israël que lorsque la mort,
qui a emporté tous les premiers-nés des Egyptiens,
vient atteindre dans son propre palais le jeune héri-
tier de la couronne.
Quelque authenticité que Ton croie pouvoir accor-
der au récit biblique, il n'en est pas moins pour nous
un témoignage, à ajouter aux autres, du rôle impor-
tant que jouait la sorcellerie aux époques pha-
raoniques*
La magie, après avoir traversé la période copte, est
encore florissante en Egypte plus qu'en aucun autre
pays d'Orient, et Thoth, dont les temples de granit
gisent effondrés au bord du Nil, n*en est pas moins
toujours considéré, par les diseurs de bonne aventure,
comme leur dieu invincible et immortel.
Quant à la médecine des Égyptiens — pour résu-
mer en dernier lieu la partie plus scientifique de cette
étude — je dirai qu'elle a laissé dans notre propre
médecine bien plus de traces qu'on serait porté à le
supposer.
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MEDECINE ET SORCELLERIE 255
Dès [es premières dynasties, des écoles de méde-
cine furent fondées en différents points du royaume.
Nous en connaissons quelques-unes.
A Saïs, dont !a déesse principale, Neithr était con-
sidérée comme une Athêna égyptienne, existait un
collège où des femmes instruites enseignaient leur
métier aux sages-femmes et donnaient aux médecins
des leçons de gynécologie.
A Héliopolis, où bien des savants grecs allèrent
puiser leur science, se trouvait une vaste école de
médecine, placée sous la protection du dieu solaire,
A MemphiSjle dieu Imhotep, Flmouthès des Grecs,
était regardé comme une sorte d'Esculape, et son
temple renfermait une bibliothèque médicale dont le
seul livre existant aujourd'hui est le Papyrus de Berlin
auquel j'ai plus haut fait quelques emprunts.
Il est certain que les premiers Grecs fréquentèrent
assidûment ces écoles égyptiennes lorsqu'Amasis,
sept siècles avant I ère chrétienne, ouvrit son pays
aux étrangers- Des ouvrages de ces écrivains, il ne
reste guère que des fragments, mais combien de pas-
sages d'Hippocrate, de Galien, de Dioscoride^ ne nous
donnent-ils pas la traduction presque littérale de
recettes que Ton peut lire dans les papyrus égyptiens.
Les noms hiéroglyphiques des plantes médicinales
étaient connus du monde grec^ et Dioscoride nous en
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256 l'EGYPTE au TtMP5 DES PHARAONS
cite près de trois cents, ainsi qu'Apulée, auteur de
VHerbarîum.
Que hi plupart des théories médicales des écrivains
classiques dérivent directement de la science égyp-
tienne, cela est évident pour moi, et le sera pour
tous quand paraîtra la traduction des trois traités de
médecine égyptiens que nous possédons-
Il serait trop long de suivre la médecine égypto-
grecque a travers les âges et de montrer ce que Ton
en a conservé aujourd'hui; mais il est permis d af-
firmer que, si Thoth est nominalement vénéré, en
tant que magicien, dans nos Oracles des Dames ^ il ne
Test pas moins, implicitement et inconsciemment, en
tant que médecin, dans bien des ouvrages de nos
docteurs contemporains»
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LA TOMBE
V. LoRBT, L'Egypte. I7
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LA TOMBE
Etudier les funérailles d'un Égyptien est peut-être
le meilleur moyen de se rendre compte de ce que
pouvait être sa vie. En effet, sa préoccupation con-
stante était de s'assurer le plus tôt possible une sépul-
ture toute prête pour le moment indéterminé de sa
mort, et Ton peut presque dire, sans être taxé d*exa-
gé ration, qu'aussitôt né il se préparait à mourir.
Arrivé à l'âge de raison — et Tage de raison arrive
vite, en Orient — tout Egyptien prenait sans perdre
un moment ses dispositions pour la construction de
sa tombe et songeait a la faire le plus durable pos-
sible.
A l'entrée d'une galerie des carrières de calcaire
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26o L*KGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
situées au sud du Caire, en face de i ancien ne Mem-
phis, et connues sous le nom de carrières de Tourah,
se trouve gravée sur une stèle l'inscription suivante :
« An premier, jour premier du règne du fils du Soleil ,
roi de la Haute et de la Basse-Egypte, le pharaon
Aménophis III. Le roi^ ayant trouvé les galeries en
ruine, en fit creuser une nouvelle afin d'en extraire
les blocs de calcaire destinés à la construction de
son temple funéraire* ^> Aménophis (El fut l'un des
plus puissants souverains de la XVIII' dynastie;
nous verrons plus loin ce que c'était qu'un temple
funéraire»
Ce qu'il importe de remarquer pour le moment,
c'est que, le jour même de son avènement, et peut-
être avant de s'occuper des affaires du pays, un roi
donnait déjà des ordres pour faire préparer son tom-
beau. Il est certain, d'autre paît, qu'on y travaillait
jusqu'à la fin de sa vie* Or, en fait, Aménophis III
régna au moins trente-six ans, et son hypogée,
retrouvé au commencement du siècle par la Commis-
sion d'Egypte, et dans lequel j ai eu l'occasion, pour
en relever les légendes, de passer deux ou trois
semaines, est l'un des plus considérables que Ton
connaisse. La stèle de Tourah nous apprend quMl fut
commencé en l'an premier du roi; trente-six ans
après, à Tépoque de la mort d'Aménophis III, les
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LA TOMBE 261
ouvriers étaient encore à Tœuvre et durent mêmei
lorsque la momie royale fut prête à être ensevelie,
abandonner le tombeau sans l'avoir complètement
terminé, car on y trouve une salle à peine commencée,
dont un pilier seulement sur quatre a été achevé et
dont les autres adhèrent encore en partie au corps de
la montagne.
Dans ces conditions, on comprend que la seule vue
d'une tombe égyptienne nous permette d'établir faci-
lement, a priori f non pas peut-être l'importance du
personnage qui y était enseveli, mais du moins la
longueur probable de son existence. Plus longue
était sa vie, plus considérable et plus richement orné
était son caveau funèbre. Les dispositions d'une sépul-
ture égyptienne étaient combinées de telle sorte que
la partie principale et absolument indispensable devait
en être prête relativement vite. On pouvait ensuite
l'embellir, Tagrandir, la développer indéfiniment, et
îa durée des travaux qu on y faisait n'avait d'autres
limites que la durée de la vie du personnage qui
devait l'occuper.
Si un roi venait à mourir quelques mois après
son avènement, sa tombe, quoique bien peu décorée
encore, était néanmoins déjà en état de le recevoir.
Si au contraire il vivait de longues années, son tom-
beau, tout en n'ayant théoriquement que les par-
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202 i/eGYPTE au temps DES PHARAONS
ties constitutives de la tombe la plus simple, n*en
était que plus soigné et plus riche en annexes de
toutes sortes. C'est d'après ce principe que les pyra-
mides funéraires étaient construites non pas par
couches horizontales, comme Hérodote le laisse sup-
poser, mais par un noyau pyramidal central qui allait
s'ékrgissant de jour en jour par des revêtements suc-
cessifs, ce q u i penn ettai t d achever rapide me nt l'édifice ,
une fois arrivée la mort du roî. Les trots pyramides
de Glzéh témoignent, par leurs dimensions diffé- |
rentes, de la longueur différente des règnes des rois
qui les firent construire. Le règne de Chéops eut plus
de deux fois la durée de celui de Mycérinus, sa pyra-
mide a plus de deux fois la hauteur de celle de son
descendant.
L'inspection rapide d*une tombe royale peut donc,
dans nos recherches chronologiques, nous donner sur
le règne probable du pharaon à qui elle apparte-
nait, des renseignements que l'on n'est pas tou-
jours sûr de rencontrer dans les documents histo-
riques proprement dits, et l'on pourrait presque ainsi
calculer mathématiquement, d'après le nombre de
mètres cubes de pierres creusés dans la montagne ou
élevés dans l'espace, le nombre d'années* qu'il vécut.
Ce que les rois faisaient, les grands fonctionnaires
de la cour et les riches particuliers du royaume
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I
1
VALLEE FUNERAIKE DE;
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Ëï> ROtS DE THFBES
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LA TOMBE 267
devaient le faire également. La préparation de leur
tombe devenait de bonne heure la principale occu-
pation de leur vie, et J'idée de la mort se trouvait
ainsi sans cesse devant leurs yeux, 11 est probable
qu'un homme prévoyant — et riche surtout- car les
riches seuls pouvaient prendre si grand soin de leur
future momie — allait voir tous les huit ou quinze
jours où en étaient les travaux de sa tombe.
11 activait les ouvriers, discutait avec les architectes,
choisissait les modèles de décoration pour les soubas-
sements et les plafonds, indiquait, au fur et à mesure
qu'ils se présentaient, les différents événements de sa
vie qu'il désirait voir représenter spécialement sur les
parois de sa dernière demeure. Entre temps, il allait po-
ser chez le sculpteur chargé de modeler ses traits et de
les reproduire ensuite sur le plus grand nombre possi-
ble de statues ; il faisait venir de loin, h grands frais,
le granit qui devait servir à son sarcophage, et en fai-
sait prendre sur lui les dimensions exactes. En un
mot, il se donnait toute sa vie durant, pour faire
construire sa tombe, le souci que se donne de nos
jours un bourgeois qui se fait bâtir une maison de
campagne, avec cette différence qu'une maison de
campagne est nécessairement terminée au bout d'un
espace quelconque de temps, quelle que soit d'ailleurs
ta lenteur des entrepreneurs, tandis qu'une tombe
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268 L*éGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
égyptienne n'avait aucune raison d*être considérée
comme achevée avant la mort de son propriétaire.
L'idée de la tombe, qui devenait une nécessité jour-
nalière de sa vie, n'effrayait nullement l'Égyptien.
Bien hewreux même qu'il ne pût pas, de son vivant,
se faire préparer sa momie. Et encore il pouvait le
faire, et le faisait, jusqu'à un certain point. Parmi les
trois classes de momification que Ton connaissait, il
pouvait choisir, sur un catalogue ad hoc présenté par
l'embaumeur — et fort scrupuleusement détaillé, s'il
faut en croire les quelques fragments qui nous en
restent — la classe spéciale qu'il désirait.
Il pouvait faire le pèlerinage de Sais et en rap-
porter des bandelettes tissées par les Recluses de
Neith, bandelettes très recherchées des Égyptiens et
qui assuraient, paraît-il, aux momies qui avaient le
bonheur d'en être revêtues, des avantages inappré-
ciables dans l'autre monde, celui entre autres d'y
être introduites et recommandées par Neith en per-
sonne. Il pouvait faire prendre sur lui-même l'em-
preinte du masque de carton qui devait plus tard
s'appliquer sur sa face momifiée et, après avoir été
convenablement enluminé et muni d'yeux de cristal,
donner à son cadavre toute l'apparence de la vie.
Nous aussi, quand nous pouvons en avoir, nous
prenons grand soin de nos caveaux de famille, mais
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LA TOMBE afigj
ce sont des caveaux de famiîle, et notre place n'y est
pas spécialement désignée au milieu des niches inoc-
cupées encore. Les Égyptiens n'avaient pas de caveaux
de famille; leurs tombes, pour grandes qu'elles fussent,
leur étaient absolument personnelles, et l'habitude
de s acheter soi-même son cercueil, qui nous ferait
aujourd'hui passer pour des originaux, leur semblait
au contraire la chose la plus naturelle du monde, et
n'était chez eux qu'une preuve d'ordre et de sage
prévoyance.
S* il s'occupait avec tant de soin de son tombeau,
rÉgyptien d'autre part négligeait fort sa maison, ou
du moins ne cherchait à la rendre ni solide ni durable.
Les riches maisons égyptiennes, telles que nous les
représentent les peintures de l'Ancien empire, étaient
construites en briques et même quelquefois en bois.
Ce n étaient guère que de légers kiosques, ombragés
le plus soigneusement possible sous les arbres d'un
grand parc dont la fraîcheur était encore augmentée
par des ruisseaux d'eaux courantes et des bassins,
où nageaient des poissons, des cygnes, des pélicans,
des canards aux vives couleurs, et sur le bord desquels
se jouaient des hérons et des ibis — non sacrés.
Quant aux demeures des pauvres, c'étaient proba-
blement, comme celles des fellahs modernes, des
huttes grossières bâties en boue, et qu'emportait
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^7** l'Egypte au temi^s des pharaons
régulièrement chaque inondation un peu forte. Que
sa maison subsistât après sa mort et pût appartenir
longtemps à safamiiïe, peu importait à un Egyptien.
L*essentiel pour lui était que sa tombe fût éternelle
autant que possible, et il y employait consciencieu-
sement tous ses soins. Son désir le plus vif était de
se survivre h lui-même et de laisser trace de son
passage sur la terre. Croyez bien qu'il ny avait pas
là seulement une question de vanité. D'autres idées
venaient s'y mêler, des raisons administratives d*une
part, d'autre part surtout des motifs religieux.
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It
L'Égyptien n'avait pas d ctat civil officiel. Aucun
diplôme, aucune publication ministérielle ne pouvait
nippe 1er ses titres et ses services à la postérité* Aussi
lui-même se chargeai t-il de la chose. Sur les diffé-
rents panneaux de son tombeau, il se faisait repré-
senter, peint ou sculpté, quelquefois peint et sculpté,
accompagné de tous les membres de sa famille,
ascendants ou descendants. Chacun de ces person-
nages avait son portrait ressemblant et portait, à côté
de lui, son nom, Tindication de son degré de parenté
avec le défunt, et Ténumération complète de toutes
ses dignités successives. Le défunt, pour sa part, se
faisait modestement représenter d'une taille cinq ou
six fois plus grande que celle des autres membres de
sa famille. Ce nest pas qu'il fût nécessairement un
géant ; c était une manière symbolique de montrer
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272 l'Egypte au temps des pharaons
qu'iJ était le principal personnage de la tombe, que
lui-même en avait ordonné les détails, et qu'il en
était le légitime possesseur. Je me souviens d'avoir vu,
au Musée de Boulaq, la stèle funèbre d'un ancien roi
thébaîn, lequel, ayant probablement quelque raison
pour négliger sa famille, s^ contenta de se faire
représenter avec ses quatre chiens, grands lévriers
d'Afrique portant, eux aussi, chacun son nom au*
dessus de sa tête. Telle dame de la XVIU* dynastie^
Taïa, chanteuse d'Hathôr, a fait peindre auprès d'eJle
le portrait de son singe favori, cynocéphale vert
d'Ethiopie, lequel est attaché par les reins k la chaise
de sa maîtresse et gambade follement au milieu d'une
jonchée de fleurs de lotus bleus.
Outre le besoin d'établir rigoureusement leur arbre
généalogique ou de rappeler à leurs descendants
l'image des êtres qui leur avaient été chers, les Égyp-
tiens visaient encore un autre but en couvrant de
légendes les murailles de leurs tombes. Ils tenaient à y
faire graver eux-mêmes leur biographie. La plupart des
documents historiques non royaux que nous possé-
dons sont des autobiographies funéraires. Le défunt
y énumérait avec complaisance toutes ses fonctions,
commençant par Tâge le plus tendre, celui où il
n*était encore que tresseur de guirlandes, c'est*a*dire
page à la cour, pour fmir par les emplois les plus
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LATOMBE 375
élevés de ïa hiérarchie pharaonique. Toutes les mis-
sions dont le roi Ta honoré, toutes les campagnes
qu'il a conduites y sont minutieusement détaillées.
En régie généralej tout Egyptien se trouve avoir
infiniment mieux fait que n'ont fait ses prédécesseurs,
et même, annonce-t-il souvent à i*avance, que ne
feront ses successeurs, La modestie n'est pas le faible
de ces autobiographes. Ouna, par exemple, qui fut
revêtu de hautes dignités à [a cour de plusieurs rois
de TAncien empire, est chargé par le roi Téta d'aller
lui chercher, aux carrières de granit de Phil^, les
blocs destinés a sa pyramide royale. Il devait en rap-
porter également la stèle, les linteaux, les piliers, les
seuils destinés a la décoration de la chambre funèbre.
<c Je revins^>, fait écrire Ouna dans sa biographie,
après avoir décrit longuement les péripéties de sa
mission, « je revins, et Sa Majesté me félicita hau-
tement de mon œuvre, son cœur en tressaillit de
joie, et elle déclara que jamais chose pareille n'avait
été accomplie en Egypte depuis les temps les plus
reculés*» Ouna est chargé de la sorte de plusieurs
autres missions, celle entre autres de refouler les
nomades qui attaquaient la frontière septentrionale
de rÉgypte, et chaque fois qu'il revient, Sa Majesté
lui déclare invariablement^ dit-il, que «jamais chose
pareille n'avait été accomplie en Egypte depuis les
V, LoiiET, L'BgypttH jS
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274 l'Egypte au temps des pharaons
temps les plus reculés ?*. Tel maître de chapelle du
temple d'Osiris à Abydos nous apprend en deux
lignes, sur sa stèle, que tous ses prédécesseurs
n'étaient que de purs ignorants et que sans lui la
musique religieuse courait grand risque de dépérir
pitoyablement. Et partout on retrouve dans les tombes
la naïve expression de cette excellente opinion de
soi-même.
Laisser un souvenir, et un souvenir flatteur sur-
tout, c'était bien- C'était mieux encore, et plus pru-
dent, d'être certain de se retrouver intact dans l'autre
vie. De là, principalement , le soin et la sollicitude
apportés à la préparation des momies et à la con-
struction des demeures qui devaient les abriter.
L'Egyptien ne mourait pas entièrement à la terre; il
y laissait une partie de lui-même. L'être humain est
composé pour nous d'une âme et d'un corps; Vàme
égyptienne, prise séparément, avait en quelque sorte
à son tour un corps et une âme. Elle se composait de
deux parties : lame proprement dite, nommée ba^
qui s'envolait dans l'autre monde, sous forme d'oi-
seau, aussitôt après la mort, et une seconde âme plus
matérielle, intermédiaire entre la première et le corps,
servant d'enveloppe au èiî, et qu'on nommait A^, c'est-
à-dire k double. Ce double avait exactement la torme
du corps, auquel il se combinait intimement, qu'il
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pénétrait dans toutes ses parties, et dont il ne différait
que parce qu'il était immatériel et transparent. La mo-
mie, au soleil couchant du jour de Tenterrement, allait
dans Tautre monde retrouver son âmei la première ,
le ba. Le double, lui, restait au tombeau, l'habitait,
en faisait sa demeure, et c*était à lui que s'adressaient
les offrandes et les prières des parents et des amis du
défunt. Mais le double ne peut subsister de lui-même.
Habitué qu'il est a vivre dans un corps humain, il lui
faut un support pour qu'il puisse vivre dans le tom-
beau.
De là les statues que le défunt se faisait faire de
son vivant, le plus ressemblantes possible, afin que
le double y retrouvât le souvenir de son ancien
domicile et pijt en remplir exactement tous les replis.
Faute d'un corps de chair, le double, enfermé dans la
tombe, se contentait d'un corps de pierre. Quelque-
fois, on lui donnait même trois, quatre statues, et
plus, afin qu'il eiit le choix, qu'il pût habiter celle qui
lui convenait le mieux, et que, si quelque accident
survenait à lune d'entre elles, il en eût d'autres où se
réfugier.
L*Égyptien poursuivait donc un double but reli-
gieux en s'occupant d'une manière si active et si
constante de la bonne exécution de son tombeau :
d'abord, préserver sa momie, qui devait ressusciter,
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2j6 l'Egypte au temps des pharaons
ensuite donnera son double, qui devait le représenter
sur terre, une demeure confortai ble» La momie avait
sa chambre à part, dans laquelle elle était murée
pour toujours, couchée dans un triple cercueil, lequel
était à son tour enfermé dans un sarcophage de
granit.
Aussi, ne saurait-on trop admirer Textréme état
de conservation des riches momies qui nous sont
parvenues* Lorsqu'il arrive parfois qu'on découvre
une tombe ayant échappé aux recherches des voleurs
antiques — ou des égyptologues modernes — on ■
est certain de la retrouver exactement dans le même
état où elle était lorsqu'elle fut fermée, eùt-e!Ie quatre
ou cinq mille ans d'existence. Les couleurs y parais-
sent appliquées d'hier, les offrandes funèbres, à part
leur état de dessiccation, sont demeurées intactes, les
jarres ont encore la boue moite déposée par l'eau
qu'elles contenaient, les fleurs ont à peine perdu leurs
couleurs et quelquefois le sable a conservé pieuse-
ment l'empreinte des pas du dernier assistant, prêtre
ou parent, qui quitta la tombe.
Quant à la momie elle-même, je crois qu'un
embaumeur, qui eût eu Tidée sacrilège de rouvrir
un sépulcre après l'avoir fermé, l'eût trouvée abso-
lument telle que nous la retrouvons aujourd'hui,
il m'est arrivé de démailloter plusieurs momies; les
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LA TOMBE 377
chairs en étaient encore souples, et les gommes
antiseptiques dont on les recouvrait étaient encore
visqueuses. Un des plus grands conquérants de la dix-
huitième dynastie, Touthmès III, trouva le moyen j
plus de trois mille ans après sa mort, d'offrir aux bo-
tanistes 1 occasion d'une intéressante conquête. Sa
momie, développée et exposée quelque temps il Tair
au Musée de Boulaq, renfermait encore assez de sucs
nourriciers pour donner naissance à une espèce de
champignon, nouveau venu dans la science, qui cou-
vrit bientôt tout le corps et auquel M. G* Schwein-
furthj chargé de le baptiser, accorda l'épithète extrê-
mement méritée de pharaonkus.
Si la momie égyptienne était entourée de tant de
soins, c*est qu'elle devait ressusciter dans Tautre
monde et y reprendre possession de son âm^ envo-
lée à lavance- Or, dans Tidée des Egyptiens, une
momie qui eût eu, par exemple, un bras cassé pen-
dant l'opération si délicate de la momification et de
remmaillotement, se fût retrouvée dansTautre monde
avec un bras cassé. Partant de ce principe, un de nos
spirituels et satiriques écrivains du siècle dernier a
pu faire cette remarque qu'un Égyptien, étant privé
de sa cervelle pendant J/embaumement, ressuscitait
nécessairement sans cervelle, privation qui devait le
gêner sensiblement. Les embaumeurs avaient prévu
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27^ l'Egypte au temps des PHARAOïis
le cas. Aussi y aux quatre coins du sarcophage se
trouvaient quîitre vases dans lesquels toutes les par-
ties que Ton enlevait du cndavre avant de le momi-
fier étaient enfermées séparément ; le cœurd^un côte,
de l'autre le poumon et le foie, les gros intestins
d^autre part, enfin, la cervelle. Chacun de ces vases
était placé sous la protection d'une déesse parti-
culière et portait une inscription par laquelle la divi-
nité s'engageait à en avoir le plus grand soin* La*
réunion de toutes ces parties embaumées à part
s'opérait d'elle-même au jour de la résurrection,
Le double, qui demeurait éternellement sur terre,
avait besoin de soins d autre nature. Nous avons vu
que les statues placées dans le tombeau lui permet-
taient de trouver un support, sans lequel il n'eût pu
vivre. Mais il fallait encore le nourrir, car il mangeait,
le récréer, lui adresser des hommages. Seulement,
comme le double est immatérieL il se contentait
facilement d'aliments, de distractions et d'hommages
immatériels. Le tout était peint sur les parois du
tombeau, et ces peintures d objets suffisaient à ce
pâle reflet d'être humain.
On lui faisait pourtant, en certaines occasions, des
offrandes plus réelles, le jour de l'enterrement par
exemple, et à certaines fêtes anniversaires qui reve-
naient huit ou dix fois par an. Peut-être quelque
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VAlnl-Eti l-'AiWe^i
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^P.S RHIMES r>E THÈSES
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LA TOMBE 283
sceptique pourrait-il objecter que les gardiens de la
nécropole profitaient, plus que le double, de ces
offrandes tangibles; peu importe, l'intention y était.
Tout riche Égyptien avait même, de son vivant, la
sage précaution, en cas de négligence ou de trop
grande parcimonie de sa famille, de spécifier par
testament ceux de ses domaines dont les revenus
devaient être spécialement consacrés à ces offrandes
funèbres. Ces domaines, sous la forme symbolique
de femmes chargées de présents, étaient peints sur
les murailles du tombeau, avec leur nom et le genre
de produits que chacun d'eux devait fournir.
Mais, pendant les intervalles qui séparaient les
fêtes anniversaires, le double se nourrissait seulement
de la représentation des offrandes. Par exemple,
dans ce cas, les héritiers n'étaient pas regardants.
Des monceaux d'offrandes de toutes sortes s'accu-
mulaient sur les parois des hypogées et, non content
de les représenter, on en énumérait longuement la
nature et la quantité. Quelques tombes en ont un
nombre si considérable que, tout entières, elles
n'eussent certainement pas suffi à les contenir si on
eût dû les offrir autrement qu'en peinture.
Pour honorer le double, on lui faisait graver de
longues et sonores hymnes hiéroglyphiques qu'il
pouvait lire et relire pendant ses éternels loisirs, et
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284 l'egypte au temps dès pharaons
des ouvertures étroites» pratiquées dans la muraille
qui séparait la chambre des statues funèbres de la
saiie de réception, permettaient à la fumée des encen-
soirs de parvenir jusqu'à lui. De chaque côté de ces
sortes d*en lai Iles étaient représentés des personnages
faisant brûler de Tencens, et, quand on ne Tencen-
sait pas réellement, le double pouvait se contenter
de cet encensement imaginaire. Pour le distraire, on
lui offrait rimnge des plaisirs nombreux et variés
qu'aimait le défunt pendant sa vie,
M. A, Mariette avait fait copier, pour l'Exposition
de 1878, une douzaine de tableaux de ce genre dans
les tombes memphites de Tépoque la plus reculée.
Ces tableoux^ acquis depuis par M. E, Guîmet, et
dont la plupart sont inédits, se trouvent aujourd'hui
à Parts^ après avoir séjourné assez longtejnps à
Lyon* 11 me suffira de le-s décrire brièvement pour
montrer quelles étaient les distractions du double,
et, par la même occasion, celles des Egyptiens de
l'Ancien empire*
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III
]. — Intérieur d'une basse-cour contenant des
oiseaux de toute espèce, canards » oies, pigeons, grues
cendrées. Quelques garçons de ferme préparent la
pâtée dans de grands plats et la roulent en boulettes
entre leurs mains. Les canards, enfermés dans une
volière au centre de laquelle s étale une mare, pico-
rent en toute liberté les grains qu'on leur a jetés à
terre. Quelques oies, destinées à être servies dans de
prochains repas, sont Tobjet de soins plus marqués
et plus intéressés. Des gens leur tiennent le bec grand
ouvert tty poussent la nourriture du doigt. Puis, on
les laisse h leurs plaisirs, La légende inscrite au-des-
sus de cette dernière scène est ainsi conçue : « Pro-
menade des oies après qu*on les a gavées. ^>
IL — Au sommet, des montreurs de bêtes et des
saltimbanques. Ceux-ci, par groupes de deux, quatre
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2$6 l/ÉGYPTE AU TRMPS DES PHARAONS
OU cinq, exécutent plusieurs tours soigneusement
décrits en hiéroglyphes. D'autres amènent divers ani-
maux, hyènes et chacals suivis de leurs petits,
gazelleSj Jièvres et hérissons enfermés dans des cages.
Quatre hommes tirent deux lourds traîneaux portant,
emprisonnés derrière de solides barreaux, Tun un
tigre, l'autre un lion.
Au-dessous, scènes de batailles entre bateliers.
Sept ou huit barques de papyrus, montées chacune
par trots hommes et chargées de provisions, veaux,
canards, oignons, couffes et bourriches de figues, se
sont rencontrées sur un canal étroit. Les matelots en
viennent aux coups et se frappent de leurs longues
gaffes; Fun d'entre eux, jeté par-dessus bords, a
toutes les peines du monde à se retenir à la jambe
d'un de ses compagnons. La scène est semée d'in-
jures hiéroglyphiques dont quelques-unes auraient,
par respect pour le public, bon besoin d'être traduites
en latin : « Montre-lui la vigueur de ton bras ! —
Eh ! je m'en donne à cœur joie! — Pile-le moi bien !
— Enlevez-le ! — Viens ici, toi 1 — Viens-y donc toi-
même ! -^ Faites-lui faire un plongeon! etc., etc, n
Pendant la batï^ille, poissons et anguilles nagent
sous les bateaux. Une grenouille, perchée sur un
bouton de nénuphar blanc, regarde philosophique-
ment la iuttCt
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LA TOMBE 287
Au bas, scènes moins belliqueuses. Des instrumen-
tistes sont occupés à faire danser des aimées. Harpes
à sept et huit cordes, flûte oblique, double flûte
droite, tels sont leurs instruments. Les danseuses,
les bras levés gracieusement au-dessus de la tête,
sont coiffées de perruques bleues et vêtues de robes
d'étoffes transparentes. Leur poitrine nue est enve-
loppée d'une longue écharpe rose qui, après s'être
croisée sur la gorge, s'enroule en ceinture autour de
la taille, et retombe sur le côté attachée en cocarde.
Leur cou, entièrement dégagé, porte un ruban rose
fermé d'un nœud tombant sur 1 épaule droite.
III. — Des Égyptiens, armés d'arcs et aidés de
grands lévriers, sont en chasse dans les terrains
sablonneux qui longent les champs vers la montagne.
Bœufs sauvages, gazelles, antilopes, renards, lièvres,
lions et léopards sont frappés de leurs traits. Derrière
un buisson, un jeune hérisson se cache, en train de
manger tranquillement un lézard qu'il vient d'at-
traper.
Au-dessous, pêche et chasse au marais. Des
oiseaux aquatiques sont pris dans de vastes filets
cachés sous les feuilles d'iris et de glaïeul. Des
pêcheurs posent et relèvent des nasses. Les poissons
pris sont emportés dans des coufifes, et les oiseaux
enfermés dans des cages. Dialogue entre les pêcheurs:
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288 L 'EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
« Relève !a nasse ! — Tire bien ! — Ne la lâche plus
cette fois ! — Mais rame donc, toi ! — Eh! je rame
de toutes mes forces ! etc., etc. )>
IV. — Le défunt, monté sur un bateau de papyrus,
assiste à une chasse à Thippopotame. Un de ces
amphibies est amené au moyen d'une longue corde
à laquelle est fixé un énorme hameçon qui s'est
accroché dans sa gueule. Des gens s'apprêtent à le
recevoir à coups de harpons. Plus loin^ un autre se
sauve avec un crocodile entre l^s dents.
Dans les hautes touffes de papyrus quï bordent la
rivej se passent des scènes presque aussi tumul-
tueuses. Des canards, des ibis à tête noire, des mar-
tins-pÉcheurs ont établi leurs nids, les croyant en
sûreté, dans les ombelles des papyrus. Les petits
viennent d'éclore. Mais trois ichneumons, race sour-
noise, grimpent le long des tiges triangulaires, len-
tement, sans se déranger, certains d'être vainqueurs.
Les oiseaux, effarouchés, s'envolent de tous côtés.
Deux martins-pêcheurs, plus braves, fondent sur les
ichneumons, mais ceux-ci ont déjà saisi quelques
oisillons et les pressent à les étouffer entre leurs
pattes.
V. — Travaux de menuiserie et de charpenterie-
Des ouvriers confectionnent des lances, des lits, des'
coffres. D'autres abattent des arbres et en fabriquent
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LA TOMBE 289
des barques. Plus loin» on dégrossit des madriers au
moyen de haches et de doloires. Des mortaises sont
pratiquées au moyen de ciseaux à froid, des trous
percés a Taide du vilebrequin à archet déjà connu à
ces époques reculées. Deux ouvriers équarrissent une
pièce de cèdre sur laquelle ils sont assis à califour-
chon. D'autres travaillent le boisd'ébène.
Enfin, des peaussiers préparent des outres, des
cordiers tressent des câbles, des poissons sont éven-
très, salés, et mis à sécher*
VI. — Scènes champêtres. Des moissonneurs cou-
pent le blé; l'un d'eux se repose en mangeant les
grains d'un épi, un autre se rafraîchit à Teau d*une
gargoulette, sa faucille sous le bras. Les gerbes sont
entassées, puis chargées sur des ânes, dans de grands
filets. Les baudets semblent se montrer hissez rétifs,
on les tient par la tête, par les jambes, et l'un d'eux^
pour ne s'être pas laissé docilement charger, se voit
rouer de coups à l'écart.
Plus loin, des femmes réunissent les graines en
tas, pendant que des hommes* à l'aide de fourches en
boîSj élèvent des meules de chaume.
Des bœufs traversent a gué un cours d*eau. Des
serviteurs emportent sur leur dos des bottes de
papyrus. On laboure, on trait les vaches.
VIL — Dessculpteurs taillentdesstatues funèbres.
V. LoRflT, L'Ëgfypte, f^
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2t}u l'Egypte ai; temps des phakaoks
On les place sur des traîneaux et, tandis que de nom-
breux porteurs les tirent au tombeau> qu'un person-
nage verse de l'eau pour durcir la route, des prêtres
font des libations et des encensements. Ce tabîeau
était peint sur la paroi séparant la chapelle extérieure
du couloir où étaient murées les statues funèbres.
On remarque à droite une étroite ouverture faisanl
communiquer ïes deux pièces, et par laquelle pas-
saient les prières et les fumées d'encens.
Vllli — Flottille composée de toutes les variétés
de bateaux connus des Egyptiens, depuis la légère
barque de papyrus jusqu'au lourd navire destiné h
affronter la mer. On %oit les bateaux employés è
transporter les voyageurs, ceux qu'on ne cbnrge qu^
de denrées et de bestiaux. La voile triangulaire, h
seule en usage aujourd'l.ui en Egypte, n'était pa;
connue dans l'antiquité. Les Égyptiens ne seservaiem
que de grandes voiles quadrangulaires, A l'arrière se
trouvait, comme dans les dahabiéhs modernes, une
cabine couverte, sur le toit de laquelle se tenait k
timonier.
IX. — ' Un personnage nettoie des jarres, un autre j
verse un liquide. Légende : ^ Empïir [les vases de"
bière. » — Un homme et une femme portent dassei
gros blocs. Légende ; i^ Ctst de la bonne pâte. » —
Deux hommes se lavent les mains dans un bassir
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LA TOMBK 291
posé en équilibre sur une pièce de boîs surmontée
d'un grand vase de terre. Légende : « Ils se lavent
(les mains). >> ^ Un homme et une femme font delà
boulangerie. Légende; « Eïle pétrit I:i pâte. Il forme
un gâteau. ^ — Un homme modèie un pain de forme
spéciale dont le nom, écrit au-dessus, se dit ment.
— Deux hommes et une femme pilent dans un haut
mortier. Légende : vc Piler les grains de blé, » — Un
homme recueille la farine. Deux femmes la mélan-
gent a de Teau. Un homme brasse la pâte. Légendes :
<i Tourne pour le mieux. Cestle moment de mon*
trer de la force ! »
' Des gens se lavent les mains, pendant qu*un aide
parfume leau en y versant une essence. Un scribe
assiste à Topération, sa palette sous le bras et ses
deux calâmes à l'oreille. Légendes : <i Ils se lavent (les
mains). 11 verse du parfum. ^ — ^ Un homme verse
un liquide dans des jarres. Un autre bouche les
jarres pleines au moyen d'un grand tampon dW-
gîle. Un troisième marque sur les vases fermés l'em-
preinte d'un sceau. Légendes : ^ Emplir les jarres.
Boucher les jarres. Sceller- »
Un personnage empile des pains en forme de
cônes tronqués; un second les surveille. Légendes ;
<i Voici des pains, surveille-les, c'est pour ta bouche. ^>
Un personnage verse de la farine dans un vase. Un
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n
2ga l'ëgypte au temps des pharaons
autre brasse de la pâte. Un troisième apporte des
pains déjà formés et ïes dispose sur une longue
planche. Légendes : <( Verser la farine. Brasser. » —
Un homme agenouillé modèle un grand pain pbt
arrondi. Légendes : « Il prépare un pdin patan, )^ —
Un personnage nettoie Tintérieur d'une grande jarre.
Un autre aplatit une feuille de pâte. Légende efifacée
en partie.
Un scribe enregistre les pains enfermés dans trois
huches disposées devant lui. Légende : « Huches de la
maison, emplies de biens pour chaque jour du mois. »
— Derrière le scribe, deux hommes, sur deux petits re-
gistres superposés, pétrissent delà pâte et en forment
des pains arrondis. Légende : « Pétrir la pâte. Arron-
dir la pâte. » — - Deux personnages pilent le grain
dans des mortiers de pierre, au moyen de longs pi-
lons. Au-dessus de leur tête, le mot « piler » ; auprès
de chacun d'eux est écrite la phrase qu'ils se renvoient
à tour de rôle pour lever et baisser leurs pilons en
mesure : Harek — Nukar, « A toi ! — Voici ! »
Un personnage empile des moules à pâtisserie qu'un
autre surveille. Légendes : « Compter les moules.
Tourner les moules.» — Quatre personnages, accom-
pagnés d*un petit enfant nu, préparent la pâte, la
brassent, la versent dans des moules coniques. Lé-
gendes: « Verser la farine. Mettre la levure. Mouler.
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LA TOMBE 29^
Essayer la consistance de la pâte, >> — Puis vient
la répétition des mêmes scènes.
Un bœuf vient d être égorgé ; on lui coupe une
patte. Un personnage emporte une terrine de sang.
Légende détruite en partie. — - Même scène sans lé-
gende* — Même scène. Légende : <i Cest sa cuisse,
Eile vaut mieux que son épaule. Tiens ferme, garçon ! »
— Même scène. Un homme donne sa main à sentir à
son compagnon, disant : « CVst du sang, ^ Celui-ci
répond : ^ Il est pur. >^ ^
Un tableau secondaire, divisé en quatre registres,
vient entamer le tableau principal. Des porteurs i'of-
frandes y sont représentés, — Des serviteurs appor-
tent des tables chargées d'oies, de pains, de raisins,
de viandes, de salades. — Des serviteurs s'avancent,
amenant des gazelles en laisse et portant, sur leurs
ëpaulesj des pains, des corbeilles de figues, des oies,
des Sîïlades, des oiseaux vivants, ainsi que des fleurs
de lotus et des tiges de papyrus, — Serviteurs char-
gés d'oiseau Xt de vases à libations, de papyrus, de
nénuphars, L'un d'eux conduit un bœuf. — Quatre
domaines du défunt, symbolisés par des femmes
chargées de présents. Le défunt se nommait Ti ; les
noms des domaines sont formés de son nom : «c Sy*
comorc de Ti, Menthe de Ti, Fondrière de TiXhamp
de Ti. »
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294 t*ÉGV'PTE AU TEMPS DES PHARAONS
X, XI et XIL — Le défunt parcourt ses voHères^ ses
étables. Chaque animal porte au-dessus de lui le nom-
bre de têtes de la même espèce que possédait !e pro-
priétaire du tombeau. Parmi les oiseaux est repré-
senté un grand cygne blanc , marqué du chiffre 1225,
Un troupeau de bœufs traverse un gué. Un veau,
que sa taille exiguë aurait fait disparaître sous leau.
est porté sur les épaules d'un bouvier. Un camarade
rinterpelle : « Eh vieux ! Quelle ardeur ! » A quoi
Tautre répond : <^ Cest un veau à la mamelle. »
Scènes de marché* Les gens échangent différents
produits. L'un apporte de la liqueur et reçoit une paire
de sandales» Une femme achète des concombres et les
paie en poissons. Pour quelques mesures de blé, un
marchand obtient â^^ éventails, des colliers de perles.
Un boutiquier prend son repas; il mange un oignon
pendiint que son aide lui présente une tasse d'eau*
Plus loin, un flâneur se promène à travers le marché,
ses deux grands cynocéphales en laisse ; tandis qu'un
fruitier est occupé à ranger son étalage de légumes,
un singe lem poigne par la jambe et exécute une
danse folâtre autour de lui. Le marchand se sauve
en criant : <ç Fais donc attention à ton singe, toL eh
gardien ! » Le gardien répond flegmatiquement : « Il
s'amuse, ce singe ! ^>
Je n'en (Inirais pas si je voulais décrire avec plus
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L A ' T d M B E 395
de détails toutes ces scènes curieuses. Elles nous don-
nent, d'une part, de bien précieuses indications sur
la vie intime des premiers Égyptiens, et, d'autre part,
nous montrent que rien n était négligé pour rappeler
au double du mort toutes les occuputions journa-
lières de sa vie terrestre, même les plus intimes. Ces
douze tableaux appartiennent à une seule localité,
Memphis, et à une seule période, l'Ancien empire.
Dans d autres nécropoles et à d'autres époques on
retrouve des scènes toutes différentes.
On voit par là que le double devait avoir, a regar-
der les peintures qui ornaient son logis, de quoi se
distraire pendant toute I éternité.
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r
IV
Abriter sa momie et la conserver intacte pour le
jour de la résurrection, pourvoira Texislence agréable
de la partie de lui-même qui devait rester sur terre,
fixer pour toujours sa généalogie, rappeler ses hautes
fonctions et les faveurs royales dont il avait été ho-
noré, tels étaient les motifs qui portaient tout Egyp-
tien à consacrer la plus grande partie de sa vie à la
construction de sa tombe.
Prise dans son état le plus simple, la tombe égyp-
tienne se divise en deux parties distinctes : première-
ment, lu chambre où repose le sarcophage, laquelle
était murée aussitôt les funérailles accomplies ; secon-
dement, la chapelle laissée ouverte aux survivant^ qui
s y rendaient plusieurs fois l'an, pour y célébrer cer-
taines fêtes anniversaires.
Selon les époques et selon les locaiiîéSjCes deux par-
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LA TOMBE 297
lies présentent des dispositions différentes par rapport
Tune à lautre» Dans certains cas, par exemple lorsque
la nécropole est située sur un terrain plat, la chambre
funéraire est souterraine, et la chapelle s^élève immé-
diatement au-dessus, comme cela a lieu pour les
caveaux de nos cimetières* D'autres foiSi quand les
chaînes de montagnes qui bordent le Nil sont proches
de la ville, le caveau^ percé en couloir, s'enfonce dans
le rocher, et la chapelle est bâtie sur une plate-forme
ménagée devant l'ouverture de la grotte.
Les pyramides, considérées comme des montagnes
factices, présentent cette dernière disposition. Le mort
reposait au centre de la pyramide, et sa demeure était
murée. Une chapelle était édifiée au bas de Tun des
côtés de la pyramide. A Memphis, toutes les chapelles
extérieures ont disparue Dans la nécropole deMéroé,
dont les tombes affectaient également ta forme pyra-
midale, les chapelles extérieures sont admirablement
conservées-
On a plusieurs fois fait cette remarque^ que la
montagne qui domine de toutes parts le cimetière de
Thébes est terminée par un cône assez élevé. On en
a conclu que ce pic^ dans lequel, dit-on^ on creusait
des hypogées bien avant [e règne de ChéopSj a dû
* V, pp. 300-^0 1 ,
^9-
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298 l'bgyptë au temps des pharaoî^s
donner Tidée d'élever des montagnes de pierre là 01
Ie*terrain de la nécropole était éloigné de la frontièr
rocheuse de TEgypte. La chose est possible, mais pu
rement hypothétique et difficile à discuter scientîfi
quement. Enfin, les deux parties de la tombe son
parfois absolument indépendantes l'une de l'autre
C'est ainsi que les rois de Thèbes avaient leurs syringe
creusées dans la vallée lointaine de Bibân-el-Molouk
tandis que leurs tempïes funéraires, immenses édi
fices environnés de grands parcs, se trouvaient éche
lonnés sur la rive gauche du Nil, non loin du fleuve
Certains de ces pharaons thébains avaient mêni'
plusieurs chapelles funèbres disséminées, pour évite
de trop longs voyages à leurs sujets pieux, dans le
principales villes de ['Egypte, Nous connaissons pou
Ramsès 111 au moins trois temples funéraires, l'un
Héliopoïis, l'autre à Memphis, ïe troisième à Thèbes
il en eut probablement bien d'autres.
Chacune des deux parties de la tombe ne se corn
pose pas nécessairement d'une pièce unique ; elle
étaient plus ou moins développées, selon Tétat d
fortune du défunt, et surtout selon le temps qu*o;
avait pu consacrer à les construire. Telle tombe d'u:
simple particulier de Thèbes, Amenemap, qui vécu
fort riche et mourut fort vieux, renferme des cham
bres, des puits et des couloirs sans nombre, supet
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rr
PYRAMIDE DE LA N
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NÉCROPOLE MEMPHITE.
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LA TOM&E 30?
posèsen trots étages. Telle tombe d'un roi surpris pré-
maturément par la mort, alors que les carriers avaient
àpeinecommencé leur œuvre, ne possède au contraire
que le strict nécessaire, une simple chambre funèbre
dont les peintures sont même demeurées inachevées.
Les deux parties d'une tombe diffèrent, non seule-
ment par leur usage spécial^ mais encore par leurs
décorations. La chambre de la momie ne comporte
jamais que des scènes religieuses et infernales. Je me
garderai bien de les expliquer, et pour cause, Hérodote,
lors de son voyage en Egypte, eut la chance de rencon-
trer des prêtres instruits et aimables qui lui révélèrent
une grande partie des mystères de la religion égyp-
tienne, mais après avoir obtenu de lui la promesse qu'il
n'en répéterait rien, promesse qu'il tint du reste reli-
gieusement. Je ne sais sî, pour ma part, je me serais
montré si scrupuleux, mais hélas, aujourd'hui ces prê-
tres instruitset aimables n'existent plus quesous forme
de momies, et Tobscurîté voulue de la plupart des
textes religieux nous force malgré nous à imiter pru-
demment le silence d'Hérodote.
La momie se trouvait donc environnée de textes
liturgiques et de représentations magiques qui, d'une
manière générale, devaient lui faciliter l'accès dans
i 'autre monde et la mettre en garde contre tous les
ennemis qu'elle pouvait y rencontrer.
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304 l'Egypte au temps des pharaons
La chapelle funéraire, comme nous l'avons vu, était
conçue dans un tout autre d'ordre d*idées. D'abord,
elle n'était pas murée; une simple porte de bois la
fermait, et le gardien en chef de la nécropole en avait
les clefs* Les représentations qui s'y trouvaient peintes
n'étaient rien moins que funèbres. Nous savons
qu'elles n'avaient d'autre but que de donner au double
l'illusion d'une nouvelle vie terrestre et, aux survi-
vants du défunt, une haute idée des principaux faits
de sa vie, brillamment décrits et pompeusement illus-
trés. Cette partie de la tombe était Tobjet de soins con-
tinuels de la part de la famille. Des bouquets de fleurs
y étaient renouvelés le plus souvent possible et placés
dans de grands vases montés sur des supports.
De plus, chaque chapelle avait son jardinet, orné
d'un petit bassin. Certaines tombes, mêmCi étaient le
centredevéritablesparcs. Le scribe Anna, qui vécutsous
Touthmès l''', prit soin, avant sa mort, d'indiquer sur
les parois de sa tombe le nombre et les espèces d'ar-
bres dont il désirait voir planter son jardin funèbre,
ainsi que les dimensions du lac qu'il voulait y voir
creuser. On compte dans cette liste plus de cinq cents
arbres, palmiers, dattiers, sycomores, acacias, vignes,
figuiers, oliviers, grenadiers, etc. On peut facilement
se rendre compte de quelle étendue devait être ce
jardin.
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I. A TOMBE 305
les temples funéraires royaux avaient bien plus
Timportance encore. Pour leur accorder plus d'espace
on les construisait loin de ïa tombe proprement dite.
Le terrain ne faisant plus défaut, la chapelle des par-
ticuliers devenait pour les rois un véritable tempïe, le
jardinet se transformait en parc, et le bassin prenait
les dimensions d'un grand lac.
Les sépultures de la plupart des rois thébains
étaient percées dans les flancs d'une vallée assez éloi-
gnée de Thèbes^ Elles n'avaientj ne servant qu'à la
momie, que des représentations funèbres. On en mu-
rait rentrée et même, pour mettre îe défunt u Tabri
de toute profimation, on en dissimulait la place en
aidant la montagne, très friable en cet endroit, à
s*ébouler devant l'ouverture. Ce moyen réussit, car,
en fait, on est loin d'avoir retrouvé aujourd'hui tous
les hypogées qui ont été creusés dans cette nécro-
pole royale,
Diodore nous apprend que les archives sacerdotales
faisaient mention de quarante-sept tombeaux de rois.
Or, quand il visita l'Egypte, dix-sept seulement avaient
été ouverts. Aujourd'hui, on enconnaîta peu près une
vingtaine. Vingt-cinq tombes au moins restent donc
encore à découvrir. Si l'on pouvait déjà, du temps de
* V. pp. 164-265 rt aSoaSï.
V, Lo«ïï, L'Egypte. 20
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306 LBGYPTE AU 1EMPS DES PHAHAONS
Dîodore, visiter quelques-uns de ces caveaux, c'est
que les momies en avaient été emportées et mises en
lieu sûr dès la XXP dynastie. On a retrouvé récem-
ment, dans la montagne de Deir-el-Bahari, a Thèbes,
une de ces cachettes de momies royales contenant
les cercueils et le mobilier funèbre d'une trentaine de
pharaons environ, à répartir entre la XVIP et la
XXI' dynastie. L'enlèvement n'en avait pas été clan-
destjnj mais s'était fait au contraire avec grand apparat
de témoignages et de procès-verbaux paraphés* Cha-
que momie porte la date de son entrée dans la ca-
chette.
Les rois étaient enterrés magnifiquement, et leurs
tombeaux, creusés dans une vallée solitaire et déso-
lée ^ et pur conséquent fort négligés des gens qui
étaient payés pour les garder , devaient exciter au
plus haut degré la cupidité des voleurs. Et en effet,
un papyrus s'est conservé jusqu'à nous, dans lequel
se trouve le texte du jugement rendu contre des gens
accusés d'avoir violé quelques-unes des sépultures
royales de Thèbes. On y trouve la description minu-
tieuse de chacune des lombes saccagées, avec la men-
tion de tous les dégâts commis et de tous les objets
emportés. Or, chose curieuse, la tombe du roî Antef IV
y est spécialement désignée par la représentation qu*on
y remarquait du roi suivi de ses quatre chiens. Cette
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^ L A T O M B E Jlly,
stèle, dit le papyrus, avait été brisée par les voleurs;
c'est en effet dans cet état qu'elle se trouve aujour-
d'hui exposée au Musée de Boulaq.
C'est probablement à la suite de ces vols que Ton
enleva les momies royales de leurs tombeaux pour
les cacher ailleurs et que Ton permit aux touristes
étrangers de visiter les hypogées, vides désormais et
sans but.
Peu importait d'ailleurs aux dévots égyptiens que
les momies royales fussent dans leurs tombes ou
autre part; c'était dans les temples funéraires qu'on
allait les adorer, et il s'en trouvait dans toutes
les grandes villes» La plupart de ceux que Ton peut
voir encore aujourd'hui sont édifiés dans la plaine
qui s'étend à Thèbes sur la rive gauche du Nil, Le
petit temple de Médinet-Habou est consacré à la
mémoire de Touthmès II et de Touthmès ill. Celui de
Gournah appartient à Ramsès I" et à Séti l". Le Ra-
messéum est le temple funéraire de Ramsès II ; le
grand temple de Médinet-Habou date de Ramsès JIL
Enfin le temple de Kom-el-Hettan et les deux colosses
de Memnon, qui faisaient partie du même ensemble
d^édifices, représentent le monument funèbre pour
lequel Aménophis III fit ouvrir, dès la première année
de son règne, de nouvelles carrières à Tourah.
La plupart de ces temples sont de nos jours abso-
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J
308 l'Egypte au trmps dès pharaons
lu ment ruinés. Si Ton peut à peu près se rendre
comptt^ de leurs dimensions, on ne trouve plus trace
des parcs et des lacs qui les entouraient. Un document
précieux nous permet heureusement de reconstituer
dans tous ses détails l'ensemble d'un temple funéraire.
Ram ses !il prit soin de nous décrire lui-mêm^, dans
un papyrus conservé au British Muséum, toutes les
construcuons dont il oma TÉgypte. J'en extrais la
description d^un de ses temples funéraires, celui de
Thèbes.
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« Je t'ai fait un somptueux Temple de millions d'an-
nées, situé près de la montiigae de Neb-anhh, et
tourné vers ton lever. Il a été construit en grès, en
granit gris et en basalte ; les battants de sa porte sont
en bronze doré et ses pylônes, bâtis en pierre, s élè-
vent jusqu'au ciel et sont ornés d'inscriptions gravées
au nom de Ta Majesté,
« Tout autour, j'ai élevé une enceinte avec ses es-
caliers et ses terrasses en grès. Devant, j'ai creusé un
bassin empli d'eau du ciel et ombragé de plantations
aussi verdoyantes que les marais de papyrus de [y
Basse-Égypte.
<î J'ai empli ses trésors de tous les biens de l'Egypte,
argent, or et pierres précieuses en quantités innom-
brables. Ses greniers sont pleins de blé et de céréales
des champs. Ses troupeaux sont aussi nombreux que
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JIO l' EGYPTE AtJ TEMPS DES FHARAOKS
les grains de sable au bord des canaux. Je lui ai ré-
servé les tributs du Delta et de laThébaide ; la Nubie
et la Phénicie lui appartiennent avec leurs redevances,
et il s'enrichit du butin que, grâce à toi, j'ai enlevé
aux nations étrangères- Les jeunes esclaves s'y comp-
tent par centaines.
«J'ai fait faire une statue à ton image; elle est
placée dans l'intérieur de ce temple, et son nom glo-
rieux est Amon, Créateur de t Éternité, J'ai fait faire
des vases d'offrandes en or pur, et d'autres, sans
nombre, en argent et en bronze.
« J'ai multiplié pour toi les offrandes en pain, vin,
bière^ oies grasses, bœufs, veaux, bestiaux de toute
sorte, antilopes, gazelles, le tout destiné à cette
statue.
« J'ai fait extraire pour ce monument une montagne
de blocs d'albâtre et de grès. Je les ai fait tailler pour
les édifier de chaque côté de la porte du temple ; j'y
ai fait graver des inscriptions en ton nom illustre
à! Initiateur de V Éternité,
« J*ai fait sculpter et distribuer dans son intérieur
d'autres statues en granit rose et en grès, avec des
socles en basalte. J'ai fait faire les images de Ptah,
Sokar, Nefer-toum, en compagnie du Cycle divin,
terrestre et céleste, et je les ai placées dans l'intérieur
du naos. Elles sont recouvertes d'or et d'argent, et
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LA TOMBE 3ii
émaillées de pierres précieuses travaillées avec grand
soin.
^yy ai fait construire un sanctuaire sembïable à
celui de Toum, Les colonnes, les gonds et les bat-
tants de porte sont en éiectrum. La grande corniche
qui en fait le tour est recouverte d'or pur,
<n Des bateaux chargés de froment et d epeautre
sont dirigés vers ses greniers, sans discontinuer. J'y
ai fait établir un magasin d*approvistonnementStetde
grands chalands sillonnent sans cesse le Nil pour em-
plir ses trésors.
« Ce temple est entouré de vergers, de jardins, de
parterres» chargés de fleurs et de fruits pour Ta Ma-
jesté. Il s'y trouve des kiosques pour l'été avec de
grandes buies ouvertes à l'air. Devant, j'ai fait creuser^
un canal dont les eaux fourmillent de lotus et de
nénuphars. »
On voit par cette description officielle quelle était
rimportance d'un temple funéraire. C'était comme
une vaste colonie ctiargée de pourvoir elle-même à
son entretien et à sa subsistance. Rien n'y manquait:
étables, greniers» trésors, jardins potagers et jardins
fruitiers, canaux communiquant avec le Nil et par
lesquels arrivaient sans cesse des bateaux chargés de
tributs et d^ipprovisjonnements. Quantité de gens
l'habitaient, servis par des esclaves sans nombre. Bien
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312 L*âGYPTf AU TEMPS DES PHARAONS
des noms de grands prêtres de tempïes funéraires
sont parvenus jusqu à nouSi ainsi que des noms, plus
modestes, de jardiniers, de potiers > d'ouvriers de
toute sorte.
Enfin, la suite du papyrus dont on vient de lire un
extrait nous donnera des renseignements pi us spéciaux
encore sur le temple funéraire ihébain de Ram ses IH.
Ce prince énumère les biens à répartir entre les cinq
ou six temples qu'il édifia à Thèbes. Il ne fait malheu-
reusement pas lui-même la division, mais on ne
s^éloignera pas sensiblement de la vraisemblance en
attribuant au temple funéraire la sixième partie de la
totalité. Dans ces conditions* il aurait eu :
« Statues divines, 42b. — Prophètes et prêtres. 840.
— Têtes de gros bétail, 1 4,41 ^. — Chèvres et menu
bétail, 70.227. — Vergers et jardins clos, 72. —
Champs, 144,694 arouresde terrain. — Barques et ra-
deaux, 14. — Kiosques en boîsde cèdre et d'acacia, B.
' — Villes égyptiennes trît^utaires du temple, 10. —
Vilïes syriennes tributaires du temple, 2.\>
Je ne continue pas la liste et ne mentionne pas les
objets de moindre importance, dont la quantité paraî-
trait presque incroyable. Ces quelques citations
montreront que la chapelle funéraire d'une tombe
égyptienne était susceptible de beaucoup de dévelop-
pements; et qu elle pouvait présenter toutes les formes
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LA TOMBE Jljr,
intermédiaires entre celle d'une simple chambre
placée:! rentrée de la tombe et ornée d'un jardinet,
et celle d'un véritable dom;ïîne indépendant, environné
de parcs et de cours d'eau.
En jetant un coup d œil sur la topographie de
l'ancienne Thèbes. nous verrons la place que tenait la
tombe dans les idées égyptiennes. La ville s'étend le
long des deux rives du fleuve sur une longueur de
plusieurs lieues. D'un côté la chiune arabique, de
l'autre la chaîne Hbyque la protègent contre le désert
envahisseur. Les deux parties de la ville séparées par
le Nil se trouvent être à peu près de Ja même dimen-
sion. Or, si la rive droite, où se trouvent aujourd'hui
Karnak et Louqsor, était habitée parles vivants ^l'autre
rive était exclusivement réservée aux morts et aux ha-
bitations des nombreux personnages affectés à la con-
struction des tombes et à la préparation des momies.
C'était toute une administration ayant ses supé-
rieurs, ses bureaucrates, ses employés subalternes,
même tout un service spécial de police. Outre les
gardiens des tombes et les milliers de gens attachés
à Tentretien des temples funèbres royaux et à la célé-
bration des fêtes anniversaires, se trouvaient les em-
baumeurs, les prêtres chargés particulièrement des
cérémonies funéraires, les fabricants de cercueils et
d'objets de piété. Ce quartier de la ville était, bien
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^14 L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS
plus que l'autre peut-être, sans cesse en activité, et
ïa rive gauche était comme llmmense réservoir où se
déversait peu à peu, la mort venue, toute la popula-
tion de la rive droite. L'asphalte y était jour et nuit
en fusion et la fumée épaisse qui s élevait éternelle-
ment des chaudières témoignait de la quantité de
momies qui y étaient toujours en prép^aration, de
nouvelles arriv<Tnt quand d'autres venaient d'être
terminées.
Toute cette partie de la plaine de Thèbes était
semée de temples et de chapelles entourés de bos-
quets, où chacun allait plusieurs fois Tan honorer ses
morts. De loin enloin, au-dessus des encorbellements
des pylônes, émergeaient les épaules et la tcte d'un
colosse, ou les pointes dorées d'une paire d'obélis-
ques, ou les frondes poussiéreuses d'un bouquet de
dattiers. Un grand plan tracé sur papyruSi dont un
fragment nous est parvenu, servait h se reconnaître
dans ce dédale de monuments funèbres ; des guides
même étaient nécessaires la plupart du temps.
Derrière cette nécropole s'étendait une bande de
sable fréquentée par les loups et les chacals, hôtes
ordinaires des cimetières égyptiens. Puis, au fond,
la montagne libyque, nommée par les Egyptiens ia
Moniagiîr dévie, par antithèse, parce qu*on y enter-
rait les morts; cette montagne était criblée d'autant
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LA TOMBE 315
de tombes qu'un guêpier est percé d'alvéoles. Aujour-
d'hui, ces tombes sont ouvertes pour la plupart, et
leurs portes se découpent en bleu sombre sur les
tons roses de la colline. Autrefois, tout cela était
muré. Du sommet de la montagne jusqu'à la plaine
étaient ménagés des gradins en pente douce; là se
trouvaient les jardinets funèbres des tombes dont la
chapelle attenait au caveau de la momie. Le coup
d'œil de cette chaîne de calcaire, boisée artificielle-
ment au prix de mille fatigues, devait être des plus
curieux.
Toute cette moitié de Thèbes, nommée Mem-
nonia par les Grecs, servait de nécropole à l'au-
tre et ne présentait, du reste, qu'un aspect calme
et attirant, tant les Égyptiens savaient cacher les
tristesses de la mort sous une multitude de grâces et
de coquetteries. C'est ainsi que certaines momies de
princesses, découvertes récemment à Deir-el-Bahari,
ont pu, non sans raison, être comparées à des boîtes
de baptême attachées de faveurs roses, et les corps
sont si bien dessinés sous leurs fraîches enveloppes,
qu'on serait à peine étonné, en écartant les fleurs qui
les couvrent et en dénouant les liens qui les enser-
rent, de voir s'éveiller quelque Belle au bois dormant.
Tel était l'ensemble d'une nécropole égyptienne.
Les Égyptiens, comme on le voit, faisaient tous leurs
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3i6 l'Egypte au temps des phara6?js
efforts pour se conserver éterneliementet se retrouvt?r
intacts, tous ensemble» dans l\iutre monde- Pou-
vaient-ils prévoir nos recherciies archéologiques?
Bien des contempornins des pharaons, qui avaient
espéré attendre en paix, au fond de leurs syringes,
la résurrection promise, contirment aujourd'hui leur
sommeil dans les vitrines de nos musées, sous l'œil
vigilant des gardiens- Nous faisons aux momies une
chasse impitoyable, mais si, comme hommes, nous
n'ouvrons leurs cercueils qu'en tremblant de notre
sacrilège, nous n'en devons pas moins, comme égyp-
tologues, souhaitei^ aux explorateurs de découvrir le
plus qu*ils pourront de tombes inviolées, riches sur-
tout en documents historiques qui* pour certaines
époques, nous font tant défaut. ^
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TABLE DES ILLUSTRATIONS
1. Triomphe d'Aménûphls [V (R, Lep5ils, Detihnâîfr) . . '7 —
2* Ne de Philœ (Photographie D. Htdoy). ...... i3-33
3* La reine Maut-em-ouaa (Estampage de rauteur)^ , » . , 53
4. La rrine Maut-em-ouaa et le dieu Amon (Idem) 63
5^ Peintures ég}i'ptLenrn?s d^animaux (î. Ko^EiUKif Monument i). , 79
6. papyrus funéraire de li reine Ra^nia-kii (Musée de Boubq). 100- toi
7, Lotus rose (Dfstriptian d'EgypU). , , , 1 1 1
5, Acacia Sey al (Idem). , p ,......,,.. ï 19
9, Concert et ballet (Musée Guimet)- * * . * 139
Id. Harpe égyptienne (Musée du Louvre) 147
M. Joueuse de guitare (P. o'AvH^ftKs^ l'jirî égvpîjgn) 155
11* Ablutions parfumées (R. Lep^ius, Dtnkmdlfr), , .... 175
\y. Coiffures et colliers (P, r/A vendes, V Art égy^ien), . . 1 84-185
14. Objets de toilette (Musée du Louvre). ,,....» 197
15. Ruines du temple de Karniik a Thèbe* (Photogr, D.HÉRoitf). 24S-249
16. Vallée funéraire des rois de Thèbei (Idem). , . » , . 204-265
171 Vallée funériiire des reines de Thé bes (Idem). . . , . 780-281
18. Pyramide de là nécropole mcrïiphite (Idem). . , . . 3cx)-30i
FIK OE LA TABLfc DES IL LU &T K AT l ON S
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TABLE DES MATIERES
■'-r
Avertissement, ..,..**. 7
Pharaon** .,,,.*.,.....*. 17
FaLtme et flore,. . , * , ► 75
Musique et danse. , 139
Toilettes et parfums. . . , . ^ , . » . ^ * , 1 7 i
MÊDEClNt ET SÛRCELURSE 207
La tombe. .-.,.* . . 2S9
FiN nu LA TABLB DBS MATUHFS
LYOS. — IMPREMEUIF PiTftAT AïNE, 4, «Uli GENTIL
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LIBRAIRIE J.-B, BAILLIERE et FILS
DAREMBERG (Ch.). Histoire des sciences médicales,
1870, 2 vol. in-8 20 fr.
ÉCOLE DE SALERNE (!'), traduction en vers français
par Ch. Meaux Saint-Marc, suivie de commentaires, 1880,
in-i8 7 fr.
GUARDIA (J.-M.). La médecine a travers les siècles.
Histoire et philosophie, 1865, i vol. in-8 de 800 pages, lofr.
HUFELAND(W.). L'art de prolonger la vie, ou la Macro-
biotique, 1 vol. in-18 . . . 4 fr.
LÉVY (Michel). Traité d'hygiène PUBLIQ.UE ET privée, 1879,
2 voL.gr. in-8, ensemble 1.900 pages, avec figures. 20 fr.
MARTIN (P.). Les cimetières et la crémation, étude his-
torique et critique 1881, in-8, 182 pages. . . . 5 fr.
MOREAU (de Tours). Fous et bouffons. 1 volume
in- 16 (Bibliothèque scientifique contemporaine) . . 3 fr. 50
RÉVEILLÉ-PARISE. Hygiène de l'esprit. Physiologie et
hygiène des hommes livrés aux travaux, 1881. i Vol, in-8
Jésus de 435 pages (Biblioth. scient, contempor .) . 3 fr. 50
RIANT. Hygiène des orateurs, hommes pohtiques, magis-
trats, avocats,, prédicateurs, professeurs, artistes, i vol.
in- 16 (Bibliothèque scientifique contemporaine). . 3 fr. 5Ô
— Le surmenage intellectuel et les exercices physi-
ques, 1889, I vol. in- 16 de 320 pages (Bibliothèque scien-
tifique contemporaine) " . 3 fr. 50
— Hygiène du cabinet de travail, 1883, i vol. in-18 de
182 pages 2 fr. 50
SIMON (Max). Le monde des rêves. 1 vol. in-16. 3 fr. 50
YVAREN. Entretien d'un vieux médecin sur l'hygiène et
la morale, 1882, 1 vol. in-18 jésus de 671 pages. . 5 fr.
,VON. - IMPRIMERIE PITRAT AINE. 'b\^^i,rci'b5'G0egk
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UNIVERSITÏ OF CALIFORNIA LIBRARY
BERKELEY
Retum to desk from which borrowed.
Thh book îs DUE on the last date »tamped below.
14Nov'50WK
Due èrîd of
SUIDER P^Tlod ggpsfvff ft
Il aït^r-
B&BU) s^2
970 -4 r^^^
LD 2J-lOOm-ll,'40(B71468l6)47S
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